‹ La philosophie de PlatonChapitre 244 sur 260 · Stob., Ed., I · texte numérisé non relu

Stob., Ed., I

2, Topique*, II, î. — Cf. Stobée, Sérm., civ, 34â. Oem. Alex., Sirom., V, BDO.

APPENDICE

LB HemSdfE DE PLATON et le vrai sens du PAnHÉNIDE

Le monisme de Platon est exposé surtout dans la Bépublique, où il représente le Bien comme supérieur à l'essence et à l'intelligence, et dans le Parménide, où il considère spécialement le premier principe sous l'aspect de l'Unité, mais dans ses rapports avec le multiple. La République montre dans l'être absolu l'être parfait; le . Parménide y montre la substance universelle. Ce dernier point de vue était à sa place dans un dialogue dirigé par le cher de l'école d'Élée, comme l'autre est à sa place dans un dialogue dirigé par Socrate. Le côté moral est prédominant dans la République, le côté purement meta» physique et logique dans le Parménide.

Socrate vient d'entendre une lecture où Zenon s'efforce de réduire à l'absurde l'hypothèse de la pluralité des êtres, conséquemment l'existence du monde sensible. « Si les êtres sont multiples, il faut que les mêmes choses soient sepiblables et dissemblaibles ; or cela est impossible ; car ni les choses dissemblables ne peuvent être semblables, ni les seniblables dissemblables. N'est-ce pas là ton argument, Zenon? — Oui. — Donc, s'il est impossible que les disisemblables soient semblables, les semblables dissemblables, il est par cela même impossible que la pluralité existe; en effet, s'il y avait plusieurs êtres, ils seraient le sujet de contradictions impossibles... Est-ce que je ne comprends pas bien? »

Et Socrate remarque ensuite que la thèse de Zenon est la contt-e-partie de celle de Parménide. « Afflrmer l'unité ou nier la pluralité revient .ai): ménie. »

APPENDICE

Dans le PMdre, Platoo désigne ZcnoD sous le aom du » Pfilamède d'Élue, qui parle avec lanl d'art qna les nif^mc's choses appiiraisscnt aux auditeurs coninie semblables et dissemblables, uti et pUisieui-s, en repos et en mouvement '. » Ce sont les termes mêmes du Pnrm^nide. Et il importe de remarquer que ces apparences contradictoires étaient montrées par Zenon dans le motide sensible, dans la sphère de la pluralité, pour réduire k l'absurde l'hypothèse de la pluralité de l'être. Zenon d'Élée, à cause de celte dialectique à antinomies, était appelé Vérittique •.

Ces prémisses posées, Socrate dit que, pour sa part, il trouve tout simple que les choses plié noméi) aies et sensibles paraissent semblables et dissemblables à la fois, par leur participation simultanée à l'Idée du semblable et à ridée du dissemblable (129. 6); mais, ajouto-t-il, ce qui serait « merveiSleujt », ce serait de démontrer que, dans le domaine des choses intelligibles, des Idées, « cela même qui est un est plusieurs, et d'autre part que ce qui est plusieurs est un » (139, d), — Or ce problème, dont la solution semblerait merveilleuse à Socrate, c'est précisément celui que Platon, dépassant Socrate comme Parménide, se flatte d'avoir résolu, car le fond du platonisme, notamment d'après le Philébe, c'est que u plusieurs sont un, un est pUisienrs ». D'où il suit que l'Unité posée par Parménide n'exrlut nullement, comme le croyait Zenon, lamullipticité admise par les Ioniens.

Le Pannénide tout entier n'a d'autre but que d'établir l'unité de la pluralité et la pluralité de l'unité en montrant, non pas que la même chose est une et plusieurs sous le même rapport, ce qui est bon pour les M éristiques » comme Zenon, mais qu'elle est une et plusieurs suivant h l'hypothèse d'où l'on part ».

