Leibnitz, 5y5<. noiiv. delà nai,j § 10. Erdmano, p
4S4 TROISIËHE PARTIE. — CHAPITRE V.
s'éioigne davantage de la force mouvante, nue et brute, pour considérer des êtres d'un ordre supérieur, le caractère saillant de ces êtres, c'est d'opérer d'eux-mêmes. L'indice de la vie organique est là : vivre, comme dit saint Thomas, c'est opérer de soi-même, au lieu d'être mû par autrui, vivere dicuntur aliqua quœ operaniur ex se ipsis, non quasi mota ab aliis. II ne s'aperçoit pas que si, dépassant la vie organique, on regarde les animaux où se rencontrent des signes manifestes de sensibilité et d'intelligence, le caractère que nous venons de signaler est bien plus frappant encore, que là l'être est bien plus lui-même, que, incapable de réflexion et de liberté, il nous offre néanmoins dans son admirable spontanéité une belle image de l'esprit, et que c'est par cela même que nous apprécions sa aleur et jugeons de sa perfection. Convaincu qu'it 'y a que des choses étendues et des choses penantes, notre philosophe ne reconnaît au-dessous e l'homme dans les êtres les plus parfaits que des utomates. Il est conséquent avec lui-même. Mais es vues étroites ne donnent pas une haute idée de i Providence qu'il prétend exalter. Quand la plus aturelle et la plus légitime interprétation de Texérience ne les démentirait pas, l'honneur de Dieu xigerait qu'on ne les accueillit point sans défiance, .rrêtons-nous un instantàl'automatisraedes bêtes. Dégrader les bêtes en pures machines > c'est < aller
contre l'ordre des choses*,» puisque c'est supposer que là où tous les signes de la sensation et de la perception apparaissent, il n'y a ni perception ni sensation ; et c'est faire une sorte d'injure à la sagesse du Créateur que de regarder en elle comme un chef-d'œuvre d'habileté l'invention de ces décevantes apparences. Du même coup, c'est mal juger de sa puissance, car il y a sans doute quelque chose de mieux que de faire des automates, c'est-à-dire des semblants d'êtres ayant un semblant de vie, de sentiment et d'intelligence : c'est de faire des êtres qui aient la réalité de tout cela ; et précisément on ne veut pas qu'en dehors des esprits proprement dits Dieu puisse rien faire de tel. Ensuite, c'est ne laisser à sa bonté aucune place dans la nature que d'y tout ramener à des phénomènes purement physiques, comme s'il n'était pas d'un beau dessein que la bonté, qui doit éclater dans le règne des esprits, s'essayât pour ainsi dire ou plutôt s'annonçât dans les règnes inférieurs par tant de soins délicats et d'attentions presque tendres en vue d'entretenir, de protéger, de développer les êtres vivants et les êtres sensibles. Enfin, c'est, toujours par suite de la même erreur, ne pas voir combien il est grand, convenable, beau, de faire des êtres, qui, ne pensant point, soient tels cependant qu'on y sente comme les approches de la pensée, des êtres qui,