Ré {le X. philos, el thcol., III
l'un et l'autre la liberté humaine, et ils la compromettent, l'un par sa théologie, l'autre par ses principes métaphysiques; ils proclament l'un et l'autre la bonté divine: mais ils la détruisent, l'un pour le plus grand honneur de la sagesse, l'autre par respect pour la puissance. Ils méritent ainsi tous les deux les mêmes reproches, mais c'est par des raisons différentes. Si nous voulons aller jusqu'au fond de leur pensée, nous les trouverons, l'un persuadé et préoccupé avant tout de la sagesse du Créateur, l'autre persuadé et préoccupé avant tput de sa toute-puissance. Malebranche place le fondement de la sagesse divine dans les vérités éternelles et dans l'ordre immuable; puis il voit que s'il y a du mal dans le monde, c'est qu'il est convenable et bon qu'il y en ait; enfin il comprend qu'une harmonie universelle relie tous les détails des choses. Cela est invincible à toutes les objections, cela est impérissable. Mais dans ces hautes considérations, il a des éblouissements et des défaillances : il ne veut plus voir dans les effets particuliers que des suites nécessaires des lois générales, et il semble alors ôter à Dieu puissance, liberté, bonté, pour ne lui laisser qu'une chimérique sagesse. C'est cette exagération qu'Arnauld saisit et signale avec une incomparable vigueur. Cette sagesse, c'est « une fatalité plus que stoïcienne*. »