DK LA PHILOSOPHIE UN GÉNÉRAL
de garder ces maximes pour entrer dans la religion chrétienne; si on les lit tous les jours dans les églises, et si les évéques les y expliquent; si ceux qui tâchent de les pratiquer, frappent leur poitrine ; s'il y a un si grand nombre de personnes qui les suivent, que les îles qui étaient autrefois désertes, et les plus affreuses solitudes sont remplies de toutes sortes de personnes, qui ont abandonné les honneurs et les richesses de ce monde pour consacrer toute leur vie au service du seul Dieu véritable et du souverain Maître de toutes les créatures; et enfin, si dans les villes, dans les châteaux, dans les villages, dans les campagnes même et dans les maisons des particuliers, on prêche si ouvertement et si puissamment de détacher son cœur de toutes les choses d'ici-bas et de le tourner tout entier vers le seul et vrai Dieu, qu'aujourd'hui, par tout l'univers, presque tous les hommes répondent d'une voix : a Qu'ils ont le cœur élevé vers le Seigneur; » pourquoi demeuronsnous encore dans l'assoupissement de nos ignorances et de nos erreurs, et pourquoi allons-nous chercher les oracles de Dieu dans les entrailles des bêtes mortes? Et lorsqu'il est question de parler de ces matières, pourquoi aimons-nous mieux avoir Platon à la bouche, que Dieu dans le cœur?
Que si donc il y a des hommes qui pensent qu'il soit mal ou superflu de mépriser ce monde sensible, de purger son âme par l'exercice de la vertu pour la mettre sous le joug et la dépendance de Dieu, c'est par d'autres moyens qu'il les faut réfuter, si toutefois il convient de discuter avec eux. Mais que ceux qui avouent que cela est bon et désirable, que ceux-là connaissent Dieu,
qu'ils cèdent au Dieu par qui ces choses sont déjà tombées dans la créance de tous les peuples et leur ont été persuadées. Eux-mêmes enseigneraient ces mêmes maximes, s'ils en avaient seulement la force ; ou sinon, on devrait les accuser d'envier la vérité à leurs semblables. Qu'ils cèdent donc à Celui par qui s'est accompli ce changement, et que la ciuiosité ou une vaine jactance ne les empêche pas de reconnaître quel abîme il y a entre les timides conjectures d'un petit nombre et le salut manifeste, le redressement des peuples. Car si ces sages revenaient à la vie, ces sages dont les noms sont un sujet d'orgueil, et qu'ils trouvassent les églises remplies, les temples déserts, qu'ils vissent le genre humain , désabusé des biens temporels et passagers, placer son espoir dans la vie éternelle et les biens spirituels et inteUigibles oii on l'appelle et y courir; ces sages diraient peut-être (s'ils étaient tels qu'on les représente) : Ce sont là les vérités que nous n'avons osé persuader aux peuples, et nous avons fléchi à leurs habitudes plutôt que de les gagner à notre foi et à nos désirs.
C'est pourquoi, si ces sages pouvaient de nouveau vivre avec nous , ils comprendraient assurément à quelle autorité il faut avoir recours pour agir sur les hom.mes avec efficace, et, en changeant un petit nombre de mots et de maximes, ils deviendraient chrétiens, comme l'ont fait de nos jours la plupart des Platoniciens. Ou si ne consentant point à un tel aveu, à une t ilie conversion , ils demeuraient dans l'orgueil et r^nvie, je ne sais s'ils pourraient revoler vers les biens qu'ils proelamai^tit souhaitable^ et dé.Mra-
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bles, empêchés qu'ils seraient par ces souillures et par cette glu ' . »
L'orgueil, voilà en eifet le vice profond des philosophes auxquels la Providence a inlligé l'erreur comme châtiment. « Parmi les philosophes, quelques-uns ont découvert de grandes choses, soutenus qu'ils étaient par l'appui divin; mais, arrêtés dans leur essor par la faiblesse humaine, ils sont tombés dans l'erreur; juste répression de la divine Providence, qui a voulu surtout punir leur orgueil et montrer par l'exemple de ces puissants esprits que la véritable voie qui conduit aux régions supérieures, c'est l'humilité '^. » A cet orgueil, qui est sans amour, et qui, pour ne compter que sur soi-même, s'égare, il est nécessaire d'opposer l'humilité dont le Sauveur a donné au monde l'instructif exemple. « L'humilité, voilà ce qui importe par-dessus tout; l'humihté, et encore l'humilité. » nEa est autem prima^ hmnilitas ; secunda, Jaimilitas ; tertia, hmnilitas ^ » Toute philosophie se ramène donc à la philosophie chrétienne, dont l'essence est l'humilité, et qui compte beaucoup moins, afin de s'élever jusqu'à Dieu, sur ses propres forces que sur l'assistance de la grâce. En somme, Augustin professe sans détour que la foi d'un bon chrétien est fort au-dessus de toute la science des philosophes '*.