LIVRE IV
Que Dieu livre les biens de ce monde à ceux qui n'en veulent pas d'autres et qui lui disent : Retire-toi de nous , nous ne voulons pas de la connaissance de tes voies. Qu'est^ ce que le Tout-Puissant pour que nous le servions , et que gagnerions-nous à le prier (1)? Que les impies voient les richesses fructifier dans leurs mains^ et qu'ils en jouissent dans le calme profond qu'admiraient Job et David (2) ; que rien ne trouble le cours de leur prospérité , et que la mort elle-même leur épargne les douleurs de l'agonie par la promptitude de ses coups (3) ; il ne faut pas en être surpris. En refusant d'entrer dans les voies surnaturelles par lesquelles Dieu sauve les âmes y ces hommes tombent sous le gouvernement de l'ordre naturel. Gomme les animaux , auxquels ils se rendent semblables^ ils reçoivent une abondante pâture jusqu'au jour de la boucherie. D'ailleurs y la justice divine ^ qui ne laisse aucun bien sans rémunération^ découvre en eux des vertus naturelles qui , n'étant d'aucun poids dans les balances de l'éternité , réclament une récompense ici-bas; elle donne donc la terre aux enfants de la terre. C'est ainsi, nous dit saint Augustin, que la vertu des premiers Romains leur mérita lempire du monde (4).
Tout autre est la ccmduite de Dieu envers les hommes qui entrent dans la voie de ses commandements , mais que leur faiblesse expose à y sommeiller, à revenir en arrière, à se laisser fasciner par les idoles du monde. Il les reprend, il les gourmande par la voix de ses ministres, par le cri de leur conscience. Quand la réprimande ne suffit pas, il emploie le châtiment ; il les frappe dans les objets de leurs affections , dans leurs biens , dans leurs enfants , dans leur chair , dans leur esprit. Je visiterai leurs iniquités avec la verge^ et frapperai sur leurs péchés ; mais je ne détournerai
(1) Job, XXI, 14, 15.
(2) /di(f.,7-l3.— Psaume CXLIir.
(3) Etinfunctoadinfema descendunt. Job, XXI, 13.
(4) De Civifate Dei, lib. V, cap. 12 et 13.
47â LA PHILOSOPHIE DU CATÉCHISME CATHOLIQUE.
point d'eux ma miséricorde (1). Ceux que faime, je les reprends et je les châtie (2). Parmi ceux qui recevront la couronne de gloire, combien devront dire comme David : C'est en redoublant ses corrections que le Seigneur m'a préservé de la mort (3) î
Ce que Dieu fait pour les individus , il le fait aussi pour les nations. Quand les chefs à qui il en a confié la garde se sont livrés au sommeil, et que Fennemi y a semé l'ivraie de l'erreur et du vice , il les place dans le van de sa justice , déchaîne le souffle des tempêtes , et le feu des révolutions ne s'y éteint pas qu'il n'ait dévoré leurs souillures.
£n voilà assez sur la grande objection que Von ressasse depuis l'origine du monde. Vous devez comprendre que la meilleure réponse est celle qu'y faisait David, quand, après avoir décrit la prospérité matérielle des peuples étrangers h Talliance, dam les termes que je vous ai cités (cb. in)« il conclut ainsi : Beureux , ont-ils dit , le peuple qui jouil de ces biens I — Disons plutôt * Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu I