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LA PHILOSOPHIE DES SCIENXES

niveau créée, le corps a effectué un travail résistant qui est le produit du poids par la différence de niveau.

Ayant effectué ce travail résistant (ou négatif) Ton dit que Yénergie du fardeau a augmenté d'un nombre égal à celui qui mesure ce travail (1).

Ici donc les deux termes, force et énergie, sont liés par une relation très simple. Dans des cas moins banals il n'en va pas de même. En général, pas plus pour la force que pour l'énergie, Ton ne peut concevoir une définition claire, compréhensive, une définition géométrique.

Mais, assurément, il existe toujours un lien entre ces deux conceptions attachées au mouvement des corps.

Laquelle des deux notions prendra-t-on comme notion première pour l'exposition?

Le système classique prend la force et, d'ailleurs, les divers auteurs la conçoivent différemment.

Le système énergétique, au contraire, prend l'énergie pour point de départ (2).

Chaque système est recevable.

La torme didactique déductive des traités de Mécanique Rationnelle pourrait donner l'illusion i d'une continuation, d'un prolongement de la mathématique pure.

Il ne saurait exister plus grossière confusion : un abîme sépare l'Analyse pure de la Mécanique et de la Physique.

Il y a une soudure, mais le point de séparation n'est pas dissimulé par elle.

Et combien les fausses évidences et certain esprit géométrique un peu raide risquent de devenir dangereux dans la Mécanique 1

En faut-il un exemple?

Il semblait bien « naturel » d'admettre Yindé- •pendance des effets des forces. Cela paraît conforme à ce qui se passe dans les machines et cela conduit à une construction géométrique très simple : « le parallélogramme des forces ». Cette conception simple, cette forme mathématique commode avaient fait ériger l'Indépendance des effets en Principe absolu> intangible.

Il paraissait « évident ».

Or, M. H. Poincaré a remarqué que le Principe semble en défaut dans certain phénomène électrique !

De même, le Principe de Yégalité de l'action et de la réaction aurait pu être tenu pour certain, pour évident, pour « démontrable » même, par quelques-uns. — Il n'en est rien, car M. H. Poincaré a prouvé qu'il n'y a là qu'une définition (3).

Le prétendu Principe est une partie de la définition de la force.

Il serait inutile d'insister, mais retenons seulement ceci : Les Principes de la Mécanique sont bien, en un sens, le résidu, la quintessence (4) d'innombrables expériences. Mais ces résidus ne

sont pas parfaitement clarifiés, ils restent légèrement troubles.

De même que la nature de l'alcool dépend de la structure des alambics et filtres d'où il sort — de même, tout principe scientifique, et même tout fait scientifique dépend, dans une certaine mesure, de l'esprit qui l'énonce.

Plutôt que « résultats d'expérience », les principes sont « une manière d'interroger l'expérience (5) ».

C'est là une question philosophique fondamentale sur laquelle nous reviendrons.

N'oublions pas enfin de remarquer que l'Induction faite ici n'est plus en rien semblable à celle du mathématicien.

Nous admettons ici qu'un ensemble E de phénomènes ayant été suivi du phénomène A, chaque fois que l'on aura un ensemble E' assez semblable à E, il s'ensuivra un phénomène A' assez semblable à A.

C'est affirmer quelque ordre régulier dans l'Univers. Que vaut cette affirmation?

Mais ceci nous entraîne hors de notre cadre.

C'est de la méthode scientifique qu'il s'agit surtout.

Ce qui précède, ce que nous avons voulu faire pressentir va prendre un relief tout à fait saisissant si nous entrons dans le domaine delà Physique, dans celui de l'Optique, pour choisir un point bien saillant.

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