‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 101 sur 181 · Noies sur V Angleterre, p · texte numérisé non relu

Noies sur V Angleterre, p

varient d'après le milieu et le climat physique, de même lorganisation sociale des peuples doit varier d'après les exigences du climat moral. Dans les deux cas, la nature opère par sélection, ne laissant subsister et durer que les espèces qui se sont adaptées. Les lois de l'organisation sociale ne seront donc pas les mêmes dans tous les cas ; il y aura des études spéciales à faire pour chacun d'eux. Il est cependant, d'après Taine, quelques lois très générales qui se vérifient partout ; à ce titre, elles rentrent dans le cadre d'une élude générale sur les institutions sociales.

Ces lois se résument ainsi : les pays d'organisation démocratique sont dans un état d'infériorité vis-à-vis des pays d'organisation aristocratique. Taine prétendait induire cette conclusion d'une expérience plusieurs fois renouvelée.

« Sans aristocratie, une civilisation n'est pas complète ; il lui manque les grandes vies indépendantes, largement développées, affranchies de tout souci mesquin, capables de beauté comme une œuvre d'art. Quelqu'un a dit :

« Guerre aux châteaux, paix aux chaumières! » Je crois qu'il vaudrait mieux dire : « Paix aux chaumières et aux châteaux ! » Proud'hon sou-

haitait voir la France couverte de petites maisons propres, dans chaque maison une famille demi-villageoise et demi-bourgeoise, alentour un petit champ et un jardin, tout le sol ainsi réparti ; partout du travail, de Tégahté, de Tafsance et des potagers. Au point de vue de l'historien c'est le vœu d un maraîcher; s'il n y avait plus que des légumes la campagne serait bien laide. Je n'ai pas de parc, et pourtant mes yeux sont contents d'en voir un ; seulement, il faut qu'il soit accessible et bien gouverné. Il en est de même des grandes vies ; elles font parmi les petites l'office des parcs parmi les jardinets et les cultures. L'un fournit les arbres séculaires, les pelouses de velours, la délicieuse féerie des fleurs accumulées et des poétiques avenues.

•L'autre entretient certaines élégances de mœurs et certaines nuances de sentiments, permet la grande éducation cosmopolite, nourrit une pépinière d'hommes d'Etat ^. »

L'aristocratie constitue donc une classe indispensable au bon fonctionnement de nos sociétés civilisées ; ses membres n'ont pas leur horizon borné par les exigences d'un métier, ils sont plus indépendants que ceux qui luttent constam-

1 Notes sur VAngleterre, p. 208. — Les Origines. La Révolution, T. I.

ment pour conquérir une situation ; ils sont donc plus aptes à assumer les besognes politiques qui exigent de l'indépendance et des loisirs.

Assurément, Torganisation aristocratique ne va pas sans inconvénients :

« Naturellement, un pareil cercle est fermé et maintient strictement ses limites ; l'institution aristocratique, comme toutes les autres, a ses inconvénients. Thackeray, dans tous ses écrits, a décrit et raillé amèrement ce système de clôtures sociales, l'effort des inférieurs pour s'introduire et des supérieurs pour se barricader ^.))

Mais, à tout prendre, ces inconvénients sont minces à côté de ceux qu'entraîne l'organisation démocratique ; l'exemple de la France est concluant à cet égard.

«-Une société est comme un jardin : on l'aménage pour lui faire rendre des pêches, des oranges, ou des carottes et des choux. La nôtre est tout aménagée en faveur des choux et des carottes. L'idéal, c'est que le paysan puisse manger de la viande et que mon cordonnier ayant amassé trois mille francs de rente, puisse envoyer son fils à l'école de droit. Mais les hommes distingués n'atteignent rien d'éminent...

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