Animx Iiumanx 7iatura, etc
4. Voir sur Fardella, M. Bouillier, Hisl. de la philos, cart. (éd. de 1868), t. II, ch. XXVII; M. Foucher de Careil, Nouv. lettres et opusc. inéd. de Leibnilz^ 1857, inLrod., p. clxxxi, et Lettres de Leibnitz à Fardella, p. 317; Cousin, Fragm. de philos, mod., 2« partie, p. 137.
rencontrant une grande doctrine qui répond à tous leurs besoins intellectuels, et semble avoir été faite pour eux, ils l'embrassent avec ardeur, avec foi, avec une sorte de tendresse et de piété. Leur pensée s'y adaptant sans effort, ils sont encore eux-mêmes d'une certaine manière, tout en reproduisant un système qu'ils auraient été incapables d'inventer et auquel ils ne font aucune modification importante.
Le père Bernard Lamy loue le maître d'avoir démontré que Dieu fait tout en nous et que nous ne pourrions voir ni sentir les choses, même grossières, s'il ne nous les faisait voir et sentir : voilà la vision en Dieu, acceptée tout entière, et ainsi pour les autres théories (sauf celle de la grâce qui reste dans l'ombre). Mais dans ces emprunts et dans ces imitations mêmes, la sincérité de l'aduiiration, la délicatesse de l'esprit, l'élévation de l'âme, la pureté et la noble aisance du stvle donnent à l'écri-
vain une physionomie distinguée, et la lecture des Entretiens sur les sciences, de la Démonstration de la vérité de la morale chrétienne, et de VArt de parler, n'est point sans profit et sans charme ^
1 . Voir dans V Oratoire de France au xyii^ et au xix® siècle^ par le R. P. Ad. Penaud^ la liste des ouvrages du P. Bernard Lamy (on verra par là qu'il avait pour l'érudition plus de goût que Malebranche); QidiB.n'àV Oratoire et le cartésianisme en Anjou, de M. Dûment, le récit des persécutions que le P. Lamy, professeur de philosophie à Angers, eut à subir à cause de son attachement aux doctrines de Descartes et de Malebranche.
L'abbé de Lanion écrit des Méditations sur la métaphysique, où il déclare que Dieu est Fauteur de toutes nos sensations et de toutes nos pensées, et que notre esprit ne pouvant voir que la substance divine, seule intelligible, il y aurait de l'imprudence à juger qu'il existe quelque autre être que Dieu si la foi ne nous ordonnait de le croire '.
Lelevel, qui défend Malebranche contre Arnauld, et qui attaque Régis, proclame, dans son livre sur La vraie et la fausse métaphysique , que le philosophe véritable est celui qui dit que Dieu fait tout, que les créatures n'ont que l'impuissance en partage, qu'on ne voit pas les objets en eux-mêmes, que la nature corporelle n'est qu'une continuelle mécanique, que la raison n'est point un être particulier, mais une lumière commune à laquelle tous les esprits participent, que Dieu a établi des lois qu'il suit constamment dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce, etc.
Miron, un des plus assidus aux conférences malebranchistes qui se tenaient toutes les semaines chez mademoiselle de Wailly, Miron public dans VEurope savante, en 1718 et 1719, huit lettres où il défend, contre les attaques du P. Dutertre, les doctrines dont il avait été toute sa vie le zélé palron.
1. Ces méditations parurent en 1678 sous le nom de Guillaume Wander, et furent réimprimées en IG84, par Baylo, dans son Recueil de quelques } ièces curie^tses concernant la philosophie de M, Descaries.
Ainsi, Malebranche trouve autour de lui ou suscite, par la beauté de son système, des écrivains de talent, qui sont ses amis, ses élèves, ses admirateurs, ses défenseurs K Mais combien d'autres qui, sans faire de livres, travaillent sans cesse à se pénétrer eux-mêmes de sa philosophie et la répandent tout autour d'eux avec une sorte de passion ^ ! Qu'il nous suffise de citer le marquis d'Allemans, attentif à se recueillir pour méditer selon les préceptes de la Recherche de la vérité^ mêlé d'ailleurs à toutes les querelles de son ami, écrivant des lettres pour le défendre, provoquant des entrevues entre lui et Bossuet ou Arnauld, soutenant pour lui des discussions, et s'attirant de Bossuet cette belle mais sévère lettre, connue sous le nom de Lettre à un disciple de Malebranche.
Pendant que la nouvelle philosophie avait en France tant d'adeptes convaincus, un Anglais, John Norris, l'embrassait, lui aussi, sans réserve, et l'exposait dans un écrit remarquable ^ Épris du monde intelligible qu'il appelle encore monde idéal, the idéal world, Norris veut le considérer absolument et en lui-même, absolutely in itself, et dans son rapport avec l'entendement humain, ifi relation to human under standing. Comme Malebranche, Nor-
1. Il n'entre pas dans mon dessein de les étudier tous. Voir M. Bouillier, Hisl. de la philos, cari., t. II, ch. xvn et xviii.