‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 116 sur 318 · De Quantitntt Anima' ^ cap. xxviii · texte numérisé non relu

De Quantitntt Anima' ^ cap. xxviii

DE LA NATURE DE l'aME. 193

nement, la raison marquent comme les degrés par lesquels on y parvient ^

Il faut, en premier lieu, distinguer les cinq sens des organes des sens.

C'est même peu qu'une semblable distinction pour l'esprit subtil d'Augustin, et cet habile analyste recherche avec la pénétration la plus fine quelles sensations il convient de rapporter à chaque sens en particuher. Il admire notamment ce que peuvent l'ouïe et la vue, comment l'âme sent où elle ne vit pas , et comment elle vit là où elle n'est point. « Car l'âme n'est que dans sa chair, et cependant elle sent même au delà de sa chair. L'âme, en effet, sent où elle voit, puisque voir c'est sentir; et elle sent où elle entend, puisque entendre aussi c'est sentir. Ou bien donc elle vit là, et par cela même elle y est; ou bien elle sent là même où elle ne vit pas; ou elle vit là même où elle n'est pas^. »

Du reste, si chaque sens a son action propre, tous les sens n'en concourent pas moins, et aboutissent à une sorte de sixième sens, senso7'ium commune, qui démêle, en même temps qu'il les centralise, les différentes opérations des sens. Ce sensorium commune lui-même ne se connaît que par la raison.

a Lorsque nous voyons la couleur, ce n'est pas aussi par la vue que nous voyons que nous voyons; lorsque nous entendons un son, nous n'entendons pas aussi notre ouïe; lorsque nous sentons une rose, notre odorat n'a point pour lui-même de l'odeur; lorsque nous goù-

1. De Quantitate Animae, cap. xxvi, xxMi. l>. EpistolaCWXWl Volusiano (412).

tons une saveur, le goût n'a point pour lui-même de saveur; lorsque nous touchons quelque chose, nous ne pouvons point toucher notre tact même. Il est manifeste, en un mot, que ces cinq sens ne peuvent point se sentir eux-mêmes, quoique par eux nous sentions les corps... C'est un sens intérieur qui nous permet et de sentir par les sens les choses corporelles, et de sentir aussi les sens corporels. Ce sens intérieur l'emporte donc sur les sens extérieurs, dont il est le modérateur et le juge. — Mais c'est, en détinitive, par la raison que toutes ces choses sont connues, et que la raison est connue à elle-même; c'est dans la raison qu'est comprise la science \ »

Et ailleurs :

« Quoique nos sens corporels soient frappés, ce ne sont pas eux toutefois qui jugent des objets.

t( Nous avons un sens intérieur beaucoup plus excellent, qui connaît ce qui est juste et ce qui ne l'est pas, l'un par une idée inteUigible, et l'autre par la privation de cette idée. Ce sens n'a besoin pour s'exercer ni de pupille, ni d'oreille, ni de narines, ni de palais, ni d'aucun toucher corporel. Par lui je suis certain que je suis, que je connais que je suis, et que j'aime mon être et ma connaissance ^. »

La sensation suppose trois choses : l'objet extérieur, l'organe qui pâtit, l'âme qui connaît la passion "\ a Sensatio est passio corporis per se ipsam non latens animam. »

Ce n'est pas le corps, en effet, quoique des conditions

Page 1