LIVRE I. — DE DIEU
L'on demandera ce que c'est que l'homme^ etc. *.
Cet article n'est pas assurément plus clair que les plus obscurs de Spinosa, et bien des lecteurs s'indigneront de ce ton décisif que l'on prend sans rien expliquer.
La matière est éternelle et nécessaire^ mais ses formes et ses combinaisons sont passagères et contingentes^ etc. '.
Il est difficile de comprendre comment la matière étant nécessaire, et aucun être libre n'existant, selon l'auteur, il y aurait quelque chose de contingent. On entend par contingence ce qui peut être et ne pas être ; mais tout devant être d'une nécessité absolue, toute manière d'être qu'il appelle ici mal à propos contingent est d'une nécessité aussi absolue que l'être même. C'est là où l'on se trouve plongé dans un labyrinthe où l'on ne voit point d'issue.
Lorsqu'on ose assurer qu'il n'y a point de Dieu, que la matière agit par elle-même, par une nécessité éternelle, il faut le démontrer comme une proposition d'Euclide, sans quoi vous n'appuyez votre système que sur un peut-être. Quel fondement pour la chose qui intéresse le plus le genre humain !
Si l'homme, d'après sa nature, est forcé d'aimer son bien-être, il est forcé d'en aimer les moyens. Il serait inutile et peut-être injuste de demandera un homme d'être vertueux, s'il ne peut l'être sans se rendre malheureux. Dès que le vice le rend heureux, il doit aimer le vice ^.
Cette maxime est encore plus exécrable en morale que les autres ne sont fausses en physique. Quand il serait vrai qu'un homme ne pourrait être vertueux sans souffrir, il faudrait l'encourager à l'être. La proposition de l'auteur
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serait visiblement la ruine de la société. D'ailleurs, comment saura-t-on qu'on ne peut-être heureux sans avoirdes vices? n'est-il pas au contraire prouvé par Texpérience que la satisfaction de les avoir domptés est cent fois plus grande que le plaisir d'y avoir succombé; plaisir toujours empoisonné, plaisir qui meneau malheur? On acquiert, en domptant ses vices, la tranquillité, le témoignage consolant de «a conscience ; on perd, en s'y livrant, son repos, sa santé; on risque tout. Aussi l'auteur lui-même, en vingt endroits, veut qu'on sacrifie tout à la vertu ; et il n'avance cette proposition que pour donner dans son système une nouvelle preuve de la nécessité d'être vertueux.
Ceux qui rejettent avec tant de raison les idées innées^... auraient dû sentir que cette intelligence ineffable que l'on place au gouvernail du monde, et dont nos sens ne peuvent constater ni V existence ni les qualités, est un être de raison *.
En vérité, de ce que nous n'avons point d'idées innées, comment s'ensuit-il qu'il n'y a point de Dieu? celle conséquence n'esl-elle pas absurde ? y a-t-il quelque contradiction à dire que Dieu nous donne des idées par nos sens? n'est-il pas, au contraire, de la plus grande évidence que, s'il est un être tout-puissant dont nous tenons la vie, nous lui devons nos idées et nos sens comme tout le reste? Il faudrait avoir prouvé auparavant que Dieu n'existe pas; et c'est ce que l'auteur n'a point fait ; c'est même ce qu'il n'a pas encore tenté de faire jusqu'à cette page du chapitre X.
Dans la crainte de fatiguer les lecteurs par l'examen de tous ces morceaux détachés, je viens au fondement du livre, et à l'erreur étonnante sur laquelle il a élevé son système. Je dois absolument répéter ici ce qu'on a dit ailleurs.
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