‹ La philosophie de VoltaireChapitre 191 sur 196 · LIVRE III. — DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — DE LA MORALE

i>our sa manière de penser ; comment des peuples entiers auraient-ils été persécuteurs ? Je suppose que chaque homme porte en soi la loi évidente qui ordonne qu'on soit fidèle à son serment; comment tous ces hommes 'réunis en corps auront-ils statué qu'il ne faut pas garder sa parole à des hérétiques? Je répète encore qu'au lieu de ces idées innées chimériques, Dieu nous a donné une raison qui se fortifie avec l'âge, et qui nous apprend à tous, quand nous sommes attentifs, sans passion, sans préjugé, qu'il y a un Dieu, et qu'il faut être juste; mais je ne puis accorder à Locke les conséquences qu'il en tire : il semble trop approcher du système de Hobbes, dont il est pourtant très-éloigné.

Voici ses paroles, au premier livre de l'Entendement humain : c( Considérez une ville prise d'assaut, et voyez s'il « paraît dans les cœurs des soldats animés au carnage et c( au butin quelque égard pour la vertu, quelque principe <( de morale, quelques remords de toutes les injustices qu'ils « commettent. » Non, ils n'ont point de remords; et pourquoi? c'est qu'ils croient agir justement. Aucun d'eux n'a supposé injuste la cause du prince pour lequel il va combattre : ils hasardent leur vie pour cette cause, ils tiennent le marché qu'ils ont fait; ils pouvaient être tués à l'assaut, donc ils croient être en droit de tuer; ils pourraient être dépouillés, donc ils pensent qu'ils peuvent dépouiller. Ajoutez qu'ils sont dans l'enivrement de la fureur, qui ne raisonne pas; et, pour prouver qu'ils n'ont point rejeté l'idée du juste et de l'honnête, proposez à ces mêmes soldats beaucoup plus d'argent que le pillage de la ville ne peut leur en procurer, pourvu seulement qu'au lieu d'égorger, dans leur fureur, trois ou quatre mille ennemis qui font encore résistance, et qui peuvent les tuer, ils aillent égorger leur roi, son chancelier, ses secrétaires d'état et

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son grand aumônier, vous ne trouverez pas un de ces soldats qu. ne rejette vos offres avec horreur. Vous ne leur propose, cependant que s,x meurtres au lieu de quatre mille, et vous leur présentez une récompense très forte Pourquoi vous refusent-ils? c'est qu'ils croient juste de tuer quatre mille ennemis, et que le meurtre de leur souverain auquel ils ont fait serment, leur paraît abominable Locke commue et pour mieux prouver qu'aucune legle de pratique n est innée, ,1 parle des Mingréliens, qui se font un jeu, dit-il, d'enterrer leurs cnfans tout vifs

On a déjà remarqué ailleurs que ce grand homme a été trop crédule en rapportant ces fables : Lambert, qui seul ™pu e aux Mingréliens d'enterrer leurs enfans tout vifs pour leur plaisir, n'est pas un auteur assez accrédité

Chardin, voyageur qui passe pour si véridique, et qui a ote rançonné en Mingrélie, parlerait de celte horrible coutume SI elle existait; et ce ne serait pas assez qu'il le dit pour qu on le crût, il faudrait que vingt voyageurs de nations et de religions différentes, s'accordassent" à co^fir! mer un fait si étrange pour qu'on en eût une certitude ln»torique. Il faut mettre ces contes avec celui du perroquet qui eut une si belle conversation en langue brasilenne avec le prince Maurice; conversation que Locke a la simplicité de rapporter, sans se douter que l'interprète du prince avait pu se moquer de lui. C'est ainsi que Vauleur de VEsprit des lois s'amuse à citer de prétendues lois de Tunquni, de Bantam, de Bornéo, de Formose, sur la I 01 de quelques voyageurs, ou menteurs ou mal instruits l;Ocke et lu. sont deux grands hommes en qui cette simplil cite ne me semble pas excusable.

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