‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 17 sur 318 · Sermo C.CCL.V; De Tila et Moribiis clericorum siiornin · texte numérisé non relu

Sermo C.CCL.V; De Tila et Moribiis clericorum siiornin

2. Episfoln I ; AïKjnstinus Suffectanh de LX Cliristianoriim noce, pollicensque snum illis reddendum Herculem.

3. Epifitola GCXXXII. Madaureuses idolnlatras ad veram reUcjioneni horialnr.

I^TR0DUCT10N. 19

Rome, les Dioscore de Constantinople, les Jérôme, les Ambroise, les Paulin, les Lazare d'Arles, les Piiistique de Narbonne, les Germain d'Auxerre,les Hilaire, il composait les Livres à Simplicien, son Traité de la Doctrine chrétienne, les Quinze livres sur la Trijiité, son Catéchisme à Vusage des païens^ et enfin cet ouvrage unique, souvent imité, toujours parodié, où il s'accuse, se condamne et s'humilie, prière ardente, récit entraînant, métaphysique incomparable, histoire de tout un monde qui se reflète dans l'histoire d'une âme, les édifiantes et impérissables Confessions.

D'autre part, chaque jour de la vie d'Augustin était marqué par d'importants triomphes sur l'erreur. Déjà il avait réuni à l'Église les Tertullianistes et les Abéloniens ; déjà aussi les Manichéens avaient dû céder à sa parole et subir son irrésistible ascendant. Mais l'hérésie, semblable à l'hydre de la fable, paraissait puiser dans ses blessures mêmes une nouvelle vigueur. L'évêque d'Hippone eut encore à combattre les Donatistes et les Péiagiens.

Espèce de pharisiens du catholicisme, les Donatistes ne se contentaient pas de dénaturer, en les exagérant, les préceptes de l'Évangile. Ils troublaient, ensanglantaient l'Afrique, sous la dénomination abhorrée de Circoncellions^ et condamnés par les conciles, cherchaient dans la violence un abri. Augustin n'échappa que par un heureux hasard à leurs coups. C^est pourquoi, on ne doit pas s'étonner qu'il ait eu recours contre eux au préfet Cécilien. Les désordres furent même poussés si loin, qu'en 404, le concile de Carthage suppha Honorius de porter des lois qui pussent y mettre un terme. L'em-

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pereur se rendit à la demande des évêques. Des édits sévères furent publiés contre les hérétiques, particulièrement les Donatistes, les Manichéens, les Priscillianistes, et leurs temples démolis. Toutefois, afin de réduire par la raison ceux que l'on réprimait par la force, Honorius ordonna qu'une conférence aurait lieu entre les Donatistes et les Catholiques. Augustin fut le principal tenant de ce solennel débat, et les Donatistes yaincus tentèrent inutilement d'en appeler à l'empereur.

Or, à peine les Donatistes étaient-ils domptés que parut la doctrine de Pelage, laquelle ne tendait à rien moins^ par l'exaltation du libre arbitre, qu'à nier la nécessité de la grâce et le péché originel. Né dans la (jrande-Bretagne, Pelage s'était acquis à Rome une réputation de piété, lorsque vers 410, il aborda en Afrique, où saint Augustin le put \oir une ou deux fois\ Dès cette époque, il était facile de démêler dans le moine le novateur. Aussi Pelage laissa-t-il en Afrique des traces fâcheuses de son passage. Mais, comme si cette terre eût été trop bien défendue par l'évêque d'Hippone, il se hâta d'aller répandre en Palestine les semences de son dogmiatisme pernicieux.

Et en quel temps l'Éghse se trouvait-elle attaquée par ceux-là même qu'elle avait enfantés? En un temps où les barbares faisant irruption de toutes parts, les païens

1 . Cf. De Geslis Pelcigii. lib. 1 , cap. xxii. « Prias absentis et î?o»?<v'

conslituti PeUujii nomen mnfjua cam îaude ejus cognovi Postmodum

ejiis facietn Carthagine, quaulum recolo , semcl tel ilerum vidi , quandv cura coUationis , quam cnm hxretiàs habiiuri eramus , occupatissimus fui.. .» Voir aussi : Epistola CXLVI. Aiujustinus Pelagium resntutat , ci pro litteris ipsius ojjtciosis gratiam habet (413).

