‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 91 sur 181 · Derniers Essais de Critique. Madame d'Aulnoy, p · texte numérisé non relu

Derniers Essais de Critique. Madame d'Aulnoy, p

turelle et Thisloire humaine se poursuit ici rigoureusement.

« Les naturalistes établissent que dans une espèce vivante les individus qui se développent le mieux et se reproduisent le plus sûrement sont ceux qu'une particularité de structure adapte le mieux aux circonstances ambiantes ; que dans les autres les qualités inverses produisent des effets inverses ; que le cours naturel des choses amène aussi des éliminations incessantes et des perfectionnements graduels ; que cette préférence et cette défaveur aveugles agissent comme un triage volontaire, et qu'aussi la nature choisit dans chaque milieu, pour leur donner 1 être et Tempire, les espèces les mieux appropriées à ce milieu. — Par des observalions et un raisonnement analogues, les historiens peuvent établir que, dans un groupe humain quelconque, les individus qui atteignent la plus haute autorité et le plus large développement sont ceux dont les aptitudes et les inclinations correspondent le mieux à celles de leur groupe ; que le milieu moral comme le milieu physique agit siu* chaque individu par des excitations et des répressions continues ; qu'il fait avorter les uns et germer les autres à proportion de la concordance ou du désaccord

qui se rencontre entre eux et lui ; que ce sourd travail est aussi un triage, et que, par une série de formations et de déformations imperceptibles, l'ascendant du milieu amène sur la scène de rhistoire les artistes, les philosophes, les' réformateurs religieux, les politiques capables d'interpréter ou d'accomplir la pensée de leur âge et de leur race, comme il amène sur la scène de la nature les espèces d'animaux et de plantes les plus capables de s'accommoder à leur climat et à leur sol ^ ».

Et lorsqu'on se demande comment l'action du milieu moral peut, après avoir exercé cette sélection ou ce choix sur les âmes, prolonger son influence dans le détail de leur activité et marquer son empreinte sur les œuvres qu'elles enfantent et les événements qu'elles suscitent, il faut avoir égard à ce que les choses morales^ comme les choses physiques, ont des dépendances et des conditions. Les mêmes lois se retrouvent dans la psychologie des peuples et dans celle de l'individu: ici comme là, il y a une faculté maîtresse, c'est-à-dire des qualités et des situations générales qui étendent leur empire sur des siècles et des nations entières.

Page 1