1, Flwedr., 261, d. "Corka <f«tV£oflai toIî àmioMat th aùtà 5(iota HHi iîyô(jioia, xa\ tv naV icoiXà, (tÊvonTi ts a\> xai çEpiifiEva. — Cf. Isocr., Ê'jic. Ilel. Komm. — Zi^viuva, tôv TaiiTa Buvaxà xa\ wâliiv âSuvaTS iîsip(ù|j.Evov àitOîiaivEiv. Ces choses qui paraissent tour k tour possiblos et impossibles (toûto £k aSuvaTQv, fait dira Platon k Zenon dans le Parménide), ce sont les choses multiples, ta ■KoXyâ, que Zénon déclarait contradictoires (cvstvtto. Part»., M'jTM, 128, c).

i. Epiphàne, Exp, fid., 1087, c

uu

APPENOICB

« Il ne suffit pas de raisonner sur une hypothèse; il faut être capable d'examiner toutes les hypothèses possibles sur un même sujet. »

Une fois le problème général posé, il se divise naturellement en deux parties : 1" chercher comment l'unité et la pluralité peuvent coexister dans les objets sensibles par leur participation aux choses intelligibles, et montrer les difficultés ou àTcopîai de cette participation ; 2" prouver que l'unité et la pluralité coexistent même dans la sphère intelligible des Idées et de l'Un, et résoudre par cela même les difficultés de la participation des choses aux Idées, en ramenant ces difficultés à la loi de communauté réciproque entre les Idées, dont la notion réunit les contraires. De là un monisme synthétique qui n'exclut pas la pluralité phénoménale. Ce plan du Parminide n'est pas une hypothèse, mais un fait. Il n'y a qu'à lire et à comprendre ce qu'on lit. Pour exposer son propre système et répondre aux objections, Platon se sert du grand Parménide lui-même et lui fait résoudre par la dialectique le problème proposé. De sorte que le vieil Éléate, mis comme au défi par Socrate, réfute lui-même l'opinion exclusive de Zenon et élargit sa propre doctrine en faisant rentrer tous les contraires dans l'unité radicale du Tout.

Le grand Parménide fait donc la leçon à Zenon d'Élée, ce disciple qui avait tiré du principe de l'Unité une négation de la pluralité non nécessaire aux yeux de Platon. C'est pour cela que Platon, au début du dialogue, met Zenon en scène et en cause. En même temps, Parménide fait la leçon à Aristote, symbolisé par le jeune Aristote; ce jeune homme plein d'ardeur n'a pas encore approfondi cette union radicale des contraires qui fait que les Idées peuvent, sans contradiction, être en elles-mêmes dans leur unité et présentes aux choses mutiples d'une présence intemporelle, inétendue, quoique réelle. Cette double réfutation, au moyen d'un seul et même principe, était bien à sa place dans la bouche solennelle du graml Éléate.

Le Parménide de l'histoire s'était borné personnellement à soutenir que le Tout est un. — Oui, répond Platon, cela est vrai, mais il n'en résulte pas ce que votre disciple Zenon prétend, à savoir que le tout n'est pas en même temps multiple. — Et, d'autre part, si la multiplicité existe,

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APPBNI

il nVn résulte pas non plus ce que prétend Arislote : que l'Idée perd son unité, que l'Unité même, étant plusieurs, n'esl plus une. En un mot, le rapport d'exclusion absolue entre un el plusieurs (Zenon), entre plusieurs et l'unité de riiWe (Aristote), n'existe pas dans le monde intelligible : il n'existe ou ne parait exister que dans les choses qui dépendent du temps et de l'espace. « Nous parlons comme dans un songe quand nous transportons ces rêveries à la substance éternelle w, dit le Titnée.

Le mystère qni peut rester encore sur ces paroles, le Sophiftn, suite du Parm^nide et du Thméte, a pour objet de le dissiper : l'élranj^crd'Ëlée, qui est Platon luj-méme, y montre comment un est plusieurs; comment il faut distinguer le philosophe démontrant diitlecliquemcnt l'Uni lé des contraires du sophiste qui idenliOe les contradictions, et même du dialecticien Mstiqiie, comme Zenon, qui tire des conséquences fausses de ses antinomies.

