‹ La philosophie de Malebranche (volume 5)Chapitre 13 sur 100 · Essai sur Vcntendemr)ît Iiumain, liv. 11, ch. xxiii · texte numérisé non relu

Essai sur Vcntendemr)ît Iiumain, liv. 11, ch. xxiii

mènes, au dehors des choses, et qu'en prétendant éviter les chimères, il mine la connaissance humaine en lui ôtant tout fondement. Il faut rappeler l'esprit à Texpérience, mais il ne faut pas dire que l'expérience est le fondement de la connaissance, il faut dire qu'elle en est le point de départ. Locke n'entend rien à cet art d'aller chercher au sein des données expérimentales les vérités nécessaires sans lesquelles la réalité n'est ni intelligible ni possible. Regardez-le interrogeant la conscience ; ses questions sont superficielles. Il ne considère dans l'ame même que ce qu'il y a en elle d'extérieur et pour ainsi dire de sensible. Il connaît et décrit ces opérations secondaires de l'esprit qui sont bien apparentes ; mais le fond de l'âme, aussi bien que le fond des choses, lui échappe. Tout jugement lui semble le résultat d'une comparaison, parce que, à la surface, alors que notre pensée s'exprime par des mots, nous paraissons n'affirmer que des rapports de convenance ou de disconvenance. Il ne sait pas discerner ces jugements primitifs que nous portons sur les ciioses et par lesquels nous affirmons sans comparaison aucune l'existence des objets et leurs qualités. Il ignore de la raison et son objet et son acte propre : aux vérités éternelles il substitue, pour éclairer l'esprit, les données des sens; aux notions il substitue dans le fait de la pensée les opérations discursives.

Avec cette inintelligence des véritables conditions du connaître, Locke n'était guère préparé à entendre Malebranche et à l'apprécier. Il devait aisément saisir les erreurs d'un système qui méconnaît trop la valeur de l'expérience, il devait aussi ne pas même soupçonner ce qui s'y cache de vérité ^ C'est de lui surtout que Malebranche aurait pu dire qu'il ne l'entendait pas. Si entre ces deux philosophes la lutte eût été directe, ils n'auraient pas manqué de se reprocher sans cesse de ne pas se comprendre -.

Locke fait la guerre aux métaphores et aux comparaisons : c'est quelquefois fort sage. Mais il arrive aussi que cette scrupuleuse sagesse n'est que l'impuissance de saisir le sens profond de grandes expressions trop légèrement blâmées'^ Par exemple,

1. 11 ne voit dans Malebranche qu'une ambitieuse tentative pour expliquer l'inexplicable, et de grands mots qui ne sont bons qu'à amuser l'esprit, et ne sauraient jamais l'instruire. Voyez notamment, p. 153, 155, IGl, 1G7, 184, ùeVExamoi.

^. Dans les Réflexions sur la p)'cmot. phy s., § 18, Malebranche nomme Locke en compagnie de Hobbes. « Si Dieu n'était que toutpuissant, sans sagesse, justice, bonté..., alors son souverain domaine, ou son indépendance, lui donnerait droit à tout, ou il n'agirait que comme tout-puissant. Hobbes, Locke et quelques autres auraient découvert le vrai fondement de la morale, l'autorité et la puissance donnant, sans raison , droit à faire tout ce qu'on veut quand on n'eu a rien à craindre. » Et Malebranche traite ces philosophes di' insensés. Dans ses autres écrits, il ne parle point de Locke, mais il fait plusieurs fois allusion à la morale de Ilobbes.

3. Il y a plus : Locke, trouvant dans Malebranche que a Vclendxie do l'esprit est très-Hmitée, prétend que cela ne cadre pas avec ce qu'il a avancé auparavant, que l'âme n'est pas étendue. » (P. 171.) Ridicule chicane. La critique de ces mots : « Dieu est le lieu de?

quand il rejette comme une chose inintelligible cette union immédiate entre Dieu et les esprits dont Malebranche parle tant, sa critique fait sourire' : est-il donc vrai qu'il n'y a d'union qu'entre des surfaces corporelles qui se touchent? Ce mot ne peut-il point se prendre métaphoriquement? Et Malebranche n'a-t-il pas lui-même expliqué qu'il entendait par là V action immédiate de Dieu sur les esprits?

Locke remarque fort à propos que dans la formation de la connaissaTice humaine il y a un travail de l'esprit dont la théorie de la Vivien en Dieu tient trop peu de compte, et il insiste à juste titre sur l'extrême différence Cjui existe entre l'Intelligence divine saisissant tout intuitivement et l'intelligence humaine assujettie aux détours de la réflexion- : mais conclure de là cju'il serait plus facile que nous vissions avec la raison et les yeux de l'homme qu'avec la raison et les yeux de Dieu^, c'est montrer qu'on n'entend rien aux principes de cette grande philosophie qui place au-dessus de tous les esprits créés, dans la vérité immuable et éternelle, la règle et la lumière de toute pensée.

Locke déclare qu'il ne comprend pas comment la variété des idées est compatible avec la simpli-

csprits, comme l'espace est le lieu des corps, » (§ 25, p. IGTbis), est ])lus juste, mais déveloi)péc avec une mesquine insistance.

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