Ed. Castillon, T. Il, p
2. Il semble probable que celto manière d'éviter en physique les objections métaphysiques a été suggôrêc à Newton par l'ouvrage de Wallis : Mechanica sive de Motu tractât us mechanicus (Londres 1669). Dos cette époque Watlis écrivait que la cause de la gravité est indifférente au savant : a (Jravitas est vismotrix dcorsum. sive ad centrum terrae. Quodnam sit, in consideratione physica, gravitatis principium, non hic inquirimus. Neque etiam an qualiias dici debcat, aut corporis affectio, aut quo alio nomine cenaeri par sit. Sufficit ut gravitatis noraine illam inlelligamus quam sensu deprehendimus. »
d'agir par attraction K Nous pouvons donc dire que la qualité attractive est innée et inhérente à toute matière, en exprimant par là simplement l'ensemble des constatations journalières. Lorsque nous attribuons aux rayons lumineux des qualités « innées » comme la réfrangibilité, la réflexibilité, etc., ces mots abstraits cachent des faits positifs et ont seulement pour but de faciliter le langage. Il en est de mémo dans Tastronomie. La gravité est une qualité innée à tous les corps que nous connaissons. Cela ne signifie rien de plus que tout à 1 heure. Il faut comprendre qu'il est inutile de rechercher à tout prix des explications métaphysiques en physique. Tout Teffort doit porter sur un choix de définitions positives. En définissant la gravité une a propriété universelle », nous résumons aussi brièvement que possible l'ensemble des faits connus, nous écartons toute hypothèse, et nous nous mettons à l'abri des objections fondées sur la recherche des causes.
Newton aurait pu s'en tenir à cette fin de non-recevoir opposée à toute question sur Tes-sence de la gravité. C'était là une position inattaquable et parfaitement consolidée par l'ensemble de sa méthode. Parmi les interprètes les plus fidèles du newtonisme, il en est qui se rallièrent toujours à cette manière de voir, et se refusèrent à chercher dans des hypothèses le supplémentd'information que sollicitaient leurs adversaires. C'est ainsi que Cotes considérait les attractions (et celles-ci sont des forces fonction de la distance mais non nécessairement en raison sousdoublée de cette distance) comme des facultés daclions qui appartiennent par nature à toute matière. Les forces attractives s'exercent à toute distance, immédiatement d'une matière sur l'autre. Elles n'ont point de substance physique ou mécanique qu'on puisse se proposer de découvrir. Elles proviennent directement de la volonté de Dieu, qui les a créées et qui les conserve.
Peut-être Newton lui-môme fiit-il demeuré sur ce terrain
1. V. Principesy T. H, p. 179. « Dans ceUe philosophie (expérimentale) on lire les propositions des phénomènes, et on les rend ensuite générales par induction. C'est ainsi que l'impénétrabilité, la mobilité, la force des corps, les lois du mouvement et celles de la gravité ont été connues. Et il suffit que la gravité existe, qu'elle agisse selon les lois que nous avons exposées, et qu'elle puisse expliquer tous les mouvements des corps célestes et ceux de la terre. »
LES ORIGINES DE LA THÉORIE DE L'ÉTUER 63t
étroit, mais solide, sans les accusations passionnées qui furent portées contre les Principes, On lui fit grief de faire revivre, avec ses attractions et ses répulsions, les entités du moyen âge. Désigner la gravité, la dureté, la réfrangibilité, etc. comme des propriétés primitives de la matière, c'était, disait-on, revenir à la physique des qualités occultes. Ces objections injustifiées firent malgré tout grande impression sur l'esprit de Newton. Il s'efforce de s'en dégager aussi bien dans VOplique que dans la seconde édition des Principes. Au cours d'une lettre à Bentley, Newton s'exprime ainsi : « Que la gravitation puisse être essentielle, innée et inhérente à la matière, qu'un corps puisse agir sur l'autre à toute distance à travers l'espace vide sans nul intermédiaire, de sorte que l'attraction ne soit pas conduite de proche en proche d'un corps à l'autre, c'est, à mon sens, une telle absurdité qu'elle n'a pu venir à l'esprit d'aucun homme, tant soit peu versé dans les choses philosophiques ». Et dans sa préface de Y Optique on retrouve la même idée : « Alin qu'il ne vienne à l'esprit de personne de croire que je range la gravité parmi les propriétés essentielles des corps, j'ai posé une question touchant l'essence de sa cause véritable ». Ainsi Newton a cessé de croire qu'on puisse se contenter d'éluder, par un stratagème de méthode, la difficulté que soulève l'essence de la force attractive. 11 accorde qu'il faut se demander comment la gravitation peut se transmettre, et pour rendre compte de cette transmission il va faire appel à l'hypothèse de l'éther.
Déjà dans son mémoire de 1675, Newton donnait l'esquisse d'une théorie de l'éther, telle qu'on peut la concevoir pour expliquer la gravité. Gomme la lumière, comme Télectricité, comme les forces vitales elles-mêmes, la force d'attraction de la terre, que nous nommons gravité, est causée par la condensation continuelle d'un fluide élhéré. Si les corps combustibles ou fermentescibles ont la puissance de garder en eux une grande masse de fluide éthéré, on peut admettre aussi que le corps très considérable qui constitue la terre peut condenser sans cesse dos masses d'éther considérables. Mais alors il faut qu'à chaque instant et de tous côtés le fluide éthéré afflue avec une grande vitesse pour remplacer celui qui disparaît, et les courants d'éther entraînent avec eux les corps matériels
vers le centre de la terre. Leur force sera inversement proportionnelle à la surface totale sur lesquels agissent les courants *. De môme que la terre, le soleil peut aussi absorber de cette matière éthérée, et conserver de la sorte non seulement sa lumière, mais son action sur les planètes.
Dans les Quœstiones Opticœ, Newton revient sur l'idée d'un éther servant de véhicule aux attractions astronomiques-. Le milieu élhéré est représenté comme moins dense à Tintérieur du soleil, des étoUes, des planètes et des comètes que dans les espaces libres qui les séparent. En partant du centre des masses planétaires, on voit Téther devenir continuellement plus solide et plus dense. Gest grâce à lui que ces grands corps pèsent mutuellement les uns sur les autres, et que les parties de chacun d'eux pèsent sur le tout^. N'est-ce pas en effet une règle générale, vérifiée dans toutes les observations hydrodynamiques, que les corps font effort pour se retirer des endroits où le milieu est plus dense pour se diriger vers ceux où il est plus rare ? Admettons alors que l'éther soit plus rare à Tintérieur du soleil qu'à sa superficie, plus rare à sa superficie qu'à une distance d'un centième de pouce, plus rare ici encore qu'à la distance d'un cinquantième de pouce, où il est plus rare que dans l'orbe de Saturne. Il n'y aura pas de raison pour que cet accroissement de densité ait une limite, lorsqu'on s'éloigne indéfiniment du soleil. La densité de l'éther, quand môme elle n'augmenterait à de très grandes distances qu'avec une extrême lenteur, pourra néanmoins, si l'élasticité du mUieu est assez, grande, pousser tous les corps, avec la force que nous appelons gravité, des parties où le milieu est le plus compact vers celles où il est le plus rare.
Or la force élastique de l'éther est très grande, nous le savons par la vitesse des vibrations qu'il propage. Le son se transporte d'environ 1140 pieds anglais à la seconde, ce qui fait cent milles en sept à huit minutes. La lumière qui nous vient du soleil emploie à peu près le môme temps pour fran-
1. C'osl-à-dire inversement proportionnelle au carré de la distance, ea vertu de la formule S = 4 tt H *.