INTRODUCTION. 2i

attribuaient à la religion chrétienne les désastres qu'ils n'auraient du imputer qu'à leur lâcheté et à leurs vices. Effectivement, après l'avoir rançonnée deux fois, Alaric venait de prendre Rome d'assaut. L'impression produite par cet événement avait été immense. Quelle que fût la décadence de la cité de Romulus, depuis que le siège de l'empire avait été tour à tour transféré à Constantinople, à Milan, à Ravenne , la violation de la ville sainte par les Yisigoths n'en avait pas moins jeté les esprits dans une stupeur profonde, et bientôt s'étaient élevées contre le Christianisme les récriminations et les clameurs. En présence de cette catastrophe inouïe, il semblait que l'univers romain se trouvât puni de son apostasie et abandonné par les Dieux auxquels il avait préféré le Christ. C'était ainsi pour les représentants du paganisme une occasion unique de prêcher le retour au culte qui avait fondé la fortune des ancêtres. — Plus Africain d'ailleurs que Romain et plus blessé sans doute dans ses sentiments d'humanité que dans son patriotisme, Augustin tint tête à l'orage. Tandis qu'il adressait aux catéchumènes ses éloquents discours De Cataclysmo^ De Tempore BoTharico^ De Lrbis Excidio *; il rédigeait de 411 à 427, contre les païens, la Cité de DieUy démontrant avec surabondance dans ce livre, auquel à peine doit-on comparer l'ouvrage d'Origène contre Celse, ou le traité de Salvien De Gubernatione Dei ^; que les calamités présentes ne pouvaient être apaisées par les divinités de l'Olympe, mais que c'était bien plu-

t. SiUicii AïKjuslini Oijera ontnid, l. VI, p. G*Jo, GUU, 715.

2. Cf. Epistola C\l, Yictoriano preabytaro. a Totus quippe mundu

IMllUbUCTION.

tôt à leurs exemples infâmes et aux désordres qu'elles autorisaient, qu'il convenait de rapporter les maux de la société romaine. Le Christianisme était de la sorte pleinement justifié. En outre, par delà l'horizon désolé de cet univers, au-dessus des fanges d'une société corrompue et dans une pure lumière, l'évêque d'Hippone découvrait aux regards consolés les beautés toujours riantes de la céleste Jérusalem. Le paganisme ne pouvait donc charger la religion chrétienne des maux de l'empire, non plus que se prévaloir des agitations de l'hérésie.

Toutefois, il importait de travailler sans relâche à calmer ces mouvements tumultueux. En conséquence Augustin , non content d'exterminer de l'Afrique le Pélagianisme, le proscrivait en tous lieux par ses doctes écrits Sur la Xatiire et la Grâce, En même temps , il accueillait Paul Orose , chassé de l'Egypte qu'avaient envahie les Vandales, les Alains, les Suèves ; et, après l'avoir exhorté à écrire une histoire du monde, où les souffrances des hommes sont représentées comme à peu près égales depuis l'origine des choses et deviennent un châtiment de Dieu, il l'envoyait en Palestine aider saint Jérôme à repousser l'effort de Pelage.

Jusque-là, en effet, Pelage était parvenu à éluder les justes rigueurs de l'orthodoxie. En 41o, le concile de Diospoiis avait répudié la doctrine, en absolvant l'auteur, et le pape Zozime lui-même s'était laissé surprendre.

Mais les Pélagiens n'étaient guère moins violents

tantis ajDligitur clodibus , ul pêne pars nalla terrarum s'it ubi non tulia , qualia scrip'iisti , committantur atque plauyantur » ''409).

INTRODUCTlOiN. 23

que les Donalistes ; c'est pourquoi ils perdirent par leurs emportements les avantages qu'ils avaient obtenus par leurs sophismes. Honorius rendit des lois contre eux ; Zozime finit par reconnaître leur véritable esprit; les conciles de Carthage en 416 et 417, celui d'Andoche en 424, les condamnèrent, et leur condamnation, publiée dans les églises, fut signée par tous les évêques, à l'exception de dix-huit qu'on déposa. Ainsi, la catholicité put applaudir à la fermeté d'Augustin, qui avait protesté de quitter l'épiscopat plutôt que de consentira l'absolution de Pelage.

