Cf. Traité de Métaphysique, c\\. m
3. Auguste Comte allait justpi'à rejeter les hypothèses scientifiques comme celle de 1' « éthcr ».
instant chez Voltaire, c'est le sentiment de réserve scientilique qu'il faut se garder de confondre avec un demi-scepticisme. Il arrive souvent que le doute soit pour nous le dernier mot de la science. Dans sa Lettre à M. de Mauperluis, dans sa Défense du Newtonianisme, Voltaire insiste sur ce fait que le savantdoit savoir s'arrêter dès que la certitude l'abandonne. Fidèle au sentiment qui guidait Newton au moment oh il écrivait ses Quœstiones opticœ, Voltaire fait voir que la certitude scientifique ne s'acquiert qu'au prix d'un déchet énorme. 11 faut, pour établir une vérité certaine, laisser irrésolues des mil- Hersde questions. La science ne progresse qu'à ce prix. «Nous avons des expériences qui, quoique très fines pour nous, sont encore très grossières par rapport aux premiers principes des choses. Ces expériences nous ont conduits à quelques vérités, et surtout à des doutes en grand nombre, caries doutes doivent être souvent en physique ce que la démonstration est en géométrie, la conclusion d'un bon arguments »
On le voit, le doute que Descartes plaçait au début de la science, à seule fin de mieux l'éliminer ensuite, est réintégré par Newton à la fin de la science, pour servir de frein aux hypothèses. Ce dout^" n'est pas du scepticisme. C'est l'aveu non d'un vice de méthode, mais d'un défaut d'information. Il est destiné à tomber tôt ou tard devant le progrès des investigations. Auguste Comte admettra lui aussi que l'application des méthodes doit être progressive, que la science ne peut à aucun moment épuiser un ordre de phénomènes quel qu'il soit. L'étude de la nature doit se faire dans un certain ordre, qui est déterminé parla classification des sciences. Lorsqu'une science n'est pas encore assez parfaite pour s'appliquer avec fruit à certaines recherches, le bon sens et l'esprit de méthode recommandent tous deux l'abstention. L'effort doit porter alors sur les sciences inférieures, sur le perfectionnement préliminaire des connaissances plus simples. Un doute opportun est la marque où se reconnaît ainsi l'esprit positif. Sur ce point Auguste Comte est le disciple fidèle de Voltaire et de Newton.
Non seulement le savant doit savoir douter chaque fois qu'il ne possède pas de preuve, mais il doit s'attendre à douter tou-
i. Essai sur la Nature du Feu. Introduction.
VOLTAIRE ET NEWTOiN ' 549
jours, à rencontrer aux limites de la science un domaine fermé à ses recherches.
Déjà au cours du développement de la science, un esprit réfléchi se heurte à des notions obscures, irréductibles. Telle est la notion de matière, dont Descartes faisait le type des idées claires, et qui pour Voltaire ne peut être conçue par l'esprit humain, ce ... C'est là que Newton, examinant l'extrême porosité des corps, chaque partie ayant ses pores, et chaque partie de ces parties ayant les siens, fait voir qu'on n'est pas assuré qu'il y ait un pouce cubique de matière solide dans l'univers ; tant notre esprit est éloigné de concevoir ce que cest que la matière K » Ce qui est vrai de la matière en soi est vrai aussi de l'étendue en soi, du mouvement en soi, d'un grand nombre de concepts physiques dont on se sert avec succès, mais dont le secret nous demeure caché. Il n'y a rien là qui puisse nuire aux progrès de la science. C'est une simple constatation de l'impuissance où nous sommes à pénétrer le fond des choses, à ramener aux idées claires la totalité de nos expériences. « Les égarements de tous ceux qui ont voulu approfondir ce qui est impénétrable pour nous, doivent nous apprendre à ne pas vouloir franchir les limites de notre nature. La vraie philosophie est de savoir s'arrêter où il faut, et de ne jamais marcher qu'avec un guide sûr-. »
En d'autres termes, la philosophie expérimentale doit se rendre compte qu'une connaissance absolue lui demeuré à jamais refusée. Le seul but auquel elle puisse prétendre, c'est la réduction des faits à un certain nombre de lois simples. Ces lois simples, ces ressorts de la nature, n'ont rien d'absolu. Ils ne représentent ni la vérité dernière, ni la parfaite intcHigibilité. Ce sont des étapes où l'esprit s'arrête pour contempler de là le terrain parcouru. Beaucoup de ces lois demeurent à découvrir, et rien ne prouve qu'elles soient toutes accessibles. La nature de nos facultés s'oppose sans doute à ce que nous dissipions entièrement le mystère des choses, car la réalité possède une ampleur que notre intelligence n'a pas. « Je ne dis pas que le principe de la gravitation soit le seul ressort de la physique.