‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 183 sur 183 · V. Principes, L. III. Scholic général · texte numérisé non relu

V. Principes, L. III. Scholic général

2. Cf. Opl. Quiest. XX.\I. « Nam ex phaînomcnis naturiO illud nos prias essoduclob oportcl, quiunam corpora se invicemattrahant,elquaînam sinl loges et proprietatcs Kstius altractionis, qiiam in id inquirere par sil, quanam efficiente causa peragatiir aUractio. >»

,'t. V. Principes, L. III, Scholie générai, sub. fin.

LES ORIGINES DE LA THEORIE DE LETIIER C3t;

ont cru pouvoir franchir le pas où Newton s'était arrêté. Dune manière conforme à Tesprit de la physique newtonienne, ils ont tâché d'aller dans la voie expérimentale plus loin que n'avait fait Newton et d'appliquer aux données nouvelles de l'observation les modes de calcul inaugurés par les Principes.

Déjà Hawksbee, du vivant de Newton, avait cherché à vérifier par Texpérience l'idée que la capillarité, comme l'électricité, a sa cause dans des attractions atomiques. Jurin montra que ces forces étaient nécessaires pour rendre compte de Tascension des liq^iides dans les tubes très élroils ; et Clairaut, mettant le problème en équations, fit voir que les phénomènes trouvés par Jurin rentraient comme cas particuliers dans l'hydrostatique newtonienne. Keill et Freind, reprenant d une manière précise l'idée que les transformations physicochimiques sont dues à des attractions mutuelles, montrèrent que l'éther newtonien pouvait se remplacer par des forces moléculaires. D'une manière générale, TefTort du xvnr siècle, celui au moins des roprést»ntants de la physique mathémali(iue, fut (rachever l'œuvre commencée par Newlon en découvrant sous riiypothèse de l'éther des hypothèses plus simples,, capables de fournir des explications plus complètes.

Le représentant le plus typique de celle tendance, celui qui a cru pouvoir sortir le plus nettement de la réserve où s'était tenu Newton, est le jésuile Z^oscoviVA ^ Boscovich admoi intégralement la physique newtonienne, mais il croit pouvoir, par celte physique même, démontrer la matérialité de l'éther. Il lui semble possible d'envisager la matière comme soumise à (les forces d'attraction qui s'exercent depuis les plus grandes distances jusqu'aux plus petites. Dans l'espace vide se trouvent, d'après Boscomchy des êtres réduits à des points, mais affectés d'une masse invariable -. Chacun de ces points, dépourvu d'étendue, n'en est pas moins le sujet de forces, et ces forces, conformément à la mécanique newtoniemie,.

1. Né il Raguse en ITH. mort à Milan en 1787. Auteur do ])lus do 70 ouvrages, dont le plus connu porte pour titre : Theoria Philosophhe yalumlis reduclEP ad imam legem virium in nalura existentium. Vienne 1708, Paris 1703.

t. V. P. Duhom, YÈvolulioH de la Mécanique, Rev. Gén. des Sciences, 30 janvier IOO:î.

peuvent so composer et so décomposer suivant la règle du paralléh)gramme. Chacune des forces qui sont appliquées à un <( j)oint mathématique » a son origine dans un autre « point matliématique », et, conformément au principe de légalité de Taction et de la réaction, les forces mutuelles qui émanent de ces points sont rigoureusement égales. Leur grandeur dépend •de la distance qui séj)are les deux points et de cette distance seulement. Lorsque les points sont extrêmement voisins, la loi de leur action mutuelle peut prendre une forme compliquée, <ïue l'expérience seule fera connaître. Mais sitôt que les distances deviennent notables par rapport au rayon des «. sphères d'activité », toute matière, quelles que soient ses propriétés chimiques spécifiques, n'agit plus qu'en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances. 1/ensemble des points mathématiques agissant suivant ces lois n'est autre chose (jue ce que Newton appelait matière. On voit en même temps qu'il devient inutile de faire appel à un éUiev spécial, servant d intermédiaire entre les corps matériels, puisque la matière n'est définie que par ses propriétés géométriques et fie peut se distinguer de l'éther. La gravité astronomique, la cohésion physi(pie, Taflinité chimique ne sont que des expressions dilîorentes d'un seul et même fait, l'action mécanique de points matériels les uns sur les autres.