M Si quelqu'un refuse son assentiment k ces contradictions, celui-là n'a qu'à y bien regarder el à nous offrir quelque solution meilleure. Si, au contraire, croyant avoir fait merveille, on se complaît (comme les sophistes) à tirer ces raisonnements tant Al dans un sens, tantôt dans liD autre, on y prendra bien plus de peine que cela ne vaut, comme nous le voyons maintenant. Car tout cela n'est ni fort spirituel ni difficile à trouver. Mais ce qui est h la fois difficile el beau..., c'est de laisser de c6tè tout cela, comme parfaitement possible, et d'être en élat de suivre pas à pas, en les réfutant, ceux qui viennent dire [comme Zenon d'Élèe, le Palamêdc d'ÉIée] que ce qui est autre est le même, ou ce qui est le même autre enim certain sCTis, en le prenant dans ce sens même et sous le point de vue dans lequel ils veulent qu'il en soit ainsi » (c'est-à-dire que la discussion, pour être vraiment féconde, doit porter sur le particulier et le déterminé, comme dans le Parmiiiide), >' Mais de prouver vaguement que le même est autre, l'autre Identique, le grand petit, le semhlable dissemblable, et de s'amuser à faire comparaître de la sorte les contraires dans son discours, ce n'est pas là une véritable méthode dialectique; c'est celle d'un novice qui comtneuce à peine à faire connaissance avea les êtres. »

APPBNDtCE

Voilà des paroles sévères à l'égard de Zenon et de ses imitateurs. Zenon montrait, nous a dit Platon, que le semblable est dissemblable, que le repos est en mouvement, etc. Le Parminide, au lieu de s'en tenir à ces chocs de contraires dans le vague, examine des hypotlièses déterminées et bien définies : par exemple, si l'un est, que lui arrive-t-il? Réponse : il est à la fois un et plusieurs, semblable et dissemblablie, en mouvement et en repos, etc. Si l'un n'est pas, qu'arrive-t-il ? quelles conséquences peut-on aussi tirer de chaque thèse pour les autres choses? etc. A la bonne heure : voilà une discussion sur des hypothèses précises et non plus une dialectique dans le vague.

De même, dans le passage du Philébe où nous avons montré un résumé exact du Parménide fait par Platon lui-même, Platon oppose de nouveau sa dialectique, celle du Parménide et du Sophiste, à l'éristique de Zenon et des autres dialecticiens incomplets. « Ce sont les Dieux qui nous ont donné cet art d'examiner, d'apprendre et de nous instruire les uns les autres (SixXiYe<r6ai). Mais les sages d'entre les hommes d'aujourd'hui /ont un à Vaventure, et plusieurs plus tôt ou plus tard qu'il ne faut. Après Uunité, ils passent tout de suite à l'infini, et les nombres intermédiaires leur échappent. Cependant ce sont ces intermédiaires qui distinguent la discussion conforme aux lois de la dialectique de celle qui n'est qu'^sttgue'. »

On a soutenu, il est vrai, qu'il ne faut pas prendre au

1. Phileli., 16, D. 01 [liv naXato'c, xpettroveç ■Ji|iûv xo\ irifUTipu 6e&v olxoûvtet, taivr^v f>i)i>iv nafUoaav, &( il ivb( |xlv x« i% iroXXfiv ffvTwv Tûv àel Xeifo|tivii>v etvai, nipa< il xa\ ^ntipiav cv aÛTOÏ; (û|ifurav èxtSvndv. Aeïv oSv ^)jl&( toÛtuv oOTfo iiaxo;- |iir||f£vb>v àù (jilav ifi^av icep\ ndvroc IxâarDTS 6e)i£vou; Ci]TeIvt&p^veiv fkp évoûirav. làv o3v xaTaX(i6id|iev, \uià (ilav S\ia, ef V(t)( tial, (Txoîttï», el 8è |iti, Tpeïç {) Tiya ôEXXov àpi6|i.dv,... (li^pi nep' âv tb %ax' àp^à^ Ev (iri ôti Sv *a\ naXXà xa\ âneipà citti luSvov tSr) Ti(, àXXà xù ù%oaa. ■n\v iï toO àneipou tSfav npbt to «XtiSo; (iti itpoaçêpeiv, 7tp\v 5v tij tôv ipi6(ibv oùtoO itivTa xatiSiri tbv |UTa(ù ToO àneipou tc xal toO Cvoc. t^tc S' î^Si) Tb !v SxaoTOv TÛv nâvToiv et( rb éficetpav (uQévToi ^aipeiv èàv... 0\ SI vûv tùv ivSpiditbiv vofo\ tv |Uv, iitiai âv tv;(usi, xa\ icoXXà 65ttov xa'i PpaSÛTepov «010Û91 toû SIovco;, iJLEtà Se tq £v âneipa eû6ù;- ta si |i£(ra aÛTOÙ; èxqpeUY^', o^< Siixxex''pt<7Tai Tii ts SiaXexTixfi); nàXiv xa\ tb ifiaxt%C)i T||iâ; npoieccrSai 7cpb( àXXTJXou; toÙ( Xdfou;.

