De Genesi ad Litleramt Hb. IV, cap. ii
3 De Diviyrùs Quxitioniùut LXXXUI , quaest. xxx.
Il y aurait une erreur presque puérile k croire que Dieu, après avoir créé le monde, fût rentré dans un repos, d*où il serait sorti pour produire la création. D'une part, Dieu est tout agissant, et son acte est acte pur. D'autre part, sans l'acte continué de Dieu, le monde, qui a été créé par cet acte , cesserait d'être.
Ainsi n'allons point imaginer u que Dieu opère à la manière de l'homme ou de l'ange, avec des mouvements de l'àme ou du corps qui se produisent dans le temps. Il opère par les raisons éternelles, immuables et fixes de son Verbe coétcrnel, à quoi s'ajoute, si Ton peut ainsi parler, l'inspiration féconde de son Saint- Esprit coéterneP. »
« Il y a dans son opération une continuité , par où il contient et régit toute créature... Pour quiconque est attentif, c'est évidemment cette continuité même d'opération qui donne aux choses l'harmonie qui nous charme, qui fait en elles leur incomparable et ineffable, et si l'on peut le comprendre , leur stable mouvement. Supprimez cette continuité, ce mouvement cesse; et que ce mouvement cesse, les choses aussitôt périront... C'est pourquoi, nous croyons et affirmons que Dieu opère sans cesse dans ses créatures. De ce qu'on dit en effet qu'il a la vie en lui-même, il ne s'ensuit pas que
J. De Genesi ad Litteram^ lib. I . cap. iviii.
nous soyons en lui comme sa substance. Mais comme nous sommes autre chose que lui, nous sommes en lui parce qu'il opère cela même , et que par son opération il contient toutes choses. D'où il résulte que s'il retirait aux choses sa coopération, nous n'aurions ni vie, ni mouvement, ni élre ^ »
Dieu, en un mot, opère sans cesse, et la continuité de son action fait seule la permanence et la subsistance des êtres ^. Il est toujours en repos, et néanmoins son action embrasse toutes choses ^ Il est toujours le même, et, dans son immutabilité, administre tout ce qui est^. Dieu est Providence. C'est ce que déclare l'Écriture lorsqu'elle enseigne qu'il n'y a pas un passereau qui tombe sur la terre, sans la volonté de Dieu, et que Dieu donne un vêtement splcndide à l'herbe des champs, qui bientôt servira de litière. Elle signifie clairement par là que, non-seulement toute cette partie du monde corruptible et périssable est régie par la divine Providence , mais jusqu'aux êtres les plus vils ^.
Sans doute il y a des hommes qui rejettent ces témoignages. Il leur semble que ce monde n'est point gouverné par la Providence, mais livré au hasard. On les entend argumenter, atout propos, soit de l'inconstance des saisons, soit de la disproportion qui se rencontre entre les mérites des hommes et leur bonheur ou leur infortune.