L'ATHÉE ET LE SAGE
Où est donc, dit Birton, le Dieu juste et vengeur ? non, pardieu, il n'y a poinl de Dieu.
M. Freind, d'un air austère, mais tranquille, lui dit : Monsieur, vous ne devriez pas, ce me semble, jurer par Dieu même que ce Dieu n'existe pas. Songez que Nev^^ton et Locke n'ont prononcé jamais ce ■ nom sacré sans un air de recueillement et d'adoration secrète qui a été remarqué de tout le monde.
Bah ! repartit Birton; je me soucie bien de la mine que deux hommes ont faite. Quelle mine avait donc Newton quand il commentait rApocalypse ? et quelle grimace fesait Locke lorsqu'il racontait la longue conversation d'un perroquet avec le prince Maurice ? Alors Freind prononça ces belles paroles d'or qui se gravèrent dans mon cœur : (( Oublions les rêves des grands hommes, et souvenons- « nous des vérités qu'ils nous ont enseignées. » Cette réponse engagea une dispute réglée, plus intéressante que la
conversation avec le bachelier de Salamanque; je me mis dans un coin, j'écrivis en notes tout ce qui fut dit: on se rangea autour des deux comhatlans; le bonhomme Parouba, son fils, et surtout sa fille, les compagnons des débauches de Jenni, écoutaient, le cou tendu, les yeux fixés; et Jenni, la tête baissée, les deux coudes sur ses genoux, les mains sur ses yeux, semblait plongé dans la plus profonde méditation.
Voici mot à mot la dispute.