‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 47 sur 97 · I. Die Wdt, etc., tom. T, f · texte numérisé non relu

I. Die Wdt, etc., tom. T, f

no pay nair. " C'est par roffet ries formes trnmpeu'ïes ria M8va (Tillusicn" que le priiH-ipe intelligentpnrait revêtu de tant déformes... mais Ni contemplation estcomme un glaive avec lequel les iiommes sages tranchent le lien de l'aclion qui enchaîne la conscience. « {Bhâgnoata-Pourann.)

Cette antitiiése entre l'affirmation du vouloir-vivre e* la négation du vouloir-vivre est le point le plus élevé do la morale de Schopenliauer ; c'est de là qu'il juge et classe les actions humaines.

Au plus bas degré est l'égoisme qui est l'aniraialion ardente du vouloir-vivre, source de toute méclianceté et de tou( vice. Dupe d'une erreur qui lui fait prendre sa personne pour une réalité durable et le monde des phénomènes pour une existence solide, l'égoïste sacrifie tout à son moi*. Aussija^vie sous cette forme de l'individualisme effréné n'a aucun caractère moral.

TTfaut au contraire, pour entrer dans le domaine de la moraliié. reconnaître que le moi n'est rien, que le principe d'individuation n'a qu'une valeur illusoire ; que la diversité des êtres a sa racine dans un même être, que tout ce qui est, manifesio la volonté. « Celui qui a reconnu cette identitéde tous lesêtresne disiiiigiie plus entre luimême et les autres ; i'. jouit de leurs joies comme de ses joies; il souffre de leurs douleurs comme de ses douleurs . tout au contraire de l'égoiste qui faisant entre lui-môme et les autres la plus grande diiïéronce, et tenant son individu pour seul réel, nie pratiquement la réalité des autres. « La base de la morale c'est donc la sympathie, ou comme le dit encore Schopenhauer, la compassion (;V/i^/<"tr/),la charité {Mrni^rliraliehr). « La compassion est ce fait étonnant, mystérieux, par lequel nous voyons la ligne de démarcation qui, aux yeux de la raison, sépare tota ement un être d'un antre, s'effacer et le non moi. devenir en quelque façon le moi. La pitié seule est la.

1. « L'affirmaliun du vouloir vivre ot lu racine du monde plU?nûménul. de la diversité des étros, de l'individualité, de l'égoisme, delà haine, et-de la mechaneelé. » Die Wult, cVc, toiii. Il, ch. 43.

base réelle de toute libre justice et, de toute vraie clia- / rlté*. » De môme si la justice est réputée la première / des vertus cardinales, « c'est qu'elle est un premier pas / vers la résignation ; car, sous sa forma vraie, elle est un , devoir si lourd, que celui qui s'y donne de tout son ( cœur doit s'offrir en sacritice : elle est un moyen de se nier et de nier son vouloir-vivre -. ^

Ainsi la pitié est la source commune de la justice et de la charité, du neminein lœdc et du omnes Juv'i ■ mais elle n'est pas encore le point culminant de la nioi'IiliS. On ne l'atteint que par la négation complète du vouloir-vivre, par l'ascétisme, tel que les saints, les anachorètes, les pénitents des religions de l'Inde et du christianisme l'ont pratiqué. Et le plus haut degré de l'ascétisme, c'est la chasteté volontaire et absolue. « De même que dans la satisfaction de l'appétit sexuel s'affirme la volonté de vivre de l'individu ; de même l'ascétisme en empêchant la satisfaction de cet appétit nie cette volonté de vivre; et montre par là qu'avec la vie de ce corps, la volonté dont ii est l'apparence, cesse aussi. »

Cette morale, si l)izarre qu'elle soit, suppose, comme on le voit, lalilieriC'.Mais sous quelle forme et dans quel sons?

Si la volonté n'était pas libre, la négation du vouloirvivre serait impossible, et le monde ne serait jamais délivré du péché et de la douleur. Mais l'exemple des saints de tous les temps montre que cette libération est possible, en fait. La liberté n'est donc pas un rêve. Ce qui est un rêve, c'est à la man ère vulgaire, de la chercher dans le inonde des phénomènes : « C'est dans l'être et non dans l'action qu'est la liberté. » (Ini esse nicht im operari Uegt die FreUicit.) Notons ce principe fondamental que Schopenhauer répète à chaque instant. La volonté doit être considérée de deux manières : comme chose en soi et comme piiénomène. Comme chose en soi, elle est libre. " Ce monde avec tous ses phénonuMics

1. Diebptdcn Grumlprohlomn der Ethilt, S. 512. ?. Ibirl., 714

est l'objectivation de la volonté qui, elle, n'est pas un phénomène, ni une idée, ni un objet, mais une chose en soi, non soumise au principe de raison suffisante, forme de tout objet, non soumise au rapport de conséquence à principe ; comme telle elle ne connaît aucune nécessité, c'est-à-dire qii'elle est libre. Le concept de liberté est ainsi à proprement parler purement négatif, pufsqu'il ne contient que la négation de la nécessité, c'est-à-dire d'un rapport de principe à conséquence suivant l'axiome de raison suffisante ». — Mais la volonté comme phénomène, comme objet, est nécessai' rement et invariablement prise dans la chaîne des principes et des conséquences, des effets et des causes, laquelle ne souffre aucune interruption. La loi de la nature, c'est le déterminisme absolu. L'homme est, comme toute autre partie de la nature une objectivation de la volonté ; par conséquent il est soumis à cette loi, « De même que toute chose dans la nature a ses propriétés et qualités qui, sous une action déterminée, donnent une réaction déterminée et font connaître son caractère; de même l'homme a son caractère, dont les motifs provoquent ses actes avec nécessité. »

