II. — Preuve par la nature de la science
L'idée de la science, comme celle de la vertu. Implique l'indépendance de l'âme et son immortalité. Le corps est un obstacle pour la pensée comme pour l'activité morale. Les Idées du juste, du bien, du beau, en nn mot les essences de toutes choses, les avonsnous saisies par quelque organe corporel ? c Y a-t-il » rien de plus rigoureux que de penser avec la pensée
> toute seule, dégagée de tout élément étranger
> et sensible ; d'appliquer immédiatement la pure » essence de la pensée en elle^-méme à la recherche de » la pure essence de chaque chose en soi^ sans le mi- » nistère des yeux et des oreilles, sans aucune inter- M vention du corps, qui ne fait que troubler l'âme?..-
(1) Pterfo, p. 60, sqq.
l' IMMORTALITÉ . 895
» Si noosvoulonssavoîrvéritablement quelque chose, > il faut que nous nous séparions du corps, et que Vdme » elle-même examine les choses en elles-mêmes ({). » La pure essence de Tâme, nous Tavons vu, c'est la raison ; la pure essence des objets, ce sont les Idées; la vraie connaissance, c'est l'identité de l'intelligence et de l'intelligible, c'est la pensée en soi pensant les choses en soi, et par là se pensant elle-même. Tel est l'idéal de la science ; mais nous ne pouvons le réaliser qu'imparfaitement, surtout dans cette vie mortelle. Tant que la raison de l'homme sera attachée à un corps, elle ne pourra jamais entrer en union intime avec la raison de Dieu. Aussi le vrai philosophe s'exerc€-t-il à mourir, et la mort ne lui est nullement terrible, car elle est le commencement de la véritable vie.
m. — Preuve par la génération des contraires.
Le monde où nous vivons est le monde du mouvement. Le Parménide nous a montré que tout mouvement est la synthèse de deux contraires, le passage de la différence à la différence à travers un moyen terme indifférent, qui est l'instant actuel. Le Phédon reproduit la même doctrine. L'univers est soumis à deux actions contraires qui rentrent continuellement dans l'unité ; l'expansion et la contraction, ta vie et la mort, se succèdent et se neutralisent sans cesse. Le plus fort naît du plus faible et le plus faible du plus fort ; le plus grand naît du plus petit et ie plus petit di. plus grand ; la lenteur de la vitesse, la vitesse de la lenteur, c Entre deux choses semblables, dit Platon dans le Timée^ le mouvement ne peut avoir lieu. »
(1) />A(rdo, p. 66, c;99, e.
La génération, en e£fet, est l'image âe lldée ; naais dans toute Idée se trouvent l'identité et la différence, .réduites à l'unité : tout nombre intelligible se compose de fini, d'infini et d'un rapport entre les deux. De là ce mouvement entre les contraires par lequel la génération s'efforce de reproduire au sein du temps l'unité étemelle de l'Idée. Les choses vivantes naissent donc des choses mortes, et réciproquement : si la vie engendrait la mort et que la mort ne reproduisit pas la vie, la mort régnerait bientôt seule sur l'univers anéanti. La vie n'a donc rien à craindre de la mort, ni l'âme par conséquent, qui en est le principe. C'est le cercle éternel de la génération : xux^ica repiiovra (1).