‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 51 sur 97 · Revue des Cottrs scientinqups du 20 juillet · texte numérisé non relu

Revue des Cottrs scientinqups du 20 juillet

It'g LA PHILOSOPHIE DE SCHOPENHAUER

turel, de surhumain, qu'elle finit par en faire toute

autre chose que l'art L'art est un objet de luxe,

les Allemands en font une religion, et leurs artistes sont à l'unisson des théoriciens. La plupart d'entre eux, peintres ou musiciens, se croient investis d'un sacerdoce, et se posent en révélateurs du vrai et du bien. »

L'idée platonicienne, identifiée tant bien que mal avec < la chose en soi », fait irruption d'une manière si inattendue qu'elle a trop l'air d'un expédient. < L'idée, dit Schopenhauer, est l'objectivité immédiate de la volonté, à un degré déterminé » {au/ einer bestimmtea Stufe). Il semble que cela veut dire qu'elle tient le milieu entre le monde de la réalité et celui de l'apparence. Mais cette existence intermédiaire est-elle facilement compréhensible ? est-elle surtout justifiable ? Schopenhauer se borne à l'afïïrmer, en nous laissant le soin de le croire sur parole. Cette esthétique ressemble trop franchement à un roman métaphysique. Aussi, sans insister sur la critique, essayons plutôt de la comprendre en elle-même et de voir comment elle prépare la morale.

Remarquons d'abord qu'elle réclame, comme condition préalable, la possibilité de perdre en une certaine mesure sa personnalité. La morale, elle, demandera la perte absolue dans la sympathie universelle. « La conscience, dit Schopenhauer, a deux côtés : la conscience de soi, la conscience des autres choses. Toutes deux sont en raison inverse l'une de l'autre. » C'est de cette vérité de fait qu'il part pour établir < sa contemplation pure du sujet de la connaissance. • Il semble bien que cette contemplation en dehors des formes du temps, de l'espace et de la causalité, n'est guère qu'une façon mystique de dire ce que tout le monde sait : que la production et même la jouissance esthétique sont à un haut degré impersonnelles. Si cette contemplation sub specie œternitatis n'est qu'une métaphore ; elle se comprend.

Mais si elle doit être prise au sens strict, elle est peu logique. En effet, la contemplation esthétique est un acte d'intelligence : alors comment peut-elle être en dehors du temps, de l'espace et de la causalité? l'intelligence, sans ses formes, n'est plus l'intelligence, c'est la volonté. L'intelligence n'est qu'une faculté dérivée ; si elle disparaît que reste-t-il ? La chose en soi, la volonté. Enfin ce qui augmente encore la difficulté, c'est que Schopenhauer répète sans cesse que l'art est un affranchissement, une libération momentanée du joug de la volonté. — Ici donc nous sommes dans un tissu de contradictions, ou bien la pensée vraie de Schopenhauer nous échappe. J'incline à croireque pour la comprendre, il faut avoir recours à la morale. Rappelons-nous que pour Schopenhauer, comme pour la philosophie indienne, la libération, but suprême, ne peut être atteinte que par la science. L'intelligence, toute secondaire qu'elle est, est donc l'unique m.oyen de salut. Pour cela, il faut que s'élevant au-dessus des apparences et delà diversité, elle atteigne « la chose en soi, étrangère à toute pluralité et même à l'unité ». Mais l'art ne parvient pas jusqu'à ce but suprême, il n'en voit que l'ombre ; il ne saisit que les idées " objectivation immédiate de la volonté » non la volonté elle-même. Il ne peut donc donner qu'un semblant de libération. Ainsi interprétée, la doctrine de Schopenhauer, si mystique qu'elle soit, ne semble plus du moins contradictoire ; mais c'est la morale seule qui l'explique.

