FT
idée, peut en tirer toutes. les conséquences qu'elle renferme et arriver à des règles absolues, indépendantes des formes diverses que peuvent prendre les religions. Platon l'a démontré dB.ns ÏEuthjrphron: il y a une sainteté qui résulte de la nature essentielle des choses, une Idée de la sainteté supérieure aux religions et qui les juge, les condamne ou les absout, loin d'être jugée par elles. Mais le philosophe, qui remonte jusqu'au sommet l'échelle dialectique, ne laissera pas cette Idée du juste dans sa solitude ; il la rattachera à son premier principe, qui est Dieu même, et fera ainsi coïncider dans l'absolu ces trois choses relativement distinctes : la morale, la métaphysique et la religion.
En conséquence, la vraie piété est la justice même: toutes les vertus morales deviennent religieuses en se rattachant à leur premier principe, à l'Idée du Bien en soi.
La ressemblance à Dieu, c'est la vertu (1), et la vertu est fille de l'amour. Celui qui aime l'ordre, la vérité, la beauté éternelle, celui-là est aimé des dieuXy dit Platon dans le Banquet (2). Le mystère de ï'araour, que décrit Diotime, est donc le mystère de la religion et aussi celui de la Providence. L'amour n'est-il pas ce génie qui relie le ciel à la terre, descendant de Dieu à l'homme, remontant de Thomme à Dieu ? En s'aimant lui-même. Dieu aime le Bien, et il aime aussi tout ce qui offre l'image du Bien, c Ce qui est bon » n'est^il pas bienfaisant? » Toute chose participe donc d'une manière mystérieuse à l'amour de Dieu,
(1) ThééL, 176, a..
(2) Banquet^ 223.
en même temps qu'au Bien. De là la Providence. A cet amour répond nécessairement le nôtre, puisque notre essence est d'aimer ce qui est bon. Quand notre amour pour le Bien prend conscience de lui-même et se rattache volontairement à son principe, alors se produisent la vertu, la sainteté, la piété, et cette réponse intérieure dej l'homme à la Providence qu'on nomme la Religion.