‹ La philosophie de NietzscheChapitre 5 sur 51 · LE CARACTERE DE METZSCHE · texte numérisé non relu

LE CARACTERE DE METZSCHE

le résultat de ses investigations. Sa philosophie est donc avant tout l'histoire de son àme. Zaralhustra, ce type idéal de penseur et de prophète dont il décrit avec une si saisissante poésie la physionomie morale dans le plus célèbre de ses ouvrages, est à la fois l'incarnation de ses aspirations et de ses rêves, et aussi la démonstration vivante en quelque sorte de sa doctrine. C'est donc par l'examen de la personnalité de Nietzsche telle qu'elle se révèle à nous dans ses ouvrages et dans les souvenirs de ses parents et de ses amis que nous commencerons cette étude.

Une tradition assez incertaine mais que Nietzsche se plaisait à tenir pour authentique le faisait descendre, lui et les siens, d'une famille seigneuriale polonaise du nom de Niëlzky, qui se serait réfugiée en Allemagne vers le début du xvin° siècle à la suite de persécutions religieuses dirigées contre les protestants. Et nous serions asse; tentés d'admettre qu'un peu de « sang noble « ait couh dans les veines de Nietzsche. Peut-être ce fait aiderait-il â expliquer la prédominance, chez lui, d'instincts aristocratiques peu communs, semble-t-il, dans le milieu très respectable et très cultivé mais modestement boui'geois oii il était né. Nietzsche était fils d'un pasteur de campagne prussien. Mais dès son enfance, il nous apparaît, si nous en croyons les récits de sa sœur', comme une nature d'élite à la fois très énergique, très raffinée et très passionnée, rappelant par bien des traits cet idéal du « Maître », de l'homme bien né dont il se plaira plus tard à décrire les

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instincts et les croyances morales. Tout jeune déjà, il apprend à se dominer, à rester toujours maître de lui, à braver stoïquement la souffrance physique ; il est respectueux envers les autres et il se respecte toujours luimême; il se montre scrupuleux observateur des formes et, des bonnes manières ; il recherche volontiers la solitude, s'isolant de ses camarades et leur imposant le respect par une précoce dignité de maintien et d'allures, mais il s'attache en revanche de toute son âme à quelques amis de choix; on observe de môme, enfin, chez lui l'instinctive répugnance pour toute vulgarité, la crainte de tout contact douteux, le souci constant d'une méticuleuse propreté — au physique comme au moral, — l'horreur et le mépris pour toute espèce de mensonge et de dissimulation. « Un comte Niëlzsky ne doit pas mentir, » disait-il, tout enfant, à sa sœur. Or ces tendances « aristocratiques » qui percent déjà chez l'enfant se développent de plus en plus chez l'homme fait, dont elles caractérisent la physionomie morale. Dans sa vie comme dans ses écrits, Nietzsche se révèle à nous comme une volonté héroïque et dominatrice, comme un cœur tendre et passionné, com.me un esprit délicat infiniment sensible à la beauté comme à la vulgarité, à l'harmonie comme aux dissonances.

Nietzsche, disons-nous, est avant tout une âme d'une trempe peu commune. Il hait tout ce qui est faiblesse, atermoiement, demi-mesure. L'une des figures les plus grandioses et les plus tragiques du théâtre d'Ibsen est ce pasteur Brandqui, invariablement fidèle à sa lière devise « Tout ou rien », poursuit le chemin qu'il s'est tracé sans jamais se laisser arrêter par aucun obstacle, impitoyable pour lui-même comme aussi pour les autres ; qui sacrifie sans tremblera son altière volonté son bonheur, sa réputation, sa vie, et plus encore, le bonheur et la vie de sa Icnime, de son enfant; qui gr;ivil sans f;ul)lir tous les

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