Il faut reconnaître aussi qu'il a eu le talent de bien montrer que l'idéal ne peut pas être, comme on le conçoit trop souvent, un type abstrait qui serait la plus vide, la plus creuse des conceptions; que tandis que la science cherche des vérités de plus en plus générales et par conséquent de plus en plus abstraites, l'art cherche des types de plus en plus caractéristiques, par conséquent de plus en plus concrets. C'est à notre avis ce qu'il y a de plus de solide dans sa théorie des idées. Remarquons

d'ailleurs en passant que cette théorie dép.issc l'esthétique et qu'elle place Schopenhauer au nombre des partisans de la fixité des espèces. « L'art, dit-il, répète par la contemplation pure des idées éternelles, ce qu'il y a d'essentiel et de stable dans les phénomènes. » La nature ne fait-elle pas de même? L'art et la nature sont donc deux expressions différentes des idées.

En somme, il nous semble que l'esthétique de Sohopenhauer ne tient au reste de sa doctrine que par un lien très mince qui doit être cherché dans la morale, et sa thèse fondamentale pourrait s'exprimer ainsi : la libération se fait par l'intelligence ; elle a deux degrés ; l'art s'arrête au premier; l'ascétisme franchit le second.

Ce qui est vraiment original dans Schopenhauer, c'est sa morale. Rien de semblable avant lui. Sa doctrine diffère de toutes les autres : — par son principe, car elle est aussi indifférente au devoir qu'à l'utile ; — par ses conséquences, puisqu'au lieu de nous dire comment agir, elle cherche les moyens do ne pas agir. Avec sa prétention d'être purement spéculative, avec son pessimisme, sa palingénésie, son nirvana, elle se dresse devant le lecteurcomme une énigme inquiétante. On a cru l'expliquer en disant, « qu'elle nous donne le triste spectacle d'une morale sans Dieu ». Mais c'est oublier un peu vite que le stoïcisme, certaines écoles utilitaires et la morale indépendante, qui sont libres de toute attache théologique, n'ont abouti à rien de pareil.

Schopenhauer prétend la déduire d'une théorie métaphysique du plaisir et do la douleur. Tout est volonté ; la volonté dans tout être sentant est désir inextinguible, besoin rarement satisfait : essentiellement donc tout être est douleur, le i)laisir n'est qu'un état négatif

Rien n'est plus contestable que cette thèse. L'état positif pour l'être sentant, est-ce le plaisir, est-ce la douleur, est-ce un état d'inditïerence, un Nallpunkt entre les deux ? Il est impossible de le dire, et la seule chose certaine, c'est que la théorie du plaisir et de la douleur est encoreàfaire.Quepenserdonc d'une morale construite sur une base si chancelante et n'est-ce pas encore un nouvel indice du tempérament métaphysique de Schopenhauer que cette légèreté à se passer de la preuve ? Il ne sait pas se résigner à douter assez longtemps. Sans remonter jusqu'à Aristote qui avait déjà fait valoir de bonnes raisons contre cette thèse que tout plaisir est négatif, je me bornerai à faire remarquer que le plus célèbre des disciples de Schopenhauer, Hartmann, a écrit tout un chapitre pour combattre « la théorie de la négativité du plaisir » en s'appuyant sur les plaisirs que procurent l'art, la science, les saveurs exquises qui ne sont la négation d'aucune douleur. Et quoique Hartmann soit arrivé aux mêmes conclusions que son maître, il a essayé au moins une autre méthode, qu'on pourrait appeler méthode d'évaluation et qui se réduit à ceci : Etant donnée la somme des biens et des maux qu'il y a dans le monde, déterminer de quel côté penche la balance,

La vérité c'est que l'origine de la morale de Schopenhauer doit être cherchée dans son caractère bien plus qu'ailleurs. Nous trouvons là un bel exemple de cette métaphysique toute subjective, toute personnelle, qui est, comme le disait Gœthe, « le vivant reflet de nos humeurs ». Dès sa jeunesse, Schopenhauer est dépeint dans les lettres de sa mère, comme ombrageux, obstiné, renfrogné, bizarre ; et il resta tel toute sa vie, sans que rien dans les circonstances extérieures puisse expliquer sa misanthropie. Car il possédait l'indépendance, la santé, la richesse : il attendit longtemps la gloire ; mais d'autres l'ont attendue toujours et, n'ayant obtenu qu'une renommée posthume, ont eu toutes les souffrances du génie sans sa gloire. Et s'il l'attendit, c'est que, trop dédai-