APPENDICB

gôricux la discussion de l'anuùnide, parce que Plalon

lui-môme la traite de «jeu -uCMe assertion s'appuie sur ce ijiK» ri'pond Pariiiéiiide à la iliiinamio de Socritte : qu'il est bien âgé pour " jouer à ce jeu laltorieus a, stpa-»iw TtiuiÎTi Ttitîiïv nŒiîitï. — Mais ce sont là cérémonies et cotiiietleries de vieillard, aimables ironies, pures grAces de st>lo plalonicien '.

Il est l'iair que, pour Plalou, l'exercice dialectique à outrance, tel qu'il fut pratiqué par ZénoD, est une sorte de gymnastique qui eoiivicnt surtout à la jeuuessu; mais faul-il en conclure que la discussion du Pitrmtiiiidv soit un pur badinage sans portée dogmati(|ueî

Cotilre celle opinion nous avons apporté le t6nioi|;nage même de Platon, dans le beau passage où Parniënide dit à Soerate : « Tandis que tu es jeune encore, exerce-toi à ce qui semble inutile, et à ce que le vulgaire appelle un bavardage (si5rj>.j!r/.(aii et sans ijuoi eepenilant lu ti&ité t'i'ehappera. >• Il s'agit de l'examen dialectique et antinomique de toutes les thèses et antithèses possibles sur un sujet; donc cet examen, qui n'est plus l'cristique vague dont pai'le le Philébe, n'est pas un « enfantillage », mais bien nue condition nécessaire pour découvrir la vétitè: si cet exercice ne fournit pas encore par liii-méme la conclusion positive (qui est pour Platon la coexistence de l'un et du multiple dans l'Idée, union des contraires), tout au moins il la prépare, la rend nécessaire, comme solution des difficultés (iiropiat) que présente le mélange des Idées (outi(iîU() ou la réciproque union des contraires (noivwvia).

Un peu plus loin, Platon répète : « La foulo ignore que, sans ee voyage et cette course il travers toutes choses, U est impossible d'avoir un es[>rit qui rencontre la vérité, a On ne saurait donc nier le caraolrro sérieux et fructueux de l'exereirc dialectique, et, d'autre part, comme il vient k pro])os des difiicultés mêmes qne jiréscnte la théorie des Idées, il est clair qu'il doit indiquer la voie à suivre pour les résoudre. Cette voie, Platon le répète à deux ou trois reprises, c'est de faire porter l'examen des thèses

i. M. Wiid(lin:|lon Irniluil mitSiii par « enranlillafifl », ce qui est iiiexairt; ce mol désigne simplement un Jeu, et le nai; est d'Eiilleiirs un jcunu gmijou, uu jeune homme, comme Étaient iea disciples de Soerate.

APPfiNDICB 361

antînomiqueB non sur tus citoscs sensibles, » mais sur celles qu'on saisit par la fieiisÉe et qu'on peut rogarJec comme des Idées n. C'est donc bien le rapport mutuel des Idées qu'il s'agit de déterminer en épuisant toutes les thèses et antithèses possibles, et cela, afia de découvrir la. rérilÉ. Quelle est celle vérilé finale, sinon que les Idèus s'impliquent mutuellemeat, étant au-dessus du temps et de l'espace?

