Ibid.j mai 1684, art. 3, p
s'attachaient qu'à la beauté de l'esprit et à ces avantages queJ'auteur de la Recherche de la vérité jugeait en eux-mêmes frivoles et dangereui. Voyez donc comme l'ironie se mêle à l'éloge : on exalte la pénétration du philosophe, mais on déclare qu'il écrit des choses qui passent ses lecteurs ; on célèbre l'étendue et la sublimité de son esprit, mais on ajoute que bien des gens ne le comprennent plus ; et ce n'est pas sa faute, dit-on, c'esl la faute de ses lecteurs : oui, mais c'est surtout la faute des sujets qu'il traite, c'est la faute de la raison : voilà ce qu'on ne dit pas en propres termes, mais ce qu'on tient à faire très- clairement entendre.
La vision en Dieu est bien la chose du monde la plus difficile à comprendre et à prouver : Malebranche a trouvé des preuves. S'il se trompe, c'est à force d'avoir l'esprit pénétrant, et il y a peu d'hommes au monde capables de telles erreurs * .
La différence qu'il suppose sans cesse entre l'idée et la perception de l'idée n'est pas aisée à établir ; mais l'opinion commune soulève aussi bien des difficultés *. D'un autre côté, si c'est en Dieu seul que résident les idées que nous avons des objets, la diversité infinie de nos pensées et de nos manières de juger d'une même vérité, est assurément un
i. Nouv: de la Rép, des Lett.f avril 1684, art. î. Bayle analyse la Béponse de Malebranche au Livre des vraies el des fausses idées,
2. Ibid.j mai 1685, art. 3. Bayie parle des Lettres de Malebranche louchant Isl Défense de M. AmaïUd.
i08 DBtUtU: PAITIE. — CHAiPITBE I.
abtme bien profond. On pent dire qne, semblable à la lumière corporelle, qoi, selon. les objets qn^elle firappe et la manière dont elle les frappe, donne naissance anx diverses conlenrs, la lumière spiritnelle de la Téritë peut se changer en mille sortes d'idées selon qu'elle s'appliqoe à des entendements différents. Sans donte, c'est là une explication plausible : mais ôte-t-elle toute la difficulté^ ? Ainsi, Bayle ne perd pas une occasion de vanter la vision en Dieu, cette invention c d'un des premiers philosophes du siècle, » et il ne cesse de montrer que cette opinion soulève d'insurmontables difficultés. Combat-il vraiment Malebranche? non, il combat laraisoD, il veut la ruiner en montrant qu'elle ne peut rien établir de certain.
Voici un autre exemple : selon Malebranche, tout est fait en vue des hommes, puisque le monde n'existe que pour les prédestinés. C'est là, dit Bayle, une opinion peu vraisemblable. Puis, comme s'il se ravisait, il se met à chercher le moyen € d'accommoder la théologie et la philosophie*. » Que veut-il au fond ? se jouer dans ces essais où l'esprit déploie son adresse, et puis conclure que la foi contredit la raison, et que la raison se contredit elle-même.
Mais je veux dpnner encore un exemple, plus