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gneux OU trop coiiteinpIaLif, il rel'usa de faire vers elle le premier pas. Quand il parait déduire sa morale de sa théorie de la douleur, c'est donc une satisl'actiou philosophique qu'il se donne ; mais comme beaucoup d'autres métaphysiciens, il fait semblant de chercher ce qu'il a trouvé d'avance et il ne prouve que ce qu'il veut croire. Toutefois, il est juste de remarquer que cette conception pessimiste du monde n'est pas un fait isolé dans rAllemagne contemporaine. Les lamentations de Schopenhauer sur les misères delà destinée humaine ne sont pas restées sans écho. On vient de publier une « exposition populaire •> de sa philosophie ; et Hartmann sans admettre, comme son maître, que le monde est aussi mauvais qu'il ])eut l'être, trouve, après avoir établi la balance entre les biens et les maux, que les maux l'emfiortent. Et il l'a fait avec un talent incontestable, sans défaveur auprès du public ', Sa thèse est exposée sous une forme méthodique qui lui ôte même l'apparence d'une boutade. D'après lui, ce n'est que par une illusion profonde que le bonheur a pu être regardé comme le but auquel le monde peut aspirer. Dans cette recherche décevante l'humanité a parcouru trois périodes, «trois stades d'illusion » sans s'apercevoir qu'elle poursuit un mirage. La première période, celle de l'antiquité juive, grecque et romaine, a considéré le bonheur comme pouvant se réaliser dans le monde tel qu'il existait alors et pour l'individu, dans sa vie terrestre. La deuxième période, celle du christianisme, «t du moyen âge, l'a clierclié pour l'individu, mais dans une vie transcendante dont on ne j'eut jouir qu'après la mort. La troisième période, qui est la nôtre, place le bonheur dans l'avenir, mais sur la terre : il sera réalisé dans le développement futur du monde. Hartmann s'est a-harné à détruire ci's trois illusions, en faisant remarquer que la philosophie

1. Diiis ua Philosophie dea Unbewusslen dont la première édit estd-: 1»09

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ne cliercl)e qu'une chose : la venté, sans s'inquiéter de savoir si elle s'accotde avec nos chimères. »

Cette tendance pessimiste se Vouve déjà en germe chez Schelling, comme Hartmann l'a fait remarquer'. Ce n'est donc pas un fait isolé, un cas rare; et quoique Scliopenliauer en ait été l'interprète le plus sincèrb et le plus original, parce que cette doctrine ne faisait que traduire son caractère, il faut reconnaître qu'elle soulève un problème psychologique curieux, qui dépasse la personnalité de Scliopenliauer.

Comment l'expliquer ? D'abord on peut se risquer à dire que la poésie blasée et désolée du commencement de ce siècle n'a pas été sans influence sur cette philosophie. Scliopenliauer est nourri de la lecture de lord Byron et de Lamartine et il les cite à cluuiue instant. Et comme c'est le propre des poètes de tout pressentir et de tout devancer, on pourrait dire que de nièine qu'ils ont fait une morale avant les moralistes, une psychologie avant les psychologues, ils ont fait un pessimisme avant les théoriciens pessimistes.

Mais il y a des raisons plus profondes qui doivent être cherchées dans la philosophie môme, chez Kant dont toute la spéculation allemande procède. La Critique de In raison pure aboutissait à cette conséquence : qu'il faut ou se confiner dans l'expérience ou tenter d'en sortir par l'idéalisme absolu. Et cette tentative ayant échoué avec Ficlite, Schelling et Hegel, il fallut bien renoncer à l'absolu, se résigner à regarder « la chose en soi» comme iiicoiniaissable et inaccessible. A des esprits avides de longs voyages, il fallut rester cloués dans des bas-fonds obscurs, sans écha|)pée, sans horizon. Celte séquostra-

1. Pliilnuophie des Unbewusslcn, p. 2;)3. Voici quelques-uns des passages cilés par Hartmann. « Angst ist die Gruiuiimpliiiduns jedes leljenilen ("iescho[)fes. — Schmerz ist eiwas Aligemeines und iiolliwuiiili^es in ;ilkun Ltben. — Aller Sclinicrz koniint riur vcm ilfjii Suin.— Die Ihinilie des unublassigeii Woliens urul lii'gelireiis, \uii dein jtjtliis Uiiôi-liu-c'' gelrieben wird, im uu sich i-cibii die

Lll3Cii'KCll. •

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tiou était-elle possible sans un premier moment de désespoir et d'étouffement? On se sentait condamné à C3nserver ses désirs en perdant ses espérances.