Nous avons apporté sur ce point un secoud témoignage de PJatuD itiême dans la Théêtête, où il Tuit allusion à i^on Parmiinide. Socrate dit qu'il a entend a rElàate,lui très jeune, quand Parménide était très vieux, et qu'il y avait dans ses discours « une prol'oudeur extraordinaire ». (' Je crains, ajoute~t-il, que nous ne comprenions pas ses paroles et encoi'e moins sa petixèe. • A. bon. snlendeur, saluL — Même témoiguage dans le Sopliiste, et tûujoui'S à propos de l'entretien entre le vieux Parménide et le jeune Socrate. La chronologie oblige à croire cet entrelien simulé et imaginaire; donc Tallusion de Platon tombe sur le dialogue intitulé le Parménide, et non sur les profondeurs d'uQ réel dialogue entre Parménide et Socrate. Entiii Platon dans le Pkilébe, résumant lui-même son Parménide et les diverses [lai'lies de ce dialogue, (lit que, quand on montre » qu'un est plusieurs j>, non seulement dans le monde sensible, maïs dans le monde intelligible où « l'tmiU' n'esi plus prise parmi les choses sujeUes à la gdnÉralion et â la corruption «, ces questions sont « la source des plus grandes apories n lorsqu'un y répond mal, et aussi des plus grandes satisfactions et eupories quand on y répond bien. — Faul-il donc ailniettie que Platon estimait y avoir mal répondu dans son Ptirménid^, alors que la conclusion de ce dialogue se trouve être en propres termes celle même du Phitêbe : « Les anciens, qui étaient plus près des Dieux, nous ont transmis celte tradition que toutes les choses auxquelles on attribue une exislenee étemells (les Idées) sont composées d'un et de plusieurs, et réunissent en elles, par leur nature, le lini et rinlini ». Le Parménide n'a pas d'autre objet que de démontrer cette coexistence éternelle de l'uni té et de la plurahté, du iîni et de Tinlini, du semblable et du dilTêi'cul, etc., dans l'Unité primitive d'où sort le monde.

AP1>BNI>ICB

Donc le Parminide est un dialogue sérieux, et ce n'est paK par un vain tiadinage que Plalan démontre tous les aKrîbuls mi'taphysiques de rUnitr, immensité, éiernilé, absolu, etc., elc, ainsi que la conciliotioD primordiale des contraires en son sein.

Si ce n'est pas itk le sens du Parménide, nous avouons qu'il n'y a plus d'exéfjèsc possible. Ce n'est pas une raison pour prêter à Platon le système alexandrin , nous ne l'avons pas fait; mais il est incontestable que Platon a conçu le premier principe sous trois aspects : unité de l'absolu ou perfection de l'être, multiplicité des Idées, synthèse de l'un et du multiple dans l'àme génératrice du temps et du devenir.

On a soutenu que l'unité dont il est parlé dans les trois premières thèses n'est ni l'Unité des Eléales, ni le Bien-Un de Platon, ni une existence divine quelconque, « Vidé» théo logique en est totalement absente », dit M. Waddîngton. D'autre part, selon le même interprète, les « autres choses », TâXiu, ne désigneraient pas la sphère de la pluralité, le monde. C'est là, selon nous, une opinion contraire aux textes. Est-ce par l'efTet du hasard que la première thèse du Parménide nous montre l^ Un-un supérieur au nombre, à l'espace, au temps, de telle sorte qu'on ne peut dire de l'Un qu'il aité, qu'il sera, ni même qu'il est au sens ordinaire du mot? Est-ce par hasard que tous les attributs métaphysiques de l'Unité absolue, intemporelle, inclendue, coïncident avec ceux que Platon attribue à Dieu dans le Timée et dans la République? Estce encore par hasard que la seconde thèse s'applique exactement au monde des Idées, où la pluralité et l'unité coïncident, oii les choses sont à la fois /lûtes et infinies, jcépit xïi aitispovî Platon dit lui-même dans le Philêbe, on s'en souvient : « C'est une chose étrange à dire que plusieurs sont un, un est ptusiettrs; or je dis que ce rapport d'un et de plusieurs se trouve partout et toujours (donc, dans le monde intelligible); jamais il ne cessera d'être et jamais il n'a commencé d'être. » Donc il est éternel, et le vrai principe des choses n'est pas seulement rUn-un des Ètéates, mais l'Uti-étre de Platon, qui est Un-plusieurs par la pluralité éminente des Idées. Est-ce enJln par l'effet do hasard que la troisième thèse du Parménide est présentée expressément comme la synthèse et

