XXII INTRODUCTION
sans rapport avec la pensée, elle s'arrêterait par cela même à une dualité : donc elle renoncerait à tout unir, à s'unir elle-même finalement au réel; elle renoncerait à penser, elle renoncerait à elle-même. L'unité est le bien auquel la pensée aspire : elle est le terme de' la dialectique. Mais, pour être une unité véritable et une vraie satisfaction de la pensée, il faut que l'Un soit universel, enveloppe tout le positif des choses, constitue enfin l'unité de toute multiplicité. L'Un est donc, selon Platon, le parfait, TîavreXwç ov, àyadiv. Il en résulte que le principe \ « Tout ce qui est a une Idée, qui le rend intelligible, tout a un rapport avec l'intelligence », devient pour Platon identique à cet autre : — Tout a un rapport avec une unité suprême, enveloppant la perfection de chaque chose, et dont le nom le plus élevé est le Bien.
Si l'équation radicale entre intelligibilité et réalité est la proposition fondamentale du platonisme, la seconde, déjà moins essentielle, est l'équation entre intelligibilité et intelligence. Les Idées platoniciennes sont primitivement des formes éternelles de l'être; secondairement, des formes éternelles de la pensée, des idées au sens moderne du mot. Platon a cru que la constitution intelligible du monde, comme système de relations, était en même temps une constitution intellectuelle ; c'est-à-dire que toute relation dérive, ou de l'intelligence, ou de quelque principe plus qu'intelligent. L'être réel qui, en constituant l'univers, constitue un ordre capable de réduire le
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multiple à l'un, uiTTÈéterroiiïlsme de relations liées entre elles, en un mot un objet de pensée, cet être réel doit avoir en lui quelque chose d'analogue à la pensée même, non dans ce qu'elle a de proprement humain, mais dans ce qu'elle a d'universel.
C'est, avons-nous dit , cette seconde proposition du platonisme qui a produit la philosophie d'Aristote, où le principe suprême devient la pensée. La philosophie d'Aristote est plus étroite que celle de Platon, parce que le disciple a refusé de suivre l'élan dialectique jusqu'à l'unité première, où a lieu la synthèse de l'un et du multiple sous la forme de l'Idée. L'aristotélisme demeure surtout une philosophie de l'intelligence. Pour Platon, l'unité suprême était « au-dessus de l'intelligence et de l'essence » ; Platon admettait donc qu'elle est plus qu'intelligente, plus que pensante, plus que sujet pur (vouç) et aussi plus qu'objet pur (oÙTta) ; mais elle n'en a pas moins en soi tout le réel de la pensée.
La seconde thèse du platonisme, devenue la première de l'aristotélisme , ne peut être considérée aujourd'hui que comme une conception toute problématique. Il est clair que nous entrons ici dans le domaine des représentations plus ou moins symboliques et inadéquates. L'Être universel est une Pensée y dit Platon; un monde infiniment intelligible doit être, en un sens supérieur, infiniment intelligent; le devenir de Funivers-objet,. son évolution comme système intelligible, est explicable seulement par l'évolution de l'univers-sujet, source intelligente de ce système intelligible. Cette proposition platcni-