‹ La philosophie de Malebranche (volume 5)Chapitre 64 sur 100 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

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g I. Rôle do la philosophie de Malebranche au xviii® siècle.

Dans la période que nous allons maintenant étudier, le malebranchisme, pur ou mitigé, est, en

France et en Italie, le refuge de tous ceux presque qui réagissent contre la philosophie sensualiste devenue dominante. A cette époque où la métaphysique est négligée, méprisée même, on dirait que nul ne peut essayer de la venger de l'oubli ou de l'insulte, sans recourir à Malebranche et s'inspirer de lui. Cette philosophie autrefois poursuivie au nom de la religion même, comme suspecte et comme dangereuse, cette philosophie, accusée si souvent de tendre au spinozisme, se trouve, au miheu du xYiif siècle, représenter la philosophie spiritualiste et chrétienne. Et pourquoi ? parce que, ayant foi dans les vérités éternelles, elle s'oppose naturellement à l'empirisme.

Je mettrai à part le Traité de V infini créé, dont l'édition de 1769 porte le nom de Malebranche. Dans ce petit ouvrage, qui est probablement l'œuvre de l'abbé Jean Terrasson, la métaphysique la plus téméraire est sans cesse unie à la théologie la plus suspecte. Infinité de la matière, infinité de l'esprit, infinité dans le nombre et la durée, l'incarnation universelle, un monde infini dont l'infinité augmente indéfiniment, tels sont les principaux points que nous y trouvons développés. Dans l'édition de 1769, il est accompagné d'un petit traité de la confession et de la communion, qui contient des pensées assez relevées et des sentiments édifiants. Ce Traité de V infini créé prouve dans celui qui Ta com-

posé, un esprit original et hardi. Il est curieux d'y rechercher les traces du malebranchisme. Voilà bien le plus étrange et le plus audacieux disciple que Malebranche ait jamais eu : il en eût eu horreur, à ce que je pense, comme d'un nouveau Spinoza, et les sentiments religieux mêlés à ce bizarre système ne l'auraient pas rassuré.

Ce sont des esprits plus modérés, qui, en perpétuant le malebranchisme au xviii® siècle, protestent avec les principes de cette noble philosophie contre le sensualisme du temps.

D'Aguesseau, né en 1668, mais mort en 1751, et appartenant par ses écrits philosophiques au xviif siècle, s'inspire de Malebranche dans ses Méditations métaphysiques sur les vraies et les fausses idées de la justice, établit contre Locke l'existence d'une justice absolue, et en général de principes innés supérieurs à toute démonstration, et place le fondement de la morale dans l'ordre immuable et éternel. On ne peut regarder comme un véritable malebranchiste celui qui a dit : « Ce n'est pas ce qui est du ressort de la pure métaphysique que l'on doit chercher dans le P. Malebranche*. » Mais, s'il se défie de certaines théories du grand philosophe^, il

1. Instructions sur les études propres à former un maglslrai, iv.

2. « Il faul avouer qu'au milieu de plusieurs }3onnes choses, il est échappé à ce philosophe, non-seulement des expressions, mais des dogmes philosophiques dont on peut abuser aisément pour soutenir une partie des raisonnements qui sont dans le traité de V Infini créé. »

conserve un respectueux et tendre souvenir des relations qu'il a eues personnellement avec lui S déclare comme lui que « Dieu est la lumière éternelle de toutes les intelligences ^ » et dans ce qui a rapport à la morale, le prend avec amour pour modèle et pour maître.

Le P. Roche, de l'Oratoire, combat l'empirisme, réfute Locke et Condillac, poursuit le matérialisme. Il écrit dans cette vue un Traité de la nature de Vâme et de Vorigme de ses coîinaîssances. Là, on retrouve les principes de la métaphysique de Malebranche : toutes les idées nous sont données par Dieu, les idées sensibles, à la suite de l'impression des sens, les idées intellectuelles ou innées immédiatement ; c'est en Dieu que nous voyons toutes les idées des êtres créés ^. Seulement, le P. Roche n'admet pas, comme Malebranche, que l'âme ne se connaisse point par une idée distincte. « Puisque les idées de tous les êtres sont en Dieu, il faut nécessairement que l'idée d'un esprit créé s'y trouve aussi : pourquoi donc l'âme ne l'y verrait-elle pas? Éclairée de cette divine lumière, elle découvrira tout ce qui est essentiel à un esprit, sa spiritualité abso-

Lettre ix, t. XII des OEavres complètes, 1759. Voir M. Bouillier, Hisl. de la philos, cart..^ t. II, ch. xxx.

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