Paul Bourget, Les deux Taine, loc. cit., p. U
2. L. Dimier, Les malires de la contre-révolution au XIX* siècle. Paris, Nouvelle librairie nationale, 1907, p. 188. — Cf. D. Parodi, Traditionalisme et positivisme. Reloue de synthèse historique. Paris, 1906. T. Xm, pp. 265 et sq.
lorsque ses principes de philosophie sociale ins-pireronl encore les esprits et les œuvres de^ générations à venir. La théorie des milieux ne trouve plus de défenseurs ; quelques-uns s^eo serviront peut-être encore comme d'un « meuble à compartiments » selon le mot de M. Anatole France ; Testhétique de Taine subit de la part de plusieurs écrivains allemands des critiques sévères et dont plusieurs paraissent décisives ; ses mérites d'historien sont contestés par M. Aulard et l'école nouvelle ; sa psychologie a été dépassée et on Toublie. Seule sa philosophie sociale trouve encore d'ardents défenseurs. Nous dirions volontiers que seule, elle mérite d'en trouver. Le traditionalisme par positivisme est sans doute trop formaliste quand il exige le maintiens des institutions dans les formes mêmes où elle» ont toujours été pratiquées — ces formes doivent nécessairement varier selon les exigences de l'évolution historique — mais le traditionalisme inspiré par Taine, en tant qu'il prêche le maintien d'une tradition de Vesprit des institutions, constitue un principe d'économie sociale éminemment fécond en résultats précieux. En entendant de cette façon l'influence durable que peut conserver 'l'œuvre de Taine, nous ferions volontiers nôtres ces mots que M. de Vogiié-
écrivait au lendemain de la mort du grand penseur :
« Attendons encore un peu ; j ai la ferme confiance que Faction intellectuelle de Taine, considérée dans sa résultante apparaîtra bonne ef saine, utile surtout par les destructions nécessaires qu'on lui doit. D'ailleurs, et c est là le* grand point, une thèse, même aventurée, une idée, même erronée, ne sont jamais malfaisantesquand elles sortent d une source parfaitemçnf pure ; c est toujours à la source, à l'intention de" rhomme que nous remontons dïnstinct ; si elle est sincère, véridique, désintéressée, on oubliera, on corrigera les idées, il ne restera quer réternelle leçon, le bienfaisant exemple d'unebelle âme cherchant le vrai *. »
A mesure que les années s écoulent, on cor-rige et on oublie ; il ne restera bientôt de l'œuvre de Taine, que ses portions saines et utiles, perpétuant à travers les générations futures le' souvenir de cette grande figure, de cette noble âme, dont les vertus intellectuelles trouveront encore des imitateurs, quand l'oubli aura enve^ loppé ses idées téméraires et ses principes erronés.