APPENDICE -g»

la réconciliation tins H^nv r,..- xj ,

ni.-, lesquelles LX^emZ' ^rr.7''"^"'''-"' °" '^'^ <*"«-

Jt« l'âme, r„i,«ïa,, d„ rZée"? '"™«™e ». c'est-à-

prem,eres thèse, du Pa™.„,rf«, aurel^n-eM Jvi, ™' Ple.rie justice. Plaion dit fonneDement ^, r '^^'"^"''^ '■"..ncstpaset .'il participe du t.mp" ' luZT T '' moment qu'il soit pf n„-.> r . 7"' " 'O"' alors à un

réla„ soudai' d SL "r'""T '' '" ^^P''^ '^^"^ lame, priNcipe du nToSmen TJ'' i " 'f"' '' '"'"» «^t

génération même, le mouvement, la

PiMinn i„i T cnoiea », tJxàb, sont anoeiii*., t,uI

t-moa lui-même « cette sortp A^&i..L „ "PPeit-es pjr

Hdée ,>. Que peut être celte sor.Prf-? ^"' '" """"" *J"« sinon le monde de la pSité ri! f ' T ""^ "ï"^ '''^«e, noméne? La génération e.di teit/r 'f"^?' ^"^ P'^^' impos.lble à méconuanr^ dan" la 4. hv^J/h/ ""^- ^'^^° mette., dit Platon, les choses a«L* iL?nw " '' ^«"«■ avec l'uoité, « il noit de leur comm^r.! l " ''^P''»'^

chose de différent qui leur .^rT T" ^ "° '^"'^''ï"^ l'égard des antres tTndL > "'^ ^^^ ''""''«* l'^-'' unel à tièrepremièreou ;,!'" 1?:^^ ""'""^ P-'^P^* <'* ™«limitation. A^."^es eh;' ?iu/rîr°' ?',r"'=-™^™^ «I"'^^ et participent de la 1 mi 6,?^ Z ^" '""' ''"™"^^^ théorie du PM«fi, sJr le J,r. S """"fr' ''''•"'^> '« Au reste, rappelons o.ie nZ« ' , '"î' *" '" ^^fl^^rf^mv.

1- Comment M. Tannerv n.i il „.. j. ■ Parmémde - est évidemment l'I^^rf""" i"'^ '^ ^"J«' du BiiBpIement le sujet de la Sème tbf«« Tr"'' " ^""■'=' «'' indiquée qu'indiJeHement '''^8'»= «' encore n> est-elle