Tels sont les gros traits de cette théorie des « centres de forces » qui a joué un rcMe considérable jusqu'au début du XIX'' siècle. Elle fournit l'exemple d'une physique prétendue newlonicnne, parce qu'elle étend les théorèmes de Newton à la totalité (les phénomènes naturels. En réalité la physique de Boscovich était aussi contraire que possible à l'esprit du newtonisme. En prétendant faire d'une manière prématurée la synthèse complète de l'univers, Boscovich est arrivé à admettre dans la philosophie naturelle une pari d'hypothèse beaucoup plus grande qne n'avait fait l'auteur des Principes. Sa physique prend une allure métaphysique qui rappelle plus Wolff que Newton.

Partisans ou adversaires de Boscovich, tous les savants du commencement du xix*' siècle se réclament des principes de la philosophie newtonienne. Lagrange, Laplace, ïoting, Fresnel. Poisson, sont tous, même lorsqu'ils critiquent Newton,

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sous rinfluence de sa manière de penser. La lutte acharnée entre la théorie de rémission et la théorie des ondulations, le triomphe final de cette dernière, et le développement mathématique des théories de l'éther, ne sont pas le phénomène le plus important que présente la science de* cette époque. La vérité ou la fausseté de la physique de Newton pouvait d'autant moins se décider sur ce point qu'on trouve chez Newton, nous Tavons fait voir, les germes de l'une et l'autre thèse. L'essentiel de ce qu'avait apporté Newton demeure à travers toutes les oscillations de doctrine, savoir sa méthode même et sa notion de l'hypothèse.

L*idée de l'éther, telle que l'avait définie Newton, a eu son heure de succès. Les immortels travaux de Fresnel sont venus au moment où cette idée était mûre pour le développement mathématique, et où les scrupules qui avaient retenu Newton n'avaient plus de raison d'être. Mais la réserve méthodique de Newton ne se justifie-t-elle pas de nos jours, maintenant que l'hypothèse de Fresnel, malgré son éclat, semble épuisée, et qu'on a tiré de cette image la part de vérité qu'elle contenait? Ne semble-t-il pas qu'on revienne do toutes parts à des hypothèses d'espèces différente, où l'éther change de nom et même de nature pour laisser place à des explications cinétiques, fort voisines des anciennes hypothèses moléculaires ? Sans prétendre juger d'un seul mot les théories modernes des ions et des électro7is, il est certain qu'on peut voir dans ces théories un retour conscient aux théories de l'émission.

Est-ce à dire qu'il y ait là un recul, un abandon de l'hypothèse de l'éther, considérée comme absolument fausse, pour une hypothèse quasi-atomistique considérée comme absolument vraie ? Non, et la physique moderne s'est entièrement conformée sur ce point aux tendances de la doctrine de Newton. Elle a fini par comprendre que les hypothèses quelles qu'elles soient, représentations mécaniques, élasti(iues, hydrodynamiques, etc., n'ont qu'un rôle momentané dans la science. Elles ont pour fonction de répondre, à un instant donné, à l'ensemble des faits acquis, et de permettre la systématisation d'autres faits. Leur valeur se juge non à leur durée, mais à leur faculté d'adaptation aux découvertes. En ce sens il est presque vrai de dire que l'utilité d'une hypothèse est en rai- Blocu. 41

«tô LA PHiLTt^OPHrE DE NE^Ti»"

son inverse de sa durée, puisque plus importants sont les se^ vices qu'elle rend, plus vile elle s'use et se désagrèee. Mais rien ne prouve qu'une hypothèse vieillie ne puisse pas tôt ou tard, sous une autre forme, reprendre sa place dans la science. L*histoire de la physique n'est que l'histoire du rajeunissement de vieilles hypothèses. Toutes ces idées avaient été comprises par Newton, et appliquées par lui avec une risrueur inflexible. C'est sa méthode, plus encore que les résultais matériels attachés à ses découvertes, qui a pris une importance décisive dans la science moderne. La théorie de Téther nous a fait voir comment Newton a su observer ses principes jusque dans la partie la plus hypothétique de son œuvre. L'esprit positif, dont il ne s'est jamais départi, est vraiment ce que sa physique a légué de plus original à la physique du xix* siècle. Newton est peut-être dans Thistoire des sciences le seul exemple d un théoricien dont les adversaires ont dû se faire, malgré eux, les disciples cl les imitateurs.

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