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Cours de philosophie positive, I, p. 292 et

LA CONCEPTIOiN POSITIVISTE 75

à savoir comment « Faclion chimique devient une source (le chaleur et de lumière » ; ou qu'il ait exclu do la mécanique non seulement Finvestigation des causes premières des mouvements, mais encore « toute élude sur les circonstances de leur production » ; ou qu'il ait assimilé aux ridicules tautologies des médecins de Molière la moindre tentative pour expliquer « le phénomène évidemment inexplicable de la couleur propre à chaque substance » ; ou qu'il ait enfln soutenu l'impossibilité d'admettre le concept de Yiinivet^s^ « notion à peu près inintelligible » à remplacer par la notion de monde (dans le sens de notre système solaire) constituant « la pensée la plus étendue qu'il nous soit possible de poursuivre avec fruit * ». Nous ne voulons nous arrêter qu'aux grandes erreurs d'ensemble qui sont comme la clef de voûte du système. Elles nous paraissent être au nombre de trois.

1** Comte n'admet pas la vérité, pourtant si évidente, que la science, s'adressant aux faits particuliers^ ne saurait renfermer d'hypothèses invérifiables au sens le plus strict du mot ^ Il pense, au contraire, qu'une hypothèse scientifique côtoie nécessairement le domaine de l'inaccessible, de Téternellement inconnu. Le positivisme et les philosophies congénères sont unanimes sur ce point, que toute science possède des parties à jamais inabordables.

2® En science comme en philosophie, Comte interdit de rechercher le mode essentiel de production des phé-

1. Op. cit., I, p. 138, 236, 254, 280, 292, 299, 333, 362, 371, 421.

2. Voir ma Sociologie, p. 220, et mon livre sur Y Inconnaissable, chapitre II.

nomènes. Il confond évidemment la causalité générale ou philosophique avec la causalité particulière ou scientifique. Une incapacité, une insuffisance, une limitation immuable de la raison humaine, — ainsi lui apparaît cette conséquence temporaire d'un fait d'évolution intellectuelle très simple, très clair et absolument indéniable : la prématurité de toute philosophie. Prématurité simplement passagère, puisque nous entrevoyons déjà nettement sa principale condition déterminante : l'impossibilité d'aborder l'étude de la causalité générale avant d'avoir réuni tous les éléments de cette étude, d'avoir, surtout, fixé les lignes maîtresses de la causalité physiologique, sociologique et proprement psychologique. Comte oppose à l'étude de la causalité essentielle la recherche des lois des phénomènes. La possibilité de concevoir, dans la science particulière, les mêmes phénomènes d'après deux hypothèses opposées, montre, nous dit-il \ que les lois de ces phénomènes constituent seules la science. Rien de plus vrai; mais encore faudrait-il s'entendre sur le degré de généralité qui, selon le catéchisme positiviste, appartient ou non aux lois scientifiques. Le fait invoqué par Comte, le dualisme hypothétique toujours possible, n'est-il pas, au contraire, un indice certain de Tinsuffisance des lois scientifiques établies, et dès lors ne prouve-t-il pas la nécessité d'en découvrir d'autres, plus générales? On reproche donc au positivisme, et avec raison, ce semble, ses allures agressives à l'égard de toute science future.

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