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LES CRITIQUES DE MÂLEBRANGHE. iH
naître, il en indiquera le plan, signalera les parties les plus remarquables, citera même certains passages. Puis il dira son mot, discrètement, rapidement, non sans ironie et sans malice : c dans cette assiette flottante ' t où il est placé, il jugera les combattants, et leurs procédés, et leurs doctrines ; le bon sens et un sentiment naturel d'équité se joignant à cet esprit d'indifférence, il aura dans ses jugements de la modération, de la finesse, de la justesse : sa critique manquera d'élévation, et de ce sérieux que donnent seules des convictions enracinées, mais elle sera pénétrante et judicieuse. Ainsi, dès le début, annonçant la Réponse de Malebranche au Lwre des vraies et des fausses idées ^ il écrit : € Le Traité de la nature et de la grâce ayant fait connaître à Messieurs de Port-Royal que Tauteur de la Recherche de la vérité n'était pas janséniste comme ils l'avaient cru, n'eut pas le bonheur de leur plaire^, t C'est méchant, mais comme c'est finement dit, et comme il y a du vrai là-dedans! Plus tard, parlant d'un autre écrit de Malebranche qui venait de paraître, il dit : « Ces deux grands hommes, tous deux esprits extraordinaires, grands philosophes, d'une morale rigide, ne sont pas plus contents l'un de l'autre
i. C'est ce que Pascal dit de Montaigne dans son Entretien avec M, de SacL 2. Nouv. de la Rép. des LeU.., avril 1684, art. 2.
112 DEOXIËHE PARTIE. — CHAPITRE I.
que s'ils étaient de petits auteurs'. » Le trait est sanglant, mais il est mérité, et nous-méme, pour rendre l'impressioD que nous causent ces luttes prolongées, nous ne pourrions que répéter des {ïaroles d'une simplicité si forte : seulement nous les dirions avec un sentiment de tristesse que Bayie n'a point. C'est encore une excellente remarque que celle-ci : Malebranche trouvant pour appuyer ses pensées les plus étranges, des preuves qui ne sont point sans valeur, et Arnauld d'un autre côté lui proposant des difficultés extrêmement embarrassantes, < celte dispute peut nous faire de grandes leçons d'humilité^. > Mais l'humilité que propose ;
iVouv. de la Rép. des Lell., juiUet 1685, arl. 8, p. 333. Il s'ogil Réponse à une Disserl. de M. Âmavid contre un éclairciss. du t de la nature et de la grâce.
Ibid., avril 1684, srt. 2. — Il taat citer un aulra passage où , toujours ludifféieul à l'objol de la dispute, laisse échapper une ible Joie d'érudti, parce que Malebraoche racoDle dans sa Ré-
d la Défense d'Amauld commeiiL il a été amené b, la tbéorie de ion en Dieu, s Oo est heureux, s'Écrie Bayle, de savoir l'hitUrin ensées de ceux qui ont inventé de nouveaux systèmes ; d on est nx de connaître « par quels progréB et par quelles conséquences nt venus au point où U leur a plu de se fixer • ; le malbeur est
fassent u trop rarement ■ au public de ces iustruclives coufi- «. (^out). de la Rép. des Lell., mai 1685, art. S.) Toute la cui du critique se révèle dans ces paroles : curïosilé légitime sons , quoi qu'en ait dit Uatebrsnche en plus d'un endroit où il liane les érudits ; mais curiosité vaine, si le souci de la vArité tophique, loin de s'y méter, est bannie par elle. — Voici yee du passage de Malebranche auquel Bayle Tail allusion : irancbe raconte * qu'après avoir lïiit une division exacte de ) les manières dont nous pouvons voir tes objets et avob nu que toutes renrermaienl des contradictions maniresles, tmusi exlrimement, et comme hors d'espérance de pouvoir se 'er de ses doutes, il se souvint heureusement de ce qu'il avait
Bayle, c'est rabaissement de la raison, et le scepticisme: nous recevons donc le conseil qui est très-bon, nous rejetons Tesprit dans lequel il est donné.
S'agit-il maintenant des questions mêmes qui sont débattues entre les deux çidversaires ? Bayle a bien des fois vu très-juste. Ainsi, à propos du principe de la simplicité des voies, il dit que c cette pensée a quelque chose d'éblouissant, à savoir qu'un système simple et très-fécond est plus convenable à la sagesse de Dieu, qu'un système plus composé et moins fécond à proportion, mais plus capable de prévenir les irrégularités* t II a été luimême € de ceux qui crurent que le P. Malebranche donnait par là un merveilleux dénouement ; mais il est presque impossible de s'en payer après avoir
lu autrefois dans saint Augustin, comme plusieurs autres, sans y avoir fait beaucoup d* attention ^ savoir que nous n*avons pas d*antre Maître intérieur que la Sagesse étemelle. i> Saint Augustin parle de cette doctrine avec une assurance qui ne lui est ordinaire qu'à regard des vérités qui lui paraissent évidentes : Malebranche y cherche donc « le dénouement de la plus grande difficulté qu'il ait jamais trouvée. » Mais saint Augustin distingue entre les vérités éternelles et les choses changeantes : ce sont seulement les vérités étemelles [que le Maître intérieur nous enseigne. Pourquoi ? c'est que « du temps de saint Augustin, on n*a7ait point découvert que les qualités sensibles no sont point répandues dans les objets de nos sens, mais que ce sont de pures modalités de notre âme> comme on Ta découvert par la nouvelle philosophie. >» Malebranche initié à cette nouvelle philosophie, qui est celle de Descartes, a donc expliqué par la vision en Dieu la connaissance môme des objets matériels. Voir sur cette histoire des pensées de Malebranche ce que nous avons dit dans le premier volume de la présente Elude j ch. i, p, 52-54, et ch. m, p. 251-255.
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lu les livres de M. Àroauld contre ce système, et après avoir bien considéré l'idée vaste et immense de l'être souverainement parfait*. » Seulement, écoutez-le ailleurs : il rapporte la définition que Malebranche donne quelque part des miracles : un miracle, c'est une chose qui n'est pas une suite îs lois naturelles ; » il ajoute, toujours d'après alebranche, que les miracles sont rares, parce l'autrement la simplicité de la conduite divine rait troublée. Puis, se gardant bien de perdre le si bonne occasion de lancer un trait contre tes iracles, il dit avec une apparente naïveté : « 11 y des gens qui souhaiteraient que le P. Malebranle eût dit, sans nulle exception, que l'ordre ne srmet jamais que Dieu trouble la simplicité de svoies^. » Mais je voulais donner des exemples I critique judicieuse et équitable. J'y reviens. lyle donc donne raison à Arnauld qui déclare le « les voies sont pour l'ouvrage et non l'ouage pour les voies. > Rien de mieux. Le voici aintenant qui défend Malebranche contre Arluld, et, comme il s'est même engagé pour cela LUS une dispute particulière, la chose vaut la sine qu'on s'y arrête un peu.
C'est de la question du plaisir qu'il s'agit. Âr-