‹ La philosophie de Malebranche (volume 5)Chapitre 8 sur 100 · Ibid., ch. XV · texte numérisé non relu

Ibid., ch. XV

4. Ibid., ch. XIV; Réponse de Malebranche^ ch. xvi; Défense d'Arno.idd, part. V, ex. 6.

rétendue intelligible, beaucoup plus de profondeur que n'en suppose Arnauld, nous ne sommes pas fâchés d'en voir étalées toutes les impossibilités et toutes les conséquences fâcheuses. Oui, il est trèsvrai que l'esprit a beau tailler dans l'étendue intelligible infinie ou la borner comme il lui plaît, cela ne lui sert de rien pour connaître les choses réelles. 11 est très-vrai aussi que, si les corps sont les participations de l'étendue intelligible, il n'y a plus de moyen de distinguer l'étendue matérielle et créée de l'étendue idéale et incréée, et qu'ainsi cette étendue, modèle intelligible des corps, semble en même temps constituer tout leur être : ce qui amène à confondre Dieu et le mondée Nous avons nousmême indiqué ces conséquences de la théorie de Malebranche.

Ainsi, tandis que notre philosophe explique d'une manière étrange la connaissance des corps, Arnauld, devançant Reid, pose des principes simples et soh'des qui suffisent à chasser toutes les chimères.

1. Selon Malebranche, l'étendue est en Dieu, non-seulement idéalement ou objectivemenl, en ce sens que Dieu la connaît, mais encore <jininemmenl, en ce sens que Dieu en est le modèle, la source, le principe, possédant une perfection à laquelle les corps ou choses étendues ne répondent que très-imparfaitement. Cela ne signifie pas que l'étendue soit en Dieu formellement, c'est-à-dire que Dieu soit lui-même étendu à la façon des corps, et que ces corps soient (^asparlics de sa substance. Seulement, dans un système où l'idée de force est entièrement absente, comment distinguer nettement l'étendue créée et corporelle de l'étendue intelligible infinie? Arnauld va donc un peu vite on concluant tout d'abord que la théorie de Malebranche se confond avec le spinozisme-, mais il voit juste quand il affirme qu'elle y mène.

Entre l'esprit et l'objet, point d'intermédiaire d'aucune sorte; point de présence locale des choses dans l'intelligence, mais une présence tout objective qui est la connaissance même; point d'idée distinguée de l'esprit connaissant, mais des perceptions, modifications de l'esprit, et des idées qui ne sont rien autre chose que ces perceptions mômes, avec cette seule différence que le mot de perception marque plus directement l'âme même en tant qu'elle aperçoit l'objet et que le mot idée marque plus directement la chose aperçue en tant qu'elle est objectivement dans l'esprit. On ne peut rien dire de mieux. C'est bien là le vrai sens des mots. Et puis, toute hypothèse étant écartée, toute image trompeuse rejetée, tout essai ambitieux d'explication abandonné, voilà d'un côté les corps réellement existants et connaissables, et de l'autre côté l'esprit avec les facultés qu'il tient de Dieu, l'esprit capable de penser, d'apercevoir, de connaître (ce qui est tout un) : il aperçoit donc ces corps, il les connaît, et dès lors ces corps sont en lui objectivement, et il en a Fidée, et cette présence des objets dans l'esprit ou présence objective, purement spirituelle, n'est point différente de la perception que l'esprit a de l'objet, et ainsi n'a garde de précéder k connaissance qu'il en a, puisque c'est par cela même qu'il les connaît, qu'ils lui sont présents*.

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