‹ La Philosophie de NewtonChapitre 189 sur 202 · V. Leltres Plhl., XIII · texte numérisé non relu

V. Leltres Plhl., XIII

ES

Descartes avait fait campagne contre l'imagination pour la la raison. Son système était un effort tenté pour rejeter de la philosophie tout ce qui est entaché de sensibilité et pour n’accorder force probante qu'aux arguments géométriques. Gette tendance a été exagérée encore chezses disciples, par exemple chez Malebranche. Descartes prétendait rendre évidentes l’idée du moi et l'existence de Dieu par la seule force de la raison. Il faut imposer silence à l’imagination pour entendre la voix de l'évidence. Pour Malebranche l'imagination est la grande maitresse d'erreur. C’est elle qui corrompt la logique ordinaire et l'esprit pur lui-même. On peut dire que le cartésianisme dans son ensemble est par essence un système rationnel, qui se défie de toute image sensible.

Il est remarquable qu'on fasse à Descartes, pendant tout le cours du xvun siècle, l’objection qu’il semble avoir tout fait pour éviter. C’est le reproche d'imagination, de fantaisie, de rêverie, qui revient sans cesse sous la plume de Voltaire à propos de Descartes. « Descartes était né avec une imagination brillante et forte, qui en fit un homme singulier dans sa vie privée comme dans sa manière de raisonner. Cette imagination ne peut se cacher même dans ses ouvrages philosophiques où l'on voit à Lout moment des comparaisons ingénieuses et brillantes ! ».. « L'opinion publique en Angleterre sur ces deux philosophes (Descartes et Newton) est que le premier était un rêveur et l'autre était un sage ?. »

Ces critiques semblent au premier abord d’autant plus déconcertantes qu'on connaît les propres aveux de Descartes sur sa faiblesse d'imagination *. On s'étonne de voir taxé de rêverie un homme qui voulait donner à la science la forme d’une longue chaîne de raisons à la manière des géomètres. Pours’expliquer les critiques de Voltaire, il faut tenir compte des changements survenus dans le vocabulaire philosophique. L’imagination, telle que la concevait Descartes, était une faculté sensible, identique à la guvrasia d'Aristote, et nettement distincte du pouvoir de former des idées. C’est parce que les images sensibles font obstacle à la clarté des idées que Descartes

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