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Carnets de Voyage, pp

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qu'eux pour les exercer conformément aux intérêts de toute la nation. Mais, à ces attributions essentielles, des attributions accidentelles viennent parfois s'ajouter. Les pouvoirs publics s'en emparent ou en sont investis, peu importe, dans les deux cas, ils interviennent ait delà de leurs limites naturelles. C'est ce nombre plus ou moins grand d'attributions accidentelles qui constitue l'interventionisme de l'Etat, et c'est à ce point de vue, que les formes de gouvernement se différencient réellement. Aussi, la monarchie absolue est-elle très voisine de la démocratie absorbante. Dans les deux régimes, l'Etal se trouve être le bénéficiaire d'un nombre presque pareil d'attributions accidentelles. Les noms de monarchie absolue et de démocratie absorbante ne sont que des étiquettes désignant le titulaire des attributions de l'Etat ; dans le premier cas, c'est un monarque qui s'en est emparé, dans le second, c'est une réunion de plusieurs chefs qui en ont été officiellement dotés.

Il en est de même des autres appellations :

aristocratie, théocratie, oligarchie, monarchie constitutionnelle... ; elles ne désignent que les titulaires des attributions d'Etat. Ce qui, en fait, distingue ces différents régimes, c'est le nombre d'attributions accidentelles dont ils bénéficient.

Et, à ce point de vue de rintervenlionisme de rEtat, nous disons qu'il y a deux régimes, deux types extrêmes de gouvernement : celui de la centralisation à outrance ou de Tinterventionisme absorbant, et celui de la décentralisation ou de l'interventionisme réduit à son strict minimum. Or, rhistoire nous apprend que les diverses formes de gouvernement s'accompagnent d une organisation sociale d'autant moins parfaite que rintervenlionisme de l'Etat est plus absorbant ; d'où il semble qu'on puisse déduire cette loi d'équilibre social : la perfection de l'organisation sociale est en raison inverse du quanium de l'interventionisme de l'Etat.

C'est là, croyons-nous, le résumé des enseignements qui se dégagent de l'étude de Taine sur l'organisation sociale et politique d'une nation. Fidèle aux principes de son évolutionisme -déterministe, il s'est évertué à démontrer que chacun des deux régimes, centralisation et décentralisation, est le produit d'un concours de -circonstances propres à chaque peuple à un moment de son évolution historique ^ — hasard ;heureux, si ce concours amène l'un des régimes, hasard regrettable s'il amène l'autre : car

1, Essais de Critique. M. Troplong et M. de Montalembert, pp. .324-325.

le régime de la décentralisation est la source d'immenses avantages, celui de la centralisation à outrance est la cause d'énormes inconvénients. Le type de ce dernier est le régime instauré en France depuis 1791.

Les circonstances dont le concours a provoqué l'appariton de ce régime en France, sont, les unes politiques, les autres sociales.

Les circonstances politiques dataient de loin ; depuis la fin du XVP siècle, les rois de France avaient constamment cherché à rassembler à portée de leur main les innombrables rouages qui conditionnent le fonctionnement de la machine gouvernementale ; bientôt, ils étaient arrivés à mouvoir celle-ci sans aucun contrôle ; l'absolutisme de leur pouvoir ne rencontrait aucun obstacle ; ils avaient réalisé peu à peu l'unification politique et la centralisation administrative. Mais ces circonstances politiques n'auraient pu amener le régime instauré en France à la fin du XVIIP siècle, si elles ne s'étaient rencontrées avec des circonstances sociales pour susciter, de concert avec elles, l'avènement du régime de la centralisation à outrance.

Et ces circonstances, sociales par leur aboutissement, mais intellectuelles et morales par leur origine, se résument dans l'influence exer-

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cée par la philosophie du XVIIP siècle. Les découvertes scientifiques faites au cours du siècle, eurent, comme conséquence immédiate, un changement radical dans la manière de voir et de juger les hommes et les choses. Auparavant, le point de vue d'après lequel on les envisageait, et notamment la question capitale de Torigine de l'homme, c était le point de vue de la Révélalion ; maintenant, fort de Tacquis scientifique on se place au point de vue opposé, celui de l'observation pure ^ %

Aux découvertes scientifiques incomplètes qui déterminèrent cette volte-face, on appliqua le moule classique, c'est-à-dire, cet outillage vieillot et usé de raisonnements abstraits, de généralisations vagues, de belles phrases vides et de grands mots creux. On retrouve ici cette forme d'esprit qui fît, par toute l'Europe, l'âge classique : c'était (( l'indépendance de la raison raisonnante, qui, écartant l'imagination, s'affranchissant de la tradition, pratiquant mal l'expérience, trouve dans la logique sa reine, dans les mathématiques son modèle, dans le discours son organe, dans la société polie son auditoire, dans les vérités nuageuses son emploi, dans

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