‹ La philosophie de VoltaireChapitre 54 sur 196 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

De la comparaison si souvent faite entre l'athéisme et l'idolâtrie.

Il me semble que dans le Dictionnaire encyclopédique on ne réfute pas aussi fortement qu'on l'aurait pu le sentiment du jésuite Richeome sur les athées et sur les idolâtres ; sentiment soutenu autrefois par saintThomas, saint Grégoire de Nazianze, saint Cyprien etTertullien ; sentiment qu'Ariiobe étalait avec beaucoup de force quand il disait aux païens : « Ne rougissez-vous pas de nous reprocher notre mépris pour vos dieux, et n'est-il pas beaucoup plus juste de ne croire aucun dieu, que de leur imputer des actions infâmes? » sentiment établi longtemps auparavant par Plutarque, qui dit « qu'il aime beaucoup mieux qu'on dise qu'il n'y a point de Plutarque, que si on disait : Il y a un Plutarque inconstant, colère, vindicatif; » sentiment enfin fortifié par tous les efforts d£ la dialectique de Bayle.

Voici le fond de la dispute , mis dans un jour assez éblouissant par le jésuite Richeome, et rendu encore plus spécieux par la manière dont Bayle le fait valoir :

« Il y a deux portiers à la porte d'une maison ; on leur demande : Peut-on parler à votre maître ? Il n'y est pas, répond l'un; il y est, répond l'autre, mais il est occupé à faire de la fausse monnaie, de faux contrats, des poignards et des poisons, pour perdre ceux qui n'ont fait qu'accomplir ses desseins. L'athée ressemble au premier de ces portiers, le païen à l'autre. Il est donc visible que le païen offense plus grièvement la Divinité que ne fait l'athée.»

Avec la permission du père Richeome et même de Bayle,

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