Parer^a und Paralipomena, tom. U P
la conduite de Thumanité, il faut bien reconnaître que Jea doctrines métaphysiques, à tort ou à raison, ont un itilérêt de premier ordre.
< L'homme est le seul être qui s'étonne de sa propre e.Mstence * ; Tanimal vit dans son repos et ne s'étonnant de rien. La Nature après avoir traversé les deux règnes mcouscients du minéral et du végétal et la longue série du règne animal, arrive enfin dans l'homme à la raison et à la conscience ; et alors elle s'étonne de son œuvre et se demande ce qu'elle est. Cet étonnement qui se produit surtout en face de la mort, et à la vue de la di'sti'uction et de la disparition de tous les êtres, est la sDLu'ce de nos besoins métaphysiques ; c'est par lui que r homme est un animal métaphysique. Si notre vie était sans fin et sans douleur, peut-être ne serait-il arrivé à personne de se demander pourquoi le monde est, qu'elle en est la nature : tout cela paraîtrait se comprendre de soi-même. Mais nous voyons que tous les systèmes religieux ou philosophiques ont pour but de répondre à cette question : qu'y a-t-il après la mort? et quoique les religions paraissent avoir pour principal objet l'existence de leurs dieux ; cependant ce dogme n'a d'influence sur rhomme qu'autant qu'il est lié à celui de l'immortalité et qu'il en paraît inséparable. C'est ce qui explique aussi pourquoi les systèmes proprement matérialistes, ou absolument sceptiques, n'ont jamais pu obtenir une inlluQnce générale ni durable.
^ Les temples et les églises, les pagodes et les mosquées, dans tous les pays, dans tous les temps, témoignent du besoin métaphysique de l'homme. Il peut se cfpTitenter quelquefois de fables grossières, de contes absurdes ; mais quand on les a imprimés en lui d'assez bonne heure, ils suffisent à lui donner le sens de son existence et à soutenir sa moralité. Qu'on considère par exemple le Koran : ce méchant livre a suffi pour fonder
L Die Welt als Wille und Vorstellung^ tom, 11, chSip. 17.
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une des grandes religions du monde, pour satisfaire depuis 1200 ans le besoin métaphysique d'innombrables millions d'hommes, pour devenir la base de leur morale, 50ur leur enseigner le mépris de la mort, pour leur inspirer l'enthousiasme des guerres sanglantes et des plus lointaines conquêtes. Nous y trouvons la forme la plus plate et la plus pauvre du théisme. Il peut avoir beaucoup perdu dans les traductions; mais je n'y ai pas découvert une seule pensée de valeur. Cela montre simplement que la faculté métaphysique ne va pas toujours do pair avec le besoin métaphysique. Mais à l'origine, l'homme, plus près de la nature, en saisissait mieux le sens : voilà pourquoi les aïeux des Brahmanes, le» Richis, en étaieat arrivés à des conceptions surhumaines, qui ont été plus tard consignées dans les Oupani^ chas.
€ Jamais il n'a manqué de gens qui ont vécu de ce besoin métaphysique de l'homme. Chez les peuples primitifs, les prêtres se sont arrogé le monopole des moyens propres à le satisfaire. Et actuellement encore ils ont le grand avantage de pouvoir inculquera l'homme leurs dogmes métaphysiques, dès sa plus tendre enfance, alors que le jugement n'est pas encore éveillé chez lui ; et ces dogmes, une fois imprimés, si absurdes qu'ils soient, demeurent toujours. S'ils devaient attendre jusqu'au moment où le jugement est formé, leurs privilèges ne pourraient subsister.
€ Une seconde classe de gens qui vivent du besoin métaphysique de l'homme, ce sont ceux qui vivent de la philosophie. On les appelait chez les Grecs sophistes; chez les modernes, ce sont les professeurs de philosophie. Mais il arrive rarement que ceux qui vivent de la philosophie vivent pour la philosophie. Quelques-uns pourtant, comme Kant, ont fait exception.