su

APPENDICE

it résume lui-mâme ce dîabitue, en ses deux parties,

avec une parfaite exaclilude dans le fameax passage du l'/iitébe sur " Un (jui cal plusieurs », M. Waddiiigton ne veut pas que l'Unité de Parinénide soil su fond identique au Dieu de Platon ; or le Philêhe tin us dit que " l' Unité primitive, tô xat* ipxà« 8v, est im et phmeuri el uni^ infinité », ce qui est la conclusion même (lu Parmi^nide ; cl que peut être cette Utiiti principe, sinon rèlru absolu, TiavTe),(ù; ô'v? Les trois premières thèses sur l'unité el les deux suivantes sur la pluralité ont pour but de montrer la nécussitiî du platonisnie comme conciliation de rUnilé éléatit|ue el de la mutliplicitti ionique, par le nioyen terme de l'Idée ou unité multiple. En outre, elles répondent aux ubjcclionsde la première partie relalives à la participation des Idées. Arislule, ayant été pendant près de vingt ans l'élève de Platon, n'a pas pu ne pas lui Taire des ultjcelious orales. Platon montre t|ue toutes les objections reposent sur une opposition prétendue absotni: entre l'unité de l'Idée et la, multiplicité des choses qui y participant. Platou examine de baut CCS objections et répond dans le Phiiébe : Gomme le rapport d'un el de plusieurs existe partout, même dans le monde iiitelligiblc, ne vous êtonncK donc pas que l'Idée soil à la fois en elle-même et dans les choses; cor, outre que l'Idée est intemporelle et inétendue, un est plusieurs, plusieurs sont un, les contraires ont une communion èlerneile, xosvmviï; vous, Arislote, vous aperoevfiï des contrariétés et 0|iposition8 dans ma doctrine; ie vais vous en montrer plus que vous n'en apercevez vous-même : je vais vous en montrer partout, je vais vous faire voir par la : 1" que le privmier principe est une unité de contraires , qu'il est et n'est pas absolument tout, jtéïTï JtivTuç; 2" que le monde sensible des apparences est également un mclunge de phénomènes contraires q«î parait et ne partiit pas tout; çajvETai ts xa'i o-i ^aivetai. Etcs-vous satisl'ait? Que vous disiez : l'un n'est jwis, étant supérieur à l'oudia (comme dans la thèse éléatiquc de l'im-un), ou que vous disiez : l'un est (comme dans raiililhèsc proprement platonicienne de l'un-élre), l'un, dans ses rapports avec lui-même et dans ses rapports avec les autres choses, est absol'ment tout et ne l'esl pas (suivant le point de vue), c'est-à-dire enveloppe les esaences de toutes choses, même des choses négatives (laideur,

APPENDICE

injustiee, non-être, etc.), et nepcnflanf il n'est aucune des choses partiriiliùres; d'autre pari, les autres ctioses, les choses " autres que l'Idée », c'est-à-dire les apparences sensibles ou pliùnomfeues (^aivituvot), dans leurs rapports avec rUn et dans leurs rapports entre elles, paraissent absolument tout et ne le paraissent pas, çaivetaTTE vnû où çaivETit; elles oiïrent toutes les phénoménalitég (çsivtàti- (laTa), par exemple celle de l'égalité (^3.vTia\i,s la-àTïito; '. '

Dans la eéifebre phrase qui conclut le Parmënide, aucun interprète n'a remarqué que ion tombe sur l'un et les Idées; que çsivetoi tombe sur les phénomènes sensibles : — Ev eTï' IfiTTiv (thèse platonicienne), eï™ (ii) ëmv (antithèse éléatiqtie qui n'exclut pas la thèse), otitô -t (l'unité du monde intelligible), xs'l tHU (la pluraUté du monde phénoménal), xai TTpb; aJTK v.a\ itpos aJlriiot (totalité des rapports possibles], niv-a nivTwç lo-ti te xa'i o'l« can (synthèse radicale des essences contraires dans le monde de l'être), )tal qjiïvETai -rt xai où çasvetai (Synthèse des apparences contraires dans le monde des phénomènes). — Mrfiimaïa. Conclusion i5uergîquBmeiit arflrmative de la possibilité de concilier les contraires non pas sans doute au hasard, dit Platon dans le FhilÊbe, mais en établissant entre eux dialectique ment les rapports définis dont parlera le Sûphistc. Il est i< très vrai » que l'Unité radicale, enveloppant en même temps une pluralité, est lùut et n'est pas tout; il est Iras vrai que les phénomènes, de leur côté, participent à la fois de l'un et de plusieurs, conséquemment de tous les contraires, paraUsent tout et ne le paraissetit p«s.

En d'autres termes, la phrase a ce sens : Que vous considériez l'unité primitive de la substance universelle sous l'aspect de l'être qu'elle enveloppe, ou sous l'aspect du non-étre qu'elle enveloppe également — puisqu'elle n'est pas tel objet sensible, ni même aucun objet sensible, — Vous avez le droit de dire qu'elle est absolument tout, car la réalité de toutes choses est en elle; et que cependant elle n'est pas tout, car elle n'est rien de ce que nous appelons les êtres, elle est le uon-étre de toutes les existences sensibles et elle est l'être de toutes les non-existeucea intclli-

1. Parménide, )68B, a, La phi^uftménalilé universelle des choses «cunibles est t'objet de la 8* ItiËsc, cil reviennent Sâtis cesse les mots ^aîvETUi, ifiv%aits\i.a, etc.

