INTRODUCTION XXV
Tout ce qu'on peut dire, c'est que la conception de l'idéal, de l'Idée, entendue cette fois comme modèle de ce qui devrait être, n'est nullement chimérique, en ce sens qu'elle tend à se réaliser elle-même en se concevant. Les Idées ne sont pas seulement des principes transcendants; elles sont aussi, par l'intermédiaire de nos pensées et de nos désirs, des forces immanentes, agissant en nous et, par nous, dans le monde. L'idéal, entendu de cette manière, est le fondement de l'art, de la morale, de la politique même.
Aussi, en construisant une théorie des idées-forces , nous croyons être resté fidèle à l'esprit platonicien, quoique nous ayons ramené l'idéal des hauteurs du monde intelligible dans le monde même du devenir ou de l'évolution. L'idée a, pour nous, une causalité, une efficacité sur la marche même des choses : elle se réalise en se pensant.
Ce point admis, et nous le considérons comme incontestable, les platonisants pourront en tirer des inductions relativement au fond même des choses, mais ces inductions demeureront des hypothèses. Et c'est seulement si on les ramène ainsi à une forme problématique que les plus hautes propositions du platonisme pourront encore se défendre. Ces trois équations fondamentales du platonisme ont pour objet, nous Tavons vu, de satisfaire notre besoin d'unité : unité du 7'éel et de Vi?itelligible, unité de Vintelligible et de Xintelligence, enfin unité suprême du réel, de Xintelligihle et du bon. Le besoin essentiel de la raison sera toujours Tunité : la philosophie