Comment est satisfait ce besoin métaphysique ? € J'entends par métaphysique ce mode de connais- € sance qui dépasse la possibilité de l'expérience, la na*
< ture, les phénomènes donnés, pour expliquer ce par € quoi chaque chose est conditionnée, dans un sens ou € dans Tautre ; ou, en termes plus clairs, pour expliquer « ce qu'il y a derrière la nature et qui la rend possi- « bld. >
Chez les peuples civilisés, elle se produit de deux manières, suivant qu'elle cherche ses preuves en ellemême ou hors d'elle-même. Les systèmes philosophiques appartiennent à la première catégorie : leurs motifs de croyance sont tirés de la réflexion, du jugement exercés à loisir ; aussi ne sont-ils accessibles qu'à un très petit nombre d'hommes et seulement dans une civilisation avancée. — Les systèmes de la deuxième espèce s'appellent les Religions : leur motif de croyance est, comme nous l'avons dit, extérieur : c'est une révélation qui s'appuie sur des signes et des miracles. Elles suffisent à rimmense majorité des hommes, lesquels sont plus disposés à croire qu'à réfléchir et s'inclinent sous l'autorité. — Entre ces deux formes de doctrines qui s'offrent chacune pour satisfaire les besoins métaphysiques de Vhumanité, il y a une hostilité éternelle, tantôt sourde, tantôt déclarée. Mais tandis que les doctrines de la première sorte ne sont que tolérées^ celles de la deuxième sorte sont dominantes. Quel besoin, en effet, une religion aurait-elle du suffrage de la philosophie ? Elle a tout de son côté : révélation, antiquité, miracles, prophéties, pi otection de l'Etat, rang suprême comme il appartient à la vérité, estime et respect de tous, temples sans nombre où elle est enseignée et pratiquée, légions de prêtres assermentés, et ce qui est plus que tout le reste, l'inestimable privilège de pouvoir imprimer sa doctrine, dès Vàge le plus tendre, chez des enfants pour qui elle devient comme une idée innée. — Dans sa lutte contre ce puissant ennemi, la philosophie a pourtant des alliés : ce sont les sciences positives qui toutes, sans être en hostilité déclarée avec la religion, jettent cependant sur son domaine des ombres soudaines, inattendues.
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Les religions sont donc, en définitive, la métaphysique du peuple : en comprenant ce mot peuple au sens intellectuel, sans acception de rang social ou de fortune» pour désigner tous ceux qui sont incapables de chei^ cher et de penser par eux-mêmes. € La religion est le seul moyen de révéler et de rendre sensible la haute signification de la vie, aux sens grossiers et à la lourde intelligence de la foule plongée dans les occupations ififérieures et le travail matériel. Car l'homme, pris en général, n'a primitivement qu'un désir, la satisfaction de ses besoins et de ses plaisirs physiques. Mais les fondateurs de religions et les philosophes viennent dans le monde pour le tirer de son engourdissement et lui mon* trer le sens élevé de son existence : le philosophe poui le petit nombre et les plus raffinés ; le fondateur de religion pour le grand nombre, pour le gros de l'humanité. Car, comme Ta bien dit Platon, € il est impossible que la foiile soit philosophe. > La religion est la métaphysique du peuple. Il y a une poésie populaire, une sagesse populaire exprimée dans les proverbes, il faut aussi qu'il y ait une métaphysique populaire; car les hommes cnt absolument besoin d'une interprétation de la vie; et elle doit être mesurée à la puissance de leur esprit. De là le vêtement allégorique dont la vérité se couvre. Les diverses religions ne sont que les diverses figures sous lesquelles le peuple essaie de saisir une vérité qu'il ne peut embrasser et se la représente *. >
€ Une preuve de la nature allégorique des religions, c'est que toutes renferment des mystères, c'est-à-dire des dogmes qui ne peuvent se traduire clairement. De là vient qu'elles n'ont pas besoin, comme la philosophie, de donner leurs preuves. Mais en même temps, elles n'avouent jamais leur nature allégorique, et elles soutiennent qu'elles doivent être tenues pour vraies au sens propre. Il n'y a cependant, au fond, d'autre révéla-