‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 144 sur 539 · Epistoln r.lV, Sectnrio (409), cap. i · texte numérisé non relu

Epistoln r.lV, Sectnrio (409), cap. i

DE LA FIN DE l'aME. 923

if Ktre^ c'est naturellement une si douce chose, que les misérables mêmes ne veulent pas mourir, et quand ils se sentent misérables, ce n'est pas de leur être, mais de leur misère qu'ils souhaitent Tanéantissement. Voici des hommes qui se croient au comble du malheur, et qui sont, en effet , très-malheureux , je ne dis pas au jugement des sages, qui les estiment tels à cause de leur folie, mais dans l'opinion de ceux qui se trouvent heureux, et qui font consister le malheur des autres dans rindigence et la pauvreté; donnez à ces hommes le choix de demeurer toujours dans cet état de misère sans mourir, ou d'être anéantis, vous les verrez bondir de joie et s'arrêter au premier parti. J'en appelle à leur propre sentiment. Pourquoi craignent-ils de mourir et aiment-ils mieux vivre misérablement que de voir finir leur misère par la mort, sinon parce que la nature abhorre le néant? Aussi, lorsqu'ils sont près de mourir, ils regardent comme une grande faveur tout ce qu'on fait pour leur conserver la vie, c'est-à-dire pour prolonger leur misère. Par où ils montrent bien avec quelle allégresse ils recevraient l'immortalité, alors même qu'ils seraient certains d'être toujours malheureux. Mais quoi ! les animaux mêmes privés de raison, à qui ces pensées sont inconnues, tous, depuis les immenses reptiles jusqu'aux plus petits vermisseaux, ne témoignent-ils point, par tous les mouvements dont ils sont capables, qu'ils veulent être et qu'ils fuient le néant? Les arbres et les végétaux, quoique privés de sentiment, ne jettent-ils pas des racines en terre, à proportion qu'ils s'élèvent dans l'air, afin d'assurer leur nourriture et de conserver leur être? Enfin, les corps bruts, tout

privés qu'ils sont de sentiment et môme de vie, tantôt s'élancent vers les régions d'en haut, tantôt descendent vers celles d'en bas , tantôt enfin se balancent dans une région intermédiaire, pour se maintenir dans leur être et dans les conditions de leur nature *. »

Or, aimer l'être, n'est-ce point aimer l'immortalité? L'homme nourrit donc le désir, l'espérance d'être immortel , et ce désir comme cette espérance sont figurés dans la nature entière par les alternatives du sommeil et de la veille, de la défaillance et du renouvellement.

A coup sûr, ce n'est pas un fait indifférent que cet amour de l'être qui se manifeste chez toutes les créatures, et que cette universelle attente d'immortalité. Mais n'y a-t-il pas des preuves précises qui établii-sent que l'âme est immortelle?

En premier lieu, le corps ne peut être anéanti. Comment l'âme, qui est supérieure au corps, pourrait-elle être anéantie? L'âme n'est pas le tempérament du corps ^. L'âme ne peut pas être changée en corps'. Conséquemment, quoique Tàme, par sa substance, tende au défaut et au manque d'être, pour cela elle ne périt pas^.

En second lieu, l'âme qui ne peut être privée de l'être, ne pourrait-elle pas, du moins, être privée de la vie? Non, répond Augustin. Effectivement, on appelle mort tout ce qui est abandonné par la vie, et on entend par là tout ce qui est abandonné par l'âme. Or cette vie qui abandonne tout ce qui meurt, parce qu'elle

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