Le saint évêque, aussi bien, venait de livrer son dernier combat. Sans doute il prendra encore à tâche d'écraser les tronçons remuants de l'hérésie; il écrira contre les Ariens, contre les Priscillianistes, contre le Pélagien Julien; il achèvera de rédiger, pour calmer des consciences timorées, les Dix Livres du Libre Arbitre^ tout en soutenant la doctrine de la prédestination ; enfin il publiera ses Rétractations ^ impartiale révision de ses nombreux ouvrages ^ Mais l'âge arrive, et l'Afrique, que

1. Ce serait mal entendre en effet et la pensée de saint Augustin et le latin même du cinquième siècle, que de prendre les Uétruciationn pour un désaveu. Sans doute, en rédigeant celle composition, où il noie avec une candeur vraiment louchante les lacunes ou les erreurs qu'il croit découvrir dans ses Livres, Lettres ou Traités, l'illustre évêque a voulu prémunir le^ esprits contre les fautes qui lui sont échappées. « Jam diii est ut facere coyito et dispono.... ut opuscula mea.... cum 'jiiadam jtidiciaria severitate recemeam, et quod me offendit, velut censorio stilo dénotent . Neqiie enim quisque, nisi impnldens , ideo quia mea errata rcpreliendo, me reprchcndere audebit. )> Mais il y a loin d'une révision à un désaveu. 11 faut ajouter que les Rétractations sont en outre comme un catalogue raisonné où saint Augustin a pris soin en quelque sorte d'authentiquer les quatre-vingt-quatorze ouvrages qu'il

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ne déchirent plus aussi cruellement les dissensions religieuses, par un autre malheur, devient la proie des Vandales, qu'y appelle le comte Boniface, irrité d'une injuste disgrâce. Vainement ce général, touché des paternelles remontrances d'Augustin , voudra réparer sa faute, et se réconciliant avec l'impératrice Placidie, s'efforcera d'éloigner des alliés odieux. Les richesses du sol africain y retiennent les Barbares; Genséric s'y étabht; les temples sont pillés ou brûlés, les prêtres massacrés, les livres dispersés, et il faut qu'Augustin rappelle aux évêques « qu'ils ne peuvent abandonner leurs églises ni rompre les attaches par lesquelles Jésus- Christ les a liés à leur ministère '. » Il se trouve bientôt lui-même enfermé dans Hippone assiégée et y meurt, plein de foi, mais aussi de tristesse, le 28 août 430, dans sa soixante-seizième année. L'année suivante, Hippone, prise d'assaut, était livrée aux flammes, et Théodose II mandait Augustin au concile œcuménique d'Éphèse, que nécessitait l'hérésie de Nestorius. Le saint évêque y fut du moins présent par son esprit, comaie il devait l'être dans toutes les assemblées où s'agiteraient les intérêts de l'Église catholique.

Plus tard, sur les ruines d'Hippone s'élevait la ville

passe en revue, en rappelant les circonstances au milieu desquelles il les a composés, les noms de ses interlocuteurs et jusqu'aux premiers mois de la phrase par laquelle commence chacun de ces écrits. Aussi bien, le litre de Retractaliones, qui d'ailleurs a prévalu, se Ironve-t-il remplacé chez Possidius [Tita S. Augustini, cap. xxviii ) par le titre vraiment exact de De recensione libroruni.

1. Cf. Epislola CCXXVlll ; Âugustinus Honorato , docens quandonnm episcopo sive clericis fugere liceat , imminente obsidionis aut excidii periciilo (428).

INTRODUCTION. 2o

de Bone, dont nos armes devaient faire, un jour, une ville française, et où des mains pieuses ont rapporté naguère les restes du grand homme qui l'avait illustrée' .

Après avoir rappelé quel fut le temps où vécut Augustin et esquissé, à traits rapides, les principaux événements qui remplirent sa vie, essayons maintenant'de dégager de l'histoire des faits extérieurs, l'histoire de son âme. Ce sera constater les progrès ou les fluctuations de sa pensée et en comprendre les évolutions.