Maintenant la formule de Schopenhauer peut être comprise. L'homme n'est pas seulement un groupe d'apparences liées dans le temps et l'espace par la causalité; il est une manifestation de la chose en soi, de l'être, et comme tel il a en elle sa réalité. En tant qu'il agit [opcrari) il n'est qu'un phénomène comme les autres et comme eux nécessité. En tant qu'il est (esse) il est en dehors du temps, de l'espace, de la causalité, de toutes les formes de la nécessité. Donc il est libre. Donc imesse nicht im operari liegt die Freiheit. Ainsi se réconcilient la liberté et la nécessité. L'homme est absolument libre comme chose en soi, dans son caracière intelligible ; absolument nécessité comme piiénomène, dans son caractère empirique. « La liberté morale ne doit pas être cherchée dans la nature, mais hors do la nature. Elle est mé-

î.ipliysiquc, mais impossible dans le inonde pliysiquo. Par suite nos actes ne sont pas libres ; tandis qu'il l'aui regarder le caractère de chacun comme son acte libre. II est tel parce que, une fois pour toutes, il veut être tel. Car la volonté en elle-même et en tant que se manifestant dans un individu et constituant son vouloir primitif et fondamental, est indépendante de toute connaissance, puisqu'elle lui est antérieure. Elle ne tient de la connaissance que les motifs suivant lesquels elle développe successivement son essence et se fait connaître ou se rend sensible; en elle-même, comme située en dehors du temps, elle est immuable *. .> Mais alors si les actes dépendent du caractère qui est fixé une fois pour toutes, à quoi serviront l'éducation et les préceptes? Schopenhauer reprend la question posée par Platon : si la vertu peut s'apprendre; il la résout négativement; et il se plaît à répéter avec Sénèque qu'on n'apprend pas à vouloir: Vcllo non discitttr.

Son étude sur le caractère nous permet de pénétrer encore mieux dans sa doctrine. Quoique métaphysicien, Schopenhauer nous paraît ici montrer la voie à la psychologie expérimentale qui a beaucoup à faire dans ce sens. « Un botaniste, dit-il, sur une seule feuille reconnaît toute la plante; Cuvier avec un seul os reconstruit l'animal entier; on peut de même avec un seul acte caractéristique, obtenir la connaissance exacte du caractère d'un homme. »

Il distingue dans tout homme le caractère intelligible, le caractère empirique, et le caractère acquis. La distinction des deux premiers est, comme on le sait, duo à Kant.

Le caractère intelligible, c'est l'individu dans son cssCy comme chose en soi, en dehors des formes de l'intuition. Le curieux, c'est que Scliopenhauer admet s.ans l'cx[)li-

i. Pnrergn unrl Parnlipnmrn.i, II, ? '17.

quer que l'individualité est supérieure aux phénomènes et peut exister sans eux ; « L'individualité ne repose pas seulement sur le principe d'individuation ; et par suite elle n'est pas entièrement un pur phénomène; mais elle a sa racine dans la chose en soi, dans la volonté de l'individu; car son caractère même est individuel. Jusqu'à quelle profondeur va cette racine? Cela appartient à un ordre de questions auxquelles je n'entreprends nas de répondre *. »

Le caractcr-^ empirique est la manifestation du caractère intelligible. C'est au sens ordinaire du mot, la marque propre à chaque individu. Quoique supérieur à riutelligence, il n'arrive que par elle à la conscience. « L'influence que la connaissance, comme médium des motifs a, non sur la volonté elle-même, mais sur sa manifestation par des actes, est la principale base des différences entre les actes de l'animal et ceux de l'homme: le mode de la connaissance diffère dans les deux cas; l'animal n'ayant que des intuitions ; l'homme, grâce à la raison, ayant des concepts abstraits. Quoique l'homme et l'animal soient déterminés par les motifs avec une égale nécessité, l'homme a sur l'animal la supériorité de pouvoir délibérer: ce qui dans des actes individuels a été souvent pris pour un libre arbitre de la volonté ; quoique ce ne soit qu'un conflit entre plusieurs motifs, dont le plus fort cause une détermination nécessaire.^»

Le caractère acquis est « celui qui s'obtient dans lo cours de la vie, par le commerce du monde et dont on veut parler, quand on loue un homme d'avoir du caractère, quand on blâme un homme de n'en pas avoir. A la vérité, on pourrait penser que le caractère empirique, comme manifestation du caractère intelligible est immuable et, comme tout phénomène de la nature, conséquent avec lui-même ; que l'homme aussi doit paraître

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