‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 173 sur 230 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

s'entre-dévorer. « Le régime de la communauté, disais-je ailleurs aux rêveurs communistes , existe depuis des siècles chez un grand nombre d'insulaires de l'Océanie ; qu'a-t-il produit? des populations incorrigiblement paresseuses ^ profondément immorales , incessamment exposées à périr de faim sur un sol qui peut donner une récolte chaque mois. £1 comme les paresseux n'aiment pas à mourir de faim, ces populations sont anthropophages. Qu'en serait-il donc dans nos contrées , où il ne faut rien moins qu'un travail opiniâtre pour arracher annuellement à la terre une récolte et demie (1)? »

Dieu, qui n'a pas créé l'homme pour qu'il s'abimâtdans la paresse et la barbarie, l'a placé dès l'origine sur la terre pour la travailler et la garder (2), deux mots qui expriment toutes les conditions sociales. Que sont en elïet tous les membres d'un Etat? Des travailleurs et des gardes, ou plutôt tous sont des travailleurs occupés à diverses fonctions. Ceux-ci remuent la terre pour en extraire les végétaux, minéraux et métaux, façonnent pour les divers usages de la vie ces matières premières, les transportent, les échangent (arts mécaniques, industrie agricole, manufacturière, commerciale) ; ceux-là , mêlés partout aux travailleurs , leur font accepter la loi du travail, leur en expliquent l'origine et le but sublime, leur inculqueut les vertus qui ennoblissent, fécondent tous les arts, combattent les vices qui ruinent le travail et en gaspillent les fruits (ministère religieux); d'autres, dans leurs laboratoires et cabinets, s'appliquent à éclairer le travail, ou, par des productions d'un ordre supérieur, délassent, embellissent et relèvent les esprits affaissés par les travaux matériels (sciences, beaux-arts) ; enfin, la balance dans une main, l'épée dans l'autre, le magistrat civil veille à la sécurité de tous, vide les différends qui surgissent et intimide les perturbateurs.

(1) La Science de la vie^ t. H, leçon xxxv.

(2) GenèsCy 11,15.

Cette classification vaut un peu mieux que cdle des économistes et des romanciers socialistes, qui divisent les hommes en producteurs utiles et en consommateurs oisifs, rangeant parmi ceui*ci quiconque ne manici pas la bêche, une manivelle, ou ne sait pas tenir un pinceau obscène et une plume athée. Les consommateurs oisifs se rencontrent dans toutes les conditions, mais les pires de tous sont ceux qui travaillent à la destruction de la société , en cherchant à persuader aux bras et aux jambes du corps social que h tète et l'estomac les ruinent par leur paresse. Un bon gour vernement peut toutefois utiliser ces sujets en les appliquant à des travaux d'intérêt public sous l'autorité respectable du garde-chiourme.

C'est par la bonne harmonie entre le» divers oiganes de la vie sociale, qu'un peuple acquiert les moyens de pourvoir suffisamment à ses besoins matériels et de travailler à son éducation morale. C'est par cet amour du travail et de Tordre, c'est par la pratique de la patience et de la charité, que les hommes entrent dans le plan de leur Père céleste et se préparent à la bienheureuse société où il se donnera luimême pour récompense à leurs travaux et sacrifices. Hais le droit de propriété étant une des bases essentielles de l'État social, comme nous venons de le voir, Dieu devait fonder ce droit, et lui seul en effet pouvait le faire.

D. Ce droit n'est^il pas chose à régler par la loi civile?

R. Oui, notre droit de posséder un meuble ou un immeuble est sujet aux réglementations du pouvoir civil , comme notre droit d'avoir une place dans la famille domestique et dans la famille religieuse est sujet aux r^lementations du pouvoir paternel et du pouvoir religieux. Mais de même que le père et le prêtre ne peuvent à volonté et sans de graves raisons nous exclure de la famille domestique et de la famille religieuse, de même le pouvoir civil ne peut disposer de nos biens à son gré et sans de graves raisons, ou d'indignité de notre part, ou d'intérêt public, et

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4;uas c^ derpior ()a&f U n^ nous dépouille pas, mais il nous oblige à une vente ou à un échange/

Gonaervfiteiir (et nm fowdjiteur) de 1a société, le pouvoir ppUtique doit s'appliquer <i conserver ](e droit de propriété m h régUnt avec l>eauc}oup de réserve et de prudence, en s'qpposaut à ^s abus les plus graves ; car le respect pour y^ 4^oits les plqs sacrés périt par Texcès des abus. Mais il ne doit pas se considérer comme le créatei^r de ce droit ni favoriser l'erreqr capitî^e qui , des livres de Montesquieu, a passé dans des milliers de livres : La propriété est un don d^s lois civiles (1). Cette erreur était logique dans Tauteur de rj^sprt^ des^ lois, dont le principe fondamental était : La société est u^e création de la loi humaine- Mais on aura beau vouloir restreindre et limiter le principe, en disant que « le bien public est toujours que chacun conserve invariablement l^ propriété que lui donnent les lois oivi^ les, etc. (2) ; » \^ conclusion est inévitable ; Les lois civiles peuvent ôter ce qu'elles ont pu donner, abolir aujourd'hui ce qu'elles ont établi hier, et ordonner un nouveau partage ou la communauté.

Sans doute qs\ n'en viendra pas d'abord h Vapplication radicale du principe ; mais les gens de loi et de parti trouveront qu'il y a des propriétés exorbitantes, inutiles, nuisibles, telles que celles du clergé et de la noblesse. La basoche ét^Ura que ce sont là des concessions préjudiciables à la nation, faites dans des temps d'ignorance , et que la nation peut reprendre par la loi ce qu'on lui a soustrait par des lois. La confiscation consom^iée , les ftvocats des prolétaires se lèveront, et diront aux ^pv^veaux grands proprié* ^tres et capitalistes : Yaus ave:^ bien f^t de dépouiller les consommateurs inutiles , mais il ne fau^ pas que vous preniez leur place^ ni que vous gaspilliez dans le luxe et la mol-< lesse les bijens du peuple travailleur ; le partage donc ou la

(1) De VEsptit des lois^ liv. XXVI, ch. 15.

(2) im.

Gommanauté, sinon on vous courra sus aux cris : La propriété j c'est le vol ; à bas le capital t

Montesquieu (écrivant en 1748) n'a pas tu sans doute la portée de son principe ; car, pour voir loin et juste y l'esprit a besoin de se placer dans le vrai et d'employer le télescope de la réflexion. Mais nous n'aurions, nous, en 1852, ni réflexion, ni esprit, ni bon sens, si nous ne tenions pas pour indubitable ce principe :

Ou le droit de propriété sera sacré pour tous , ou il ne le sera pour personne. Qu'une classe se joue des quatre commandements de Dieu qui sauvegardent la propriété et les bonnes mœurs , l'anathème social est inévitable : vous arrêterez aussi peu les déprédateurs des biens que les déprédateurs des corps.

Ne voulant pas répéter ce que j'ai dit ailleurs de l'impossibilité de consacrer le droit de propriété par des lois purement civiles (1j, je passe aux commandements de la meilleure gardienne des mœurs et des propriétés.

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