Nul homme sans doute n'a subi d'une manière plus profonde que le futur évêque d'Hippone, l'influence des premières années. On peut même affirmer que l'âme de Monique a marqué, pour ainsi dire, l'âme de son fils d'une indélébile empreinte. Or, la foi chrétienne, le salut par le Christ, tels ont été les enseignements que, dès le bas âge, cette femme rare s'est apphquée à lui inculquer. Augustin pourra donc oublier ces croyances, les repousser comme incompréhensibles, il ne les méprisera jamais. Il y a plus; rien, à aucune époque, ne les remplacera complètement ni dans son esprit ni dans son cœur; tôt ou tard, il s'y trouvera ramené comme par la pente où sa mère a incliné son âme d'enfant.

Et d'abord, c'est l'oubli. Simple catéchumène, stimulé par un père naïvement ambitieux, travaillé par des

1. Voy. à la suile de L'Hi:,loite de saint Augustin, par M. Poujoulat, t. I, p. 413 et suiv. Lettres à M. Poujoulat sur la translation de la relique de s dut Augustin de Pavie ù Hiijpone , par M. i'abijé Siboiir.

20 IMKODLCllON.

passions dévorantes et sous le cielderAlïique, Lomment s'étonner que ce jeune homme perde le sens et la mémoire des préceptes de l'Évangile? En lui. peu à peu s'oblitère la conscience de la responsabilité humaine et s'affaiblit la pensée d'une Providence rémunératrice et vengeresse. Dominé par son imagination, asservi à la chair, il en vient à ne rien concevoir que ce qui se peut figurer, et à n'admettre d'autres substances que les corps. L'atmosphère toute chargée de paganisme qu'il respire, renseignement tout païen qu il reçoit dans les écoles où Tétude des poètes et l'explication symbolique de la mythologie qu'ils ont chantée, font le premier objet des grammairiens; mille influences pénétrantes contribuent à nourrir ces dispositions maladives, à accroître Cet aveuglement.

Cependant, ce qui eût été pour une àme vulgah'e une mort , ne devait être pour cette àme d'élite qu'une crise.. Au sein des voluptés coupables dont s'enivre sa jeunesse, Augustin ne cesse de soupirer après le pur bonheur, et au miUeu des ténèbres qui Tenveloppent, d'aimer, de désirer la vérité. La lecture de ÏHortensius est comme le premier souffle qui, sous les cendres qui le recouvrent, ravive en lui, k dix-neuf ans, le feu sacré. Enflammé pour la philosophie d"une indicible ardeur, il voudrait s'y adonner tout entier. Mais la brillante déclamation de l'orateur romain ne contient pas un mot sur le Christ ; c'en est assez pour le désenchanter. Quelque magnifique que soit le temple, il est vide du Dieu; ce n'est pas là qu'Augustin doit trouver la science qui ^"accommode à la foi de ses premiers ans. Il s'avise alors de la chercher dans les Écritures. Malheu-

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reiisement, l'éloquence cicéronienne, des habitudes de rhétorique, le goût du bel esprit, la vivacité de son naturel et de son âge, l'ont mal préparé à entendre ce langage abrupt et substantiel, dont les énonciations principales semblent parfois autant de paradoxes jetés en défi à l'antique sagesse, sinon à l'entendement humain. Rebuté par les Écritures, désormais il se tournera du moins presque tout entier à la recherche du vrai.

C'est ainsi qu'à vingt ans, il lit et comprend sans qu'on le lui explique le Traité des Catégories^ dont un respect superstitieux lui avait fait jusqu'à cette heure comme une sorte d'arcane impénétrable.

Chose singulière et qui ne laisse pas que d'attester, pour employer un langage tout moderne, le caractère objectif de l'œuvre d'Aristotc^ ! Au lieu d'arracher l'intehigence d'Augustin aux représentations sensibles qui l'obstruent, l'analyse péripatéticienne des idées l'y enfonce davantage, et il lui devient plus que jamais impossible de ne point concevoir Dieu corporel. Aristote l'accoutume à raisonner de Dieu comme des corps.

La lecture des Catégories n'est d'ailleurs qu'un insignifiant épisode dans la course impétueuse mais désordonnée de saint Augustin à travers les connaissances de son temps. Toutes ces connaissances, on le sait, se ramènent à la division des sept arts libéraux, qu'Augustin lui-même devait accréditer de son nom, et le moyen âge reproduire : grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, astronomie, musique. De ces innombrables détails, rien n'échappe à la

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