‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 22 sur 318 · Relract,, lib, I, cap. vi · texte numérisé non relu

Relract,, lib, I, cap. vi

et SU?' les Mœurs des Maiiichéens. .Sui\ez-\e à Tagaste. Pendant les trois années qu'il y passe dans l'étude et le silence, il achève, il est vrai, les Livides sw la Musique^ rédige le Traité du Maître^ correspond avec Nébride sur des sujets de pure spéculation et résout tous ces curieux problèmes qu'il comprendra sous le titre des Quatre-vingt-trois Questions. Mais déjà dans ces ouvrages la théologie se mêle à la philosophie. De plus, c'est à la même date qu'il faut rapporter des écrits essentiellement théologiques, tels que le Traité de la Genèse contre les Manichéens et le Traité de la Véritable Religion. '

Ultérieurement, on ne le saurait mettre en doute;* prêtre et évêque, Augustin n'a pas tracé une ligne qu'il n'eut uniquement en vue un sujet de théologie, quoique jamais peut-être, plus qu'à cette époque, il ne se soit montré métaphysicien profond. Effectivement, qu'on passe en revue ses argumentations véhémentes contre les Donatistes, les Manichéens, les Pélagiens. Que sont toutes ces compositions, autre chose que les œuvres d'un théologien? Comment, d'un autre côté, ne point rapporter nommément à la théologie le Traité de la Doctrine chrétienne et le Traité de l Utilité de la Foi^ les Livres du Libre Arbitre et les Livres de la Trinité, la Cité de Dieu, les Confessions et les Rétractations? .le ne crains pas de l'avancer, Augustin, tel qu'il s'est voulu, tel qu'il a travaillé à être, tel qu'il a été pendant les quarante années de son apostolat, se trouve tout entier dans ces trois derniers ouvreges, et ces trois ouvrages sont, avant tout, théologiques. Pendant que saint Jérôme fonde l'exégèse^ saint Ambroise la

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théologie morale, l'évêque d'Hipponc s'applique à la définition du dogme. En conséquence, c'est au critérium de la théologie que ce grand homme a fini par juger la société de son temps, par déterminer les évolutions de l'avenir, par apprécier ses propres actes et corriger ses propres ouvrages.

Ainsi l'histoire des écrits d'Augustin réfléchit lidèjement l'histoire même de son existence. Néoplatonicien, chrétien, théologien, ce sont là incontestablement les phases qu'il a traversées.

Néanmoins, il est permis, ce semble, de réduire à deux les périodes qui se partagent la vie d'Augustin. Lui-même, en quelque façon, nous y autorise. Car c'est en deux livres qu'il a divisé son ouvrage des Rétractations, examinant dans le premier les écrits qui ont précédé son élévation à l'épiscopat, et dans le second ceux qui l'ont suivie. Seulement, nous prendrons un point de division un peu différent. Évêque, Augustin s'est senti revêtu d'une autorité qui lui a paru créer en lui comme un homme nouveau. Nous reporterons à sa prêtrise cette époque de transformation du personnage. Si, en effet, au regard surtout de la juridiction et des sacrements, il y a subordination du prêtre à l'évêque; lorsqu'il s'agit de l'interprétation scientifique du dogme, l'évêque et le prêtre ne se retrouvent-ils pas égaux ?

De là, par suite et en dernière analyse, dans la vie d'Augustin, deux périodes distinctes.

Catéchumène, converti, Augustin n'a plus d'autre passion que celle de la vérité; il la cherche ardemment dans les textes profanes aussi bien que dans les Écri-

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tures. Alors même qu'il revient à rÉvangile, il prétend avoir rintelligence de sa foi, et ne se décide à croire qu'en persistant à vouloir comprendre. Philosophe avant d'être chrétien, en devenant chrétien il ne cesse pas d'être philosophe. Qui sait même si, au moment de sa conversion, il n'a pas eu, un instant, la pensée de faire école? Prêtre, évêque, Augustin est détourné de la philosophie par le rôle qu'il a accepté dans l'Église, et qui était l'unique rôle, apparemment, qui lui convînt au milieu de la société de son temps. Les choses humaines, la vie humaine, l'intelligence humaine elle-même, ne sont plus dorénavant considérées par lui, si l'on peut s'exprimer de la sorte, qu'au point de vue de l'Église, et de l'Éghse du quatrième siècle. Ce n'est plus un spéculatif. Car un spéculatif cherche la vérité, et Augustin ne doute plus qu'il ne la possède dans son évidence absolue. C'est un chef spirituel qui gouverne ses prêtres, et confère à chaque instant soit avec les cvêques de sa communion, soit avec les évêques dissidents: c'est un administrateur qui correspond avec les officiers de la couronne ; c'est un apôtre qui lutte contre les indifférents; c'est un polémiste qui combat tour à tour et sans relâche les païens, les TertulUanistes, les Abéloniens, les Donatistes, les Pélagiens, les Ariens, les Manichéens, les PrisciUianistes; c'est enfin un Père, qui, dans son active sollicitude, embrasse de ses regards les Eglises du monde entier, s'efforçant de pourvoir au salut, d'assurer l'affermissement, de procurer la grandeur de cette majestueuse et salutaire unité qui s'appelle le Catholicisme. Je le demande. De quel intérêt peuvent être pour un tel homme, je ne dis pas les lettres pro-

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fanes ', mais les débats mêmes de la philosophie? Aussi, consultez la partie de sa correspondance qui se rapporte aux années de son épiscopat , ses lettres à Volusien '^, à Évode^ à Dioscore^. Avec quel dédain, quelle compassion, et souvent quelle sainte impatience, n'accueille-t-il pas les questions de philosophie que ces disciples curieux et attardés croient pouvoir lui adresser comme autrefois? «Je rougis, écrit-il à Dioscore, je rougis quand je songe qu'un évêque travaillé, absorbé par tant de soins ecclésiastiques qui le pressent, pourrait s'arracher tout d'un coup à ces préoccupations et à ces devoirs pour se mettre à expliquer à un bel esprit je ne sais quelles misérables questions tirées des dialogues de Cicéron. Yous-même, quelque aveuglé que vous soyez par votre ardeur de savoir, vous en rougissez comme moi. Eh! quoi, personne songe-t-il, à cette heure, à nous opposer Anaximène ou Anaxagore? Qu'est devenue, même beaucoup plus près de nous, la bavarde engeance des Stoïciens et des P^picuriens? Une froide cendre, d'où on ne saurait tirer contre la foi chrétienne la moindre étincelle. Et cependant, autour de nous dans des conventicules secrets ou à ciel découvert, les Dona-

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