‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 106 sur 318 · Tbid. ibUl · texte numérisé non relu

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tendu que ce n'est point par une extension locale, mais par une certaine action de \ie qu'elle est présente à toutes les parties du corps qu'elle anime. Il n'y a point effectivement de si petite partie du corps où elle ne soit tout entière, et loin qu'elle n'ait qu'une moindre partie d'elle-même dans une moindre partie du corps, et une plus grande dans une plus grande, elle est toute en chacune aussi bien qu'en toutes, encore que son action soit moins vive dans les unes que dans les autres ; et si toute l'âme sent ce qui ne se passe qu'en une partie de son corps, ce n'est que parce qu'elle est toute en chaque partie. C'est ainsi que nous voyons que quelque petit endroit de la chair vive qu'on puisse toucher, quand ce ne serait qu'un point, toute Tâme s'en ressent, quoique ce point, loin d'être tout le corps, soit presque imperceptible dans le corps. Or, ce qui produit cet effet, ce n'est pas que ce qui se passe dans cet endroit se propage par tout le corps, puisque l'âme ne le sent que dans ce seul endroit. Pourquoi donc toute l'âme est-elle touchée de ce qui ne se passe que dans une partie du corps, sinon parce qu'elle est tout entière où la chose se passe, sans cesser néanmoins d'être présente aux autres parties du corps, où il ne se passe rien de semblable? Car, dès que ces parties sont vivantes, il fautquel'âmey soit présente, puisqu'elles ne le sont que par la présence de l'âme. De sorte que si la même chose se passait en plusieurs endroits à la fois, toute l'âme sentirait tout à la fois ce qui se passerait de toutes parts. Or, l'âme ne pourrait pas être ainsi tout entière en chaque partie de son corps aussi bien qu'en toutes, si elle était étendue dans ce corps, comme

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nous voyons que les corps le sont dans l'espace, dont ils occupent une moindre partie par une moindre partie de leur substance, et une plus grande par une plus grande.

Ainsi, quand on pourrait dire que l'àme est un corps, iTu moins est-il certain que ce n'est pas un corps tel que ceux qui sont composés ou de terre, ou d'eau, ou d'air, ou d'élher; puisque tous ces corps ont plus ou moins de leur substance dans chaque partie plus ou moins grande de l'espace, et que, loin qu'il y en ait aucun qui soij; tout entier dans une partie de luimême, leurs parties ne sont pas moins différentes et séparées les unes des autres que les parties mêmes de l'espace qu'ils occupent. Il résulte de tout ceci, que 1 ame, soit qu'on lui donne le nom de corps, soit qu'on dise qu'elle est incorporelle, est d'une nature toute particulière, et une substance infiniment plus excellente que tous les éléments qui composent la masse du monde. Nous ne saurions donc nous la figurer telle qu'elle est par aucune de ces images corporelles, qui nous représentent ce que nos sens peuvent atteindre; et de même qu'elle ne se révèle que par la vie qu'elle donne, nous ne la concevons que par la pure intelligence ^ »

Effectivement, quelle erreur grossière que celle qui consisterait à considérer l'âme comme un néant, parce qu'elle ne pourrait être dite ni longue, ni large, ni profonde! ce Beaucoup d'hommes, il est vrai, sont tellement dominés par la chair, qu'ils pensent qu'il n'y

l. Epistola CLWl ///eroH«/mo (4 } 5), cap. n.

a que des formes corporelles, et que tout ce qui n'est point corporel, ils le réputent un néant. Ceux qui réfléchissent, au contraire, tout en remarquant que les lormes corporelles nous sont en quelque façon plus présentes, se croient néanmoins plus certams de ce qu'ils conçoivent par le pur entendement, indépendamment de toute forme corporelle et de toute ressemblance avec le corps \ « Vainement quelques-uns cherchent-ils à rafliner, en professant que le corps qui est 1 ame, est comme une cinquième espèce de corps, qui n'est m la terre, ni l'eau, ni l'air, ni le feu, mais un je ne sais qum qui n'a pas de nom, et qui pourtant est corps. Si ceux qui avancent un tel sentiment entendent par corps ce que nous entendons nous-mêmes c'est-àdire une nature étendue en longueur, largeu'r et protondeur, et qui occupe une partie de l'espace, ni cela n est l'àme, m cela n'est la substance d'où l'âme a été faite. Toute nature de cette espèce peut en effet dans une partie quelconque d'elle-même, être divisée ou circonscrite par des lignes. Or, si l'âme souffrait une semblable division, il lui serait impossible de concevoir des lignes qui ne puissent pas être coupées dans leur longueur, lignes qu'elle sait pourtant ne pouvoir se rencontrer dans les corps ^ Au reste, qu'entend-on précisément par corps? S'il n'y a de corporel que ce qui resuite de l'assemblage de membres charnels, ni la terre ne sera corps, ni le ciel, ni les pierres, ni l'eau ni les astres, ni rien de celte sorte. Si, au contraire,' on

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