‹ La philosophie de William JamesChapitre 1 sur 11 · SAINT-BLAISE · texte numérisé non relu

SAINT-BLAISE

FOYER SOLIDARISTE

Publié par r Association chrétienne d'Etudiants

Au printemps 1910, comme l'Association chrétienne suisse d'Etudiants était en quête de conférenciers bénévoles pour sa prochaine réunion de S'^-Croix, son président central, M. de Vargas, conçut l'idée de s'adresser à William James, que l'on savait devoir passer l'été en Europe. La démarche pouvait paraître indiscrète et osée : l'illustre philosophe l'accueillit de la façon la plus aimable et répondit sans retard qu'il acceptait en principe de venir à S'*-Croix, sous réserve de son état de santé. Malheureusement, quelques semaines plus tard, il dut renoncer à ce projet, l'afiFection cardiaque dont il souffrait depuis si longtemps n'ayant fait qu'empirer. On sait, hélas, avec quelle rapidité le cours de la maladie se précipita dès lors. En quittant Nauheim, où il avait vainement cherché une amélioration, James traversa la Suisse et s'arrêta huit jours à Genève au commencement de juillet, mais c'est à peine s'il put y voir quelques amis, tant il souffrait. Il passa encore un mois en Angleterre, entre les mains des premiers spécialistes, puis s'embarqua le 12 août pour l'Amérique, impatient de se retrouver chez lui. Il eut juste le temps d'arriver à sa maison de campagne de Chocorua (New-Hampshire) avant la der-

nière crise, qui l'emporta en peu de jours, le 26 août 1910, à l'âge de soixante-huit ans et demi.

Voici le texte des deux lettres de William James auxquelles il vient d'être fait allusion. Mieux que bien des descriptions, elles donneront une idée de la simplicité si cordiale de cet homme admirable et de la bienveillance qu'il eut toujours pour notre pays.

Bye, Stissex, April 12, 1910.

Dear Monsieur de Vargas,

Your invitation naturally fUls me with pride and pleasure, and were I in good health, I should immediatdy accept it for fhe sàke of renewing my old acquaintance with the jeunesse studieuse of Vaud and Geneva. But I am at présent quite ill; and unless the course of baihs which I am going to Nauheim to begin taking in May should change my condition very mu<:h indeed, it will noi be possible for me, even in October (should I stay in Europe so long) to mset you and your Association at S^^-Croix.

Nevertheless I will not say ano y> at présent, but will adjum the décision until July, when I will write to you again. So meanwhile you see that I accept your demand en principe. You ought, however, not to delay on that account your other possibilities of gu^sts...

I thanh your Committee most cordiaUy for doing me ihis honour and remain fraternally and sincerely yours

Wm James.

Bad-Nauheim, June 2^ 1910.

Dear Mr de Vargas, I receive your kind letter of May 28^^ this instant... Unhappily, it will be quite impossible for me to acc^t. My heaUh gets worse instead of better, and the diagnosis, now

sharply f estgestellt, of enlargement of ihe aoria, makes it obligatory for me to avoid every occasion of excitement and fatigue.

I deeply regret not to be able to be among you and share in swiss enthousiasm and stoiss youth. But there is no way ! Believe me, with heartiest good wishes and hopes for tke success ofyour meeting, very sincerely y ours

Wm Jam^.

Privée du concours exceptionnel qu'elle avait un instant espéré, l'Association chrétienne d'Etudiants me demanda de prendre la place laissée vide sur son programme. Mes circonstances particulières me firent longtemps hésiter; mais quand arriva la désolante nouvelle de la mort de James, il ne me parut pas que je pusse me soustraire à la tâche douloureuse qui m'était proposée ; je vis comme un devoir sacré à ne pas laisser échapper cette occasion d'évoquer devant mes jeunes auditeurs le souvenir du penseur de génie, du caractère splendide, du véritable ami qui venait de nous être si brusquement enlevé. De là cette conférence, trop hâtivement improvisée, sur la Philosophie de William James*. En la rédigeant plusieurs mois après pour l'impression, à la demande du Comité de l'Association chrétienne d'Etudiants, je me suis encore mieux rendu compte de ses lacunes et de ses imperfections criantes. Mais la transformer complètement, la corriger et la mettre au point comme il l'aurait fallu, était chose au-dessus de mes forces actuelles ; et c'eût été au surplus, en visant à une précision objective et à une profondeur de jugement que mon incompétence philosophique ne

* Cette conférence a eu lieu à Ste-Croix le 8 octobre 1910.

m'eût certainement pas permis d'atteindre, gâter en pure perte la seule qualité que cette étude possède peut-être, je veux dire justement son absence de prétentions, son allure négligée, populaire et laïque en quelque sorte. J'ai donc conservé tels quels, dans la rédaction de ce travail, le plan et les divisions, souvent même les expressions peu châtiées, du discours primitif. Par contre, ce discours se trouve ici dilaté jusqu'au triple de son étendue originelle, par le fait que j'ai cru devoir développer — trop longuement, je le crains — certains points qui avaient été très écourtés ou même complètement passés sous silence, faute de temps, dans la conférence orale. En outre, j'ai reproduit en appendice mon compte rendu de l'ouvrage de James sur les «Variétés de l'expérience religieuse » ; compte rendu qui avait paru dans la Revue Philosophique et qui pourrait être encore de quelque utilité, comme aperçu préalable, aux lecteurs de ce célèbre ouvrage si excellemment traduit en français, depuis lors, par M. Frank Abauzit.

Puisse ce petit volume, malgré tous ses défauts et ses inexactitudes, éveiller chez quelques-uns de mes jeunes lecteurs le désir de faire connaissance avec les œuvres mêmes d'un penseur dont toute la philosophie semble spécialement faite pour la jeunesse, tant elle respire l'énergie, le courage, la franchise, la consécration virile et joyeuse de tout l'être aux causes idéales qu'il a une fois choisies pour étoiles de sa vie et guides de sa conduite.

Florissant, près Genève, l" juin 191t. Th. F.

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