Les recherches scientifiques de tout ordre contribuaient encore à augmenter ce désenchantement métaphysique, né delà Critique de Kant. Le propre de toute science véritable c'est de remettre l'homme à sa place et de l'empêcher de se croire le centre du monde, comme il y tend toujours. On a fait remarquer que les découvertes de Kopernik et de l'astronomie moderne ont eu une grande influence sur les croyances religieuses, eu faisant rentrer notre terre dans le chœur des planètes et on montrant le peu qu'elle est. Au point de vue métaphysique, n'y aurait-il pas là aussi des conséquences à tirer, dont on s'est préoccupé assez peu ? Mais sans insister sur cette grosse question, observons que c'est contre l'idée de progrès, de tendance vers le mieux, que les pessiinistes se sont acharnés. Schopenhauer le nie ; pour lui toute l'histoire de l'humanité tient en deux mots : Eadem sed aliter. Cette idée de progrès qui a été la foi du xvm* siècle, a fini par entrer dans tous les esprits, par devenir une monnaie courante, si bien qu'on n'aperçoit pas toujours ce qu'il y a de vague et de problématique, dans la conception d'un progrès à l'infini. Pourtant nous ne trouvons rien dans l'expérience qui la justifie. Ni les individus, ni les familles, ni les peuples n'ont un progrès sans fin. Quelle raison avonsnous donc de croire que l'humanité, et môme l'univers aient ce privilège? L'analogie, appuyée sur les faits, conduit à la conclusion contraire. Aussi voyons-nous les partisans les plus décidés do la loi d'évolution, entre autres M. Herbert Spencer (dans le dernier chapitre de ses Premiers principes), s'appuyer sur les lois physiques, pour prévoir un moment où le développement de notre univers doit avoir un terme « et subir une transformation inévitable qui ne peut se faire sans ramener les uiasses à une forme nébuleuse >. D'un autre côté, les

CONCLUSION tOtê

sciences sociales ne nous montrent rien qui ressemble à un porfectionnement sans fin de l'espèce, dans l'ordre moral. 11 semble au contraire que la civ^ilisation, à force de grandir, constitue positivement un état morbide où l'humanité ne sachant plus que raffiner, se surmener et s'épuiser, finit par périr sous l'excès de ses propres richesses. Tout n'est donc pas paradoxal dans ces plaintes de Schopenhauer et de ses disciples *. Ils représentent la réaction contre l'opinion courante, dont l'excès d'optimisme n'est qu'un défaut de réflexion. Comme toute réaction, elle va trop loin. Prise à la lettre, elle aurait le danger d'introduire chez nous le nirvana bouddhique, l'ataraxie complète de l'Orient. Mais il n'y a aucun péril de ce côté, et il nesemblepas que notre monde ait grand souci de vivre dans la contemplation. La vie lui apparaît, telle qu'elle est, ni bonne ni mauvaise — plutôt bonne : l'humanité prise en masse est de l'avis de Leibniz. Quant aux raisons théoriques de ce découragemont, s'il est dur pour l'esprit humain d'être chassé de l'absolu, peut-être s'en consolera-t-il plus tard, en reconnaissant combien le domaine de l'expérience est vaste et inexploré et combien il est inutile de chercher ailleurs l'incûnnaissable, qui le pénètre tout entier.