366 APPBNDICK

gibles. De leur côlé, les &ulros choses participent aux essences de tout, à louiea les Idées, jont tout; et d'autre part, elles DO soDt aucune esseuce, aucune Idée, elles ne sont rien; mais en même lenipa eUes offrent et n'olTronl pas t cunvme <la.i)s un rêve ' >i la phènomfinaUié de toutes choses, l'apparence de toutes les essences (cpaîvnat tt *xk

ou 9»iv£<rat) '.

Tout di'pend encore une fois des points de comparaison, de la relation établie, de ïliypatlif^se particulière et déterminée qu'on examine. Voilà pourquoi il faut s'exercer à examiner toutes les thèses ei toutes les antithèses », non par » badinage » ou « harardage i>, mais parce que, saus cet exercice dialectique qui est en harmonie avec le Tond métaphysique des choses, <i on ne peut découvrir ta vérité 11. Tel est, selon nous, le sens exact du Parménide, tel que Platon lui-même le détermine non seulement dans le dialogue de ce nom, mais dans le Th}Hétf., le Sophiste, le Philéljc, la Hépublique, cl mêuie le Timêe, où le caractère intemporel et iiiétcndu de l'ciislcnce iutelli^'iblc est ai bien mis en lumière, et où la matière est réduite en dêlinitive k un « sonj|;e », h. un objet de x raisonnement bâtard >>, (înaleraent à une Idée, l'Idée de l'amoiphe, de l'indélini, tUo; Sjiopçov. Tout en pythagorisaut avec Timée, Platon nous fait comprendre ce qu'il y a de symbolique dans le duahsme; et s'il êléatise avec Parménide, il nous fait également comprendre que le monisme (comme on dirait aujourd'hui) ne doit pas être si absolu qu'il exclue de l'Un qui est la dualité et la pluralité. Platon est éminemment un conciliateur ; selon son propre précepte, quand on lui olTre h. u choisir», il n prend tout ».

Nous ne saurions, en conséquence, admettre que la seconde partie du Parménide ne contient « aucune réponse » aux objections de la première contre la participation des choses aux Idées. Platon répond en élargissant la question, en montrant que la communication des Idées aux choses, qui ne peut être ni locate ai temporelle, mais

1. ûôncp ôvap iv vTciif, Parménide, 164, d. C'est l'expression même du Timée, ce qui prouve combien nous avons eu raison de montrer rbarmonie liuale des deux dialofjues.

2. Il n'y a là, quoi qu'eu dise M. Waddiuglou, ni « logomachie Il ni ■ absurdité h.

APPENDICE

est indépenâaate des relations de temps, d'espace, d'idcntilé mime et Je différence logiqae, se résout dans la commun îcalion réciproque des idées, dans i'«X);f|X(uv xoiv<i)vî« dont parle \a. République. Dès tors, demarider avec Aristote comment l'Idée peut être à la fois une en elle-même et présente en des objets multiples, c'est demander comment il peut exister une conciliation d'un et de plusieurs supérieure à l'exclusion réciproque des parties dans le temps et dans l'espace. A quoi Platon répond : — L'unité de la substance éternelle enveloppe la pluralité, que Farménide voulait exclure de son sein; elle est donc présente k la pluralité, immaDente au monde, sans perdre pour cela son existence une et identique. Vouloir appliquer à la substance universelle, à l'absolu, TtavTEXîi; ov, les exclusions et divisions mutuelles des êtres dans !e temps et dans l'espace, c'est parler « comme dans un songe », c'est oublier que les contraires Unissent nécessairement par être liés quelque part, par être ramenés à une unité radicale : celte unité est et n'est pas tout, itKVTi TuivTd); ia-n xa'i eux. iau, et les phénomènes, de leur c6té, offrent et n'offrent pas toutes les apparences, çatïttat te xat où çaivETai.

Platon n'est assurément ni Plotin, ni Spinoza, ni Schelliug, ni Hegel, ni Sctiopenhauer, mais il est leur commun ancêtre.

FIN DU DEUXIÈME VOLtlUE

TABLE DES MATIÈRES

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