‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 63 sur 125 · S38 US THOMISME · texte numérisé non relu

S38 US THOMISME

Christophe Colomb décoaviail l'Amérique. Le grand schisme d'Occideot avait cessé; mais d'infaillibles symptômes annoBçaieDt des déchirements plus sérieux, et la révolte de Luther allait bientôt consommer la division de TÉglise chrétienne.

Nous touchons à la fin du moyen âge et aux premiers commencements de Fère moderne. Tout s'ébranle e' tend à se renouveler : les opinions, les mœurSy les tois, le gouvernement, l'industrie, les formes du ^ût dans la littérature et dans les arts. Un des caractères de la société qui s élève est la hame du passé; ce qu*îl admirait» elle ledénigre, le dédaigneou le repousse, et se précipite, dans toute Tivresse de l'espérance , vers les destinées inconnues que les merTeillesdont elle esttémoin paraissent lui promettre.

Cet élan universel des imaginations emportait la philosophie loin des voies fréquentées depuis Charlemagne. Quel intérêt la question ^es unnersaux on celle de Tindividuation pouTait-elle eonsenrer désormais, et conunent d'arides controverses dont le cercle était épuisé, auraiont-elles suffi poior (ii«r Tardeur inquiète des esprits 7 La «ehobstiquey défà en décadence, était donc à k veille de sa chute; mais, en disparaissant, elle allait entraîner avec elle tous les systèmes, toutes les éeoks» toutes les renouiiiiées qui ravalent si longtemps soutenue. Si vous passes en revue les philosophes du zv' «t du XVI* sièele qui ont laissé un nom, vous n'en trouverez pas un qui ait annoncé le dessein de coiiiinuer

DEPUIS LK m hJS XV« SIfiCLE. %9%

ouDuns Scot, ou Occam^ ou saint Thomas. Les uosi eomme Marstle Ficin, tradaeteur exact de Platon, prétendent renonveler les doctrines de Tantiquité ; les autres ) comme N anini et Brono, s'élancent sur k foi de lenr profre génie à des spéculations téméraires qnî ont pmr résultat les théories les plusdivergentes^ mais tous oiïrt'ut cela de commun que la tradition philosophique de VÉcole leur est odieuse, bien kki qu'ils pensent y trouver des modèles dignes d'être suivis.

Les ordres religieux^ malgré la sévérité de leur règle, ne surent pas se préserver entièrement de la contagion des idées nouvelles. L écho des agitations du dehors pénétrait au fond des cloîtres, et y portait le trod^le dans les âmes, dont les plus ardentes ou les plus vives se laissaient entraîner. Ce fut dans les rangs des Dominicains surtout que la séduction fut dangereuse. Mêlés à la vie du monde par tontes les fonctions de leur ministère^ ils offraient une prise plus ÊMile peut-^tre que les autres communautés aux nifloenees extérieures, et plus d'une fois leurs paisibles retraites virent éclore des vœux, des espérances et même des entreprises dont l'étonnante hardiesse contrastait avec le caractère pacifique et réglé de leur institution. Tbomab Caiiipaiiclla, i|uî voulut rrlbnuer la philosophie, peut-être même arracher le royaume de Naples à la domination espagnole, et qui expia son audace par vinirt-sepl années de pi ison ; .lordano BruQO condamné aux fers en i 598 pour crime d'hé-

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rcsie', a\ aient porté tous deux Thabit de frère prêcheur. Mais, sans descendre aux derolères années du 3LVI* siècle, l'Italie entière, dès l'aurore de la Renaissance, n'avait-elle pas tressailli à la voix d'un moine de Saint-Dominique, Jérôme Savonarole, que sa parole enflaùimée rendit maître de Florence, qui gouverna presque trois ans la ville des Médicis, y proclama le règne du Christ et la reforme des mœurs, osa résister au pape Alexandre YJ, perdit ensuite la faveur populaire, et mourut en martyr à l'âge de quarante-six ans sur le théâtre de ses preuuers triomphes?

Le personnage qui domine chez Savonarole, c'est rhomnie d'action et le chef de parti; mais, à coté de celui-là, il y en a un autre qui, malgré l'obscurité où il est resté, a aussi sa grandeur, ou du moins sa physionomie propre, je veux dire l'écrivain et le philosophe. Au milieu des orages de sa vie, Savonarole a beaucoup écrit et beaucoup publié*. Il se servait de sa plume presque à l'égal de sa parole pour émouvoir le peuple de Florence, et pour confondre ses propres adversaires. Outre ses principaux ser* mons, il reste de lui plusieurs traités de théologie, de

1. L'arOliation de Bnino à Tordre de Sain i -Dominique a été mise hors de doute par M. Christian BarLholmèss, Jardano Bruno, Pari<,

me, 1. 1, p. 31.

2. Sur la vie cl les ouvrages de Savonarole, voy. le savant ouvrage de M. Perrcn.-î, couronné par l'Académie fr.inraiso Jt-rôme SatxmaroUf sa vie^ses prédications^ iesécritSt Paris et Turin, 2 vol. in-8.

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