INTRODUCTION XI
cette idée soit quelque chose de chimérique. En effet, iont jugement sur la valeur morale ouïe manque de valeur morale des actions n'est possible qu'au moyen de cette idée; par conséquent elle sert nécessairement de fondement à tout progrès vers la perfection morale. » Rappelons que, pour Kant, la moralité consiste dans la conformité de Y homme-pMnomène à Vhomme-noumènej c'est-à-dire à Vidée de l'homme. « Mais ce n'est pas seulement dans les choses morales, ajoute Kant, c'est aussi dans la nature même que Platon voit avec raison des preuves évidentes de cette vérité que les choses doivent leur origine à des idées. » Et Kant, ici, se met à spéculer comme un vrai platonicien, contrairement à sa Critique de la raison. « Une plante, dit-il, un animal, l'ordonnance régulière du monde, sans doute aussi l'ordre entier de la nature, montrent clairement que tout cela n'est possible que diaprés des idées. A la vérité aucune créature ùidividuelle ^ dans les conditions individuelles de son existence, n'est adéquate à l'idée de la plus grande perfection de son espèce (de môme que Thomme ne peut reproduire qu'imparfaitement l'idée de l'humanité, qu'il porte dans son âme comme le modèle de ses actions) ; mais chacune de ces idées n'en est pas moins déterminée immuablement et complètement dans V intelligence suprême; elles sont les causes originaires des choses, mais seul ^ensemble des choses qu'elles relient dans le monde leur est parfaitement adéquat. A part ce qu'il peut y avoir d'exagéré dans l'expression, c'est une tentative digne de respect et qui mérite d'être imitée, que
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cet essor de l'esprit du philosophe pour s'élever de l;i contemplation de la copie que lui offre Tordre physique du monde à cet ordre archiiectonique qui s\i règle sur des fins, c'est-à-dire sur des idées *. » On voit que Kant admet à peu près tout le platonisme; seulement, il change ce que Platon appelait ronnaissance du réel en conception d'un idéal dont k réalité demeure un problème. Encore Kant ne resle-t-il pas lui-même fidèle à cette méthode.
Demandons-nous maintenant si, après la critique \U^ Kant, les principes fondamentaux du platonisme gardent encore un caractère plausible.
Avant tout, Platon est réaliste et moniste; il admet (|ue nos idées correspondent à la réalité et même que Va pensée, dans le fond, fait un avec l'être. La critique Ail Kant, au contraire, en tant que critique, est faite du point de vue conceptualiste, qu'on opposa au réali^ime de Platon dans la lutte sur les idées à travers i'antiquité et le moyen âge. Le conceptualisme, en L'îfet, rapportait l'origine de toutes les notions uni- \orselles, de toutes les idées, conséquemment de toute Va science humaine, non à l'objet pensé, mais au sujet pensant et à sa constitution particulière. L'idéalisme subjectif, comme on l'a remarqué, n'est pas s;ins analogie sur ce point avec le conceptualisme. l*oiir le partisan de l'idéalisme subjectif, en effet, les
l. Critique de la Raison pure, trad. Barni, 1, 375 et suiv.