Ibid,, liv. II, ch. vit
faculté^?» Celui qui croit qu'on ne peut décider cette question c sans choquer la modestie et sans prononcer en maître, » au défaut de bonnes raisons, celui-là assurément soutient, comme Malebranche et plus que Malebranche, Tobscurité de rame et la juge ténébreuse et inintelligible à ellemême*. Mais c'est par des causes bien différentes. Car, si Malebranche déclare qu'il n'a aucune idée de l'âme, c'est que la lumière divine l'éblouit. Si Locke, au contraire, ne sait pas voir l'âme, c'est que les images des choses sensibles le rendent incapable de reconnaître ce qui se conçoit et n'est pas imaginable. « Vous trouvez, à la vérité, que vous pensez, écrit-il à Stillingfleet, je le trouve aussi ; mais je voudrais bien que quelqu'un m'apprît comment se fait l'action de penser. > Question puérile et qui est bien d'un homme asservi à l'imagination ^.
i- Essai sur Ventend, hum., liv. IV, ch. m, 6.
2. Locke dit qne nous connaissons notre existence avec une évidence entière qui n'a pas besoin d'être prouvée; il ajoute que lors môme qu'il entreprendrait de douter de toutes choses, ce doute même ne lui permettrait pas de douter de son existence. (Essai, liv. IV, ch. IX, 3.) Mais cette « intuition » n'est qu'un sentiment intérieur moins distinct ou moins vif que celui qu'admet Malebranche. Car Malebranche n'hésite pas à décider qu'entre la matière et la pensée il y a incompatibilité.
3. Le cardinal Gerdil a composé une Défense du seniimenl du P. Malebranche sur la nature et l'origine des idées, contre H examen de Locke (Jnnn, 1748; Bologne, 1787). n attaque vigoureusement Locke qui est pour lui le représentant de l'empirisme : il examine les uns après les autres ses arguments presque toujours <t faibles ou faux, » relève ses « contradictions presque continuelles, » et montre que dans cette modestie et cette sagesse tant vantées il y a beaucoup de timidité métaphysique. A cette philosophie chancelante, œuvre
Leibnitz, dans ses Réflexions sur cet examen de la vision en Dieu par Locke \ dit en finissant: « La vérité est que nous voyons tout en nous et dans nos âmes, et que la connaissance que nous avons de Tànie est (rès-vcritable et juste pourvu que nous y prenions garde; que c'est par la connaissance que nous avons de l'âme que nous connaissons l'être, la substance, Dieu môme, et que c'est par la réflexion sur nos pensées que nous connaissons l'étendue et les corps; qu'il est vrai cependant que Dieu nous donne tout ce qu'il y a de ix)sitif en cela, et toute perfection y enveloppée, par une émanation immédiate et continuelle, en vertu de la dépendance que toutes les créatures ont de lui, et c'est par là qu'on peut donner un bon sens à cette phrase, que Dieu est l'objet de nos âmes et que nous voyons tout en lui. >
Dans les lignes que nous venons de lire, écartons ce qui tient au système de Leibnitz, ôtons particulièren^ent ce qui y est dit des corps que nous connaîtrions, selon Leibnitz, non pas en eux-mêmes, mais en faisant réflexion sur nos pensées. Une fois ces réserves faites, nous trouvons dans ces lignes une réponse excellente à Locke et à Malebranche :
d'un homme qui mesure à sa propre faiblesse la capacité naturelle de Pesprit humain, Gerdil oppose a le système si étroitement enchaîné et la noble ai^surance » de Malebranche. Cette Défense est fort remarquable. Nous parlerons de Gerdil, plus loin, au chapitre ii de cette deuxième partie.