‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 142 sur 183 · V. Quasi. OpL, XXXI · texte numérisé non relu

V. Quasi. OpL, XXXI

- 2. V. Principes, Scholle Général.

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alors, par le fait même, la philosophie morale progressera d'autant. » En d'autres termes, la philosophie morale n'a pas besoin d'autres principes que ceux de la science. Du moment que l'univers témoigne d'un créateur parfait, la moralité devient un aspect de l'ordre universel.

• On peut se demander ce qui resterait de la thcodicée newlonienne, si Ton en supprimait cette notion de finalité que Newton admet sans doute, mais ne justifie jamais. La question ainsi posée n'est pas factice. C'est celle en face de laquelle se trouveront, au cours du xvin® siècle, un très grand nombre de philosophes mécanistes, disciples de Newton en ce qui concerne la physique, et pourtant hostiles à sa métaphysique. A cette question Newton lui-môme a donné la réponse. « Nous adorons Dieu comme soumis, car un Dieu sans providence, sans empire et sans causes finales, n'est autre chose que le destin et la nature. « Ce Dieu-destin, ce Dieu-nature, qui répugne si fort à l'esprit orthodoxe de Newton, sera du goût d*un grand nombre de philosophes du xviii' siècle. De fait il semble assez logique qu'une philosophie naturelle comme celle de Newton, c'est-à-dire une philosophie fondée sur la physique, aboutisse à une théologie naturelle, où la nécessité physique joue le principal rôle. Des hommes môme enclins à un certain déisme, aussi bien que des matérialistes avérés, pourront alors reprendre à leur compte le système de Newton^ moins grossièrement imbu de causes finales. Ils arriveront à des formes diverses du naturalisme, à des métaphysiques très distinctes de la métaphysique newtonicnne, et qui pourtant pourront se prétendre en accord avec les principes de Newton.

Si nous mettons à part ce que la théologie de Newton a de personnel et presque de mystique, il reste qu'on y trouve une tendance assez différente de la tendance répandue de son temps. Le Dieu que concevaient Pascal et Malebranche, le Dieu de la théologie orthodoxe, est avant tout un Dieu législateur. Il se peut que nous ignorions son essence, mais nul n'est censé ignorer ses ordres. Il a imprimé en nous une loi qui s'impose d'autorité. C'est en partant de cette révélation intime que nous pouvons essayer de retrouver Dieu dans la nature. Mais celui qui ne se conforme pas d'abord, par ses actes, aux prescrip-

lions divines, n'a nulle chance de saisir par sa raison les marques de la providence.

Les métaphysiciens comme Leibniz essayèrent de réagir contre ce qu'une pareille théologie avait d'exclusif. Au Dieu législateur ils associèrent un Dieu architecte et leur système concluait à une harmonie entre le Dieu de la religion et celui de la nature. Chez Newton cette harmonie se retrouve, mais le Dieu architecte est à proprement parler le seul qui nous soit accessible. C'est à lui que va notre admiration en face de la stabilité, de l'uniformité du monde, c'est à sa sagesse que concluent les dernières inductions de la philosophie naturelle. Par là Newton, malgré son mysticisme, ouvrait la voie à cette religion naturelle qui allait être la nouveauté du xviii*^ siècle, et qui sous couleur d'appuyer la religion a servi surtout à la combattre. Nul mieux que Voltaire n'a compris cette tendance, et nul plus que lui à cet égard n'a été disciple de Newton. Faire du Dieu des religions révélées un géomètre, un physicien, un artiste impeccable, c'était la meilleure manière d'ébranler les doctrines qui en faisaient surtout un tyran. Celait introduire dans la métaphysique un élément emprunté à l'idéal de la raison humaine, et par suite élargir aux dépens de la foi le domaine où cette raison a place.

L'influence de Newton s*est manifestée dans un si grand nombre de domaines que nous renoncerons à les parcourir tous. On trouvera dans Touvrage de Rosenberger * un résumé historique satisfaisant surtout ce qui concerne la formation de l'école newlonicnnc et la victoire finale de la physique nouvelle. La physique de Newton, tant combattue de son vivant, fut presque aussitôt après sa mort reçue comme classique dans toute l'Angleterre. Sur le continent elle demeura longtemps inconnue. La polémique de Newton et de Leibniz, la découverte môme de l'attraction universelle n'intéressèrent d'abord qu'un public restreint. En France l'influence cartésienne était assez vivacedans la science officielle pour offrir une barrière presque infranchissable aux nouveautés qui la menaçaient. Malebranche, puis Fontenelle, à force de science et d'ingéniosité, prolongèrent d'un demi-siècle le règne des idées cartésiennes, et Ton dut attendre le milieu du xvui® siècle pour voir Newton, traduit en français, susciter un mouvement d'idées qui rejaillit sur toute la philosophie.

C'est en 1756 que fut publiée à Paris la traduction des Principes malhé7natiques de la Philosophie Naturelle par Madame du Châtelet^ Il suffit de consulter l'avertissement de l'éditeur pour se persuader que la savante marquise avait eu recours à des collaborations éminentes. Le commentaire qui suit la traduction et qui est intitulé « Exposition abrégée du système du Monde » a été revu par Clairaut, et n'est en bien des endroits

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