Ce fonds inépuisable de mauvaise humeur, cette tendance à imprimer sur toute chose sa personnalité, qui impose trop souvent aux théories de Schopenhauer une forme subjective, anti-scientifique, donne en revanche à son style un mérite incontesté. Ses ennemis les plus déclarés le reconnaissent. Dans beaucoup de passages. il doit être lu cuaune les grands écrivains, pour les idée^ qu'il suggère, non pour les vérités positives qu'il révèle. Beaucoup de gens peu soucieux de pliilosophie se ])lai-

I.M. Zeller dans sa récente Geachichte der deutachen PhUoiophie Mûnchen. 1872, s'abstine pourtant à n'y voir (ju'uu paradoxe spirituel. V. p «ys.

sent à cette lecture qui est pour eux une matière à penser, ii en reste une impression analogue à celle que laissent Vauvenargues ou Chamfort, souvent même Heine ou Byron. Il n'est allemand ni par l'esprit ni par le style. Son style, en effet, est assez difficile à caractériser, parce qu'il est complexe. Ce n'est ni la manière noble, éloquente et solennelle, dont notre Cousin est le modèle, ni la bonhomie spirituelle de Locke et des Ecossais qui enchâssent leurs petits faits dans un style simplement élégant ; mais c'est à la façon des moralistes, une profusion do pensées, de traits piquants, ingénieux, souvent poétiques, jetés sur une trame métaphysique qui leur sert de lien. A cet égard rien n'est plus instructif que de comparer Schopenhauer à Fraueustaedt. L'exactitude philosophique du disciple est parfaite ; mais tout ce qu'il y a, dans le raaitre, de fin et d'original a disparu. C'est toute la dilïérence de Charron à Montaigne : encore est-ce faire tort à Charron qui est méthodique, tandis que Fi'auenstaedt l'est moins que son maître en réalité.

11 y a en Schopenhauer un philosophe et un penseur, un systématique et un moraliste : il vaut surtout comme moraliste. Quand on Ut les grands métaphysiciens, Schelling ou Hegel, on éprouve, même sans croire à leurs hypothèses, une impression puissante comme celle que donne la grande poésie. On se sent sur une haute montagne, dans un air très rai'éfié, à peine respirable, mais en vue d'un immense horizon. Avec Schopenhauer, rien de pareil ; son originalité esidans le détail, non dans l'ensemble. Il ne donne pas à un esprit philosophique un puissant ébranlement. C'était d'ailleurs sa prétention de n'être pas un systématique, mais d'avoir une philosophie faite au jour le jour, d'après les hasards do l'expérience, buii originalité véritable consiste à avoir réuni dans son caractère les traits les plus discordants. Au fond, c'est un homme du xviu" siècle, anglais ou français, contemporain de Hume et de Voltaire, de Vauvenargues et do Diderot. Comment a-t-il pu etro en ''^léme temps un rai-

santhrope farouche et un bouddhiste contemplatif? T..« même homme qui vient d'injurier Hegel dans le style le plus pittoresque, écrit des pages qui semblent détachées de la Bhagâcad-GUa. Sceptique naturaliste, comme le siècle dernier, il ressemble, dans son quatrième livre, au contemplatif pur dont Emerson a tracé ce beau portrait . « Tout fait appartient d'une part à la sensation et de l'autre à la morale; et tout homme naît avec une prédisposition pour l'un ou l'autre de ces deux côtés de la nature. Les uns possèdent la perception de la différence, et vivent familièrement avec les faits et les surfaces, les cités et les individus : ce sont les hommes d'action. Les autres ont la perception de l'identité ; ce sont les hommes de foi, les philosophes, les hommes de génie. Ils ont reconnu en certains moments que l'àme bienheureuse porte virtuellement en elle toutes les choses et tous les arts, et ils se disent : à quoi bon nous embarrasser de réalisations superflues ? ■

Aux disciples que Schopenhauer compta dans ses derniers jours, d'autres sont venus s'ajouter depuis sa mort. Hartmann, le plus original et le plus indépendant, a essayé une réconciliation posthume entre Soheliing et Schopenhauer. D'autres comme Asher, Ky, et le physiologiste Rokitansky, ont développé les idées du maitre en ce qui touche à la morale, à l'esthétique et aux sciences naturelles. L'avenir montrera si Schopenhauer avait raison de dire : < Mon extrême-onction sera mon baptême; on attend ma mort pour me canoniser. » Il est certain du moins qu'il vivra comme écrivain et comme moraliste, et que la philosophie vci-ra toujours en lui l'un des principaux théoriciens de la notion de force, qu'il a mise en sommet des choses sous le nom de volonté.

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