De Civitaie Dei , lib. V, cap. vi]i-x
Ainsi, nous sommes libres, c'est-à-dire causes; la conscience nous l'atteste. D'un autre coté, Dieu est prescient ; car refuser la prescience à Dieu, c'est nier Dieu ; dire qu'il ne connaît point les causes volontaires, c'est dire qu'il ne connaît rien.
Y a-t-il donc entre nos actes libres et la prescience divine opposition invincible, contradiction? Aucunement. Loin de là. Pour qu'il y ait en Dieu prescience de nos actes libres, il faut précisément que ces actes soient libres.
« Quoique Dieu sache à l'avance nos volontés futures, il ne résulte pas néanmoins de là que nous ne voulions rien de notre propre volonté. . . Effectivement, s'il ne peut pas se faire que tandis que nous voulons nous ne voulions pas-, il y a donc une volonté chez ceux qui veulent, et il n'y a rien qui soit en notre pouvoir, que ce qui est le fruit môme de notre volonté. Notre volonté, par conséquent, ne serait pas môme volonté, si elle n'était en notre pouvoir. Or, comme elle est en notre pouvoir, pour nous elle est libre.. . De la sorte, nous ne nions pas que Dieu soit prescient de tous les futurs, et que nous cependant nous voulions ce que nous voulons. Puisqu'en effet la prescience de Dieu a pour objet notre volonté , comment cette volonté ne seraitelle pas, laquelle est l'objet même de sa prescience*? »
Augustin ajoute subtilement que si la prescience
i. De Lihero Arbitrîo, lib. III, cap. îiî. « Qnomvis prœscint Deits noslros vohmlales futuras, non ex co tcimen conficilnr ut non volunlate aliquid velimus. — Qtiod si fieri nonpotest ut d uni volumus non velimm, adest utique volunlas volcnlibus; nec aliud quidqiiam est in polestatc, )iisi quod volcnlibus adest. Volunlas ifjitur )ioslra ncc volunlas essel, nisi csset in nostra polestatc, Porro, quia est in potestale, libéra est nobis.
rendait les actes nécessaires, cela serait vrai aussi des actes de Dieu, puisqu'il les a prévus \ Et il observe encore que le libre est ce qui est en notre pouvoir, quand nous n'avons qu'à vouloir pour qu'il arrive. Or, nous n'avons qu'à vouloir pour qu'une volonté se produise; donc nos volontés dépendent de nous et sont entièrement en notre puissance.
Aussi bien, l'apparente contradiction qui s'élève entre la liberté humaine et la prescience divine , tient surtout à l'idée anthropomorphique que nous nous faisons de la science de Dieu.
En effet, «la connaissance que Dieu a du présent, du passé et de l'avenir n'a rien de commun avec la nôtre. Prévoir, revoir, voir, pour lui c'est tout un. Il ne passe pas comme nous d'une chose à une autre en changeant de pensée , mais il contemple toutes choses d'un regard immuable. Ce qui est actuellement, ce qui n'est pas encore, ce qui n'est plus, sa présence stable et éternelle embrasse tout ^. »
D'un seul mot, il n'y a pas en Dieu prescience, mais science. Sa prescience même est science.
« Qu'est-ce que la prescience, si ce n'est la science
Ita fit ut et Deuin non negcmus esse prsscium omnium futiirorum, etnos tamen vcUmus quod volmnus. Cum enim est prxscius voluntatis nostrœ, cujus est prxscius ipsa erit. »
1. De Libero Arbilrio, lib. III, cap. m. « E. Prorsus si meorum operum prxscium Deum dico, muJtofidentius eum dixerim prœscire opéra sua, et quid sit faclurus certissime providere A. Nonne igitur caves ne tibi dicatur, etiam ipsum quœcunque facturus est, non volunlate sed necessiiate faclurum, si omnia quorum Deus prxscius est, necessilalefiunt, non voluntate? »