‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 65 sur 73 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Partisans et adversaires s'accordent pour reconnaître à Tœuvre de Comte une action profonde et durable sur la pensée générale de notre temps. Mais, parmi les conceptions que le fondateur du positivisme contribua le plL'3 à répandre, ses idées sur la marche de l'évolution philosophique occupent assurément la première place. Aussi rien d'étonnant à ce que sa grande loi des trois états représente la vraie moyenne des opinions qui ont cours aujourd'hui sur cette question. Par suite, en soumettant à notre critique, dans les pages suivantes, cette partie de la doctrine positive, nous ferons peut-être, du moins quant à ce point spécial, son procès à la philosophie du siècle tout entière.

« L'organisme social reposant sur certaines opinions, dit Comte, la variation de ces opinions doit exercer une influence profonde sur les modifications successives de la vie deThumanité. L'histoire de la société est dominée

par rhistoire de f esprit humain », qui devient ainsi le vrai guide de la sociologie. Mais, dans révolution intellectuelle, la prépondérance, selon Comte, appartient toujours « aux conceptions les plus générales et les plus abstraites ». h' histoire de la philosophie doit donc « présidera la coordination de l'analyse historique », dont le premier et le plus considérable résultat est la loi des trois états, et son complément naturel, la théorie de la hiérarchie scientifique *.

Ces vues de Comte expliquent pourquoi il fut amené à poser la loi de l'évolution de la philosophie comme la loi la plus générale de l'évolution intellectuelle et, par conséquent, la loi suprême de tous les phénomènes sociaux. Le sophisme qui le trompa est des plus manifestes. Évidemment, la philosophie ne forme qu'une espèce dans le vaste genre de la connaissance. Seule donc, l'évolution du genre entier, comprenant la science aussi bien que la philosophie, peut constituer l'histoire de l'esprit humain et diriger les destinées sociales.

Cette rectification est des plus importantes. Elle soulève la grave question des rapports qui unirent jadis la science et la philosophie. En admettant même que les conceptions générales eussent agi spontanément et puissamment à chaque époque sur l'ensemble de l'activité sociale, ne furent-elles pas déterminées, à leur tour, par un certain état des conceptions scientifiques? Et ces dernières ne dépendent-elles pas d'une loi différente de celle qui gouverne l'évolution des idées phi-

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