LIVRE I
lité d'un homme accusé de meurtre. 11 est bien rare que le crime ait eu des témoins directs pouvant établir les données authentiques de Tar-umentation. Alors que fait le juge? Il appelle toutes les coïncidences, presque encore des arguments de fait. 11 y joint ensuite ce qu'il appelle les présomptions tirées du passé du sujet, de son genre de vie. de l'intérêt qui a pu le pousser au crime, autant de relations de pure intellectualité indirectement liées à la cause, mais reconnues si importantes qu'à leur défaut la preuve est considérée comme nulle.
Qu'il s'agisse de faire le diagnostic d'une maladie. Il arrive fréquemment que les pièces documentaires manquent. Alors le médecin y supplée par les relations qu'il sait établir dans sa pensée entre les éléments dont il dispose, intercalant tour à tour des facteurs tirés du sujet observé ou des circonstances externes de climat, de contages et autres.
L'époque actuelle a olïert un exemple remarquable permettant de comparer les deux modes de raisonnement, celui de l'affaire Dreyfus. Pour les uns, logiciens syllogistiques, Dreyfus a été condamné par un Conseil de guerre, ce Conseil est composé de gens clairvoyants, donc Dreyfus était coupable.
Les autres, logiciens spéculatifs, relevant des faits accessoires, indirectement liés à la cause, les y mtroduisant comme autant de fluxions et de fluentes, et ne les voyant pas aboutir à la même conclusion, ont mis en doute la clairvoyance du Conseil de guerre.
^il:
Avec le syllogisme, avec les équations méthodiquement enchevêtrées qui en sont l'application, nous faisons en raisonnant logiquement de l'algèbre plus ou moins attachée aux données de l'impression. Par les incidentes, par les analogies, par l'étude répétée des moments, par tout ce travail d'intégration qui comprend les premières et dernières raisons des choses^ par tous les procédés enfin de l'argumentation spéculative, le calcul logique est celui de l'analyse transcendante. Sa découverte en mathématique littérale est de date récente. Mais elle appartient en mathématique logique aux premiers âges de la culture intellectuelle. C'est elle qui sert aux hommes, et aux animaux leurs frères, plus que l'analyse algébrique, à raisonner et calculer dans le cours ordinaire de la vie.
Je reviens en terminant au thème étroit que nous poursuivons sous le nom de calcul et qui consiste, je le rappelle, à analyser le jeu mécanique des émotions à l'intérieur de la pensée. Nous l'avons vu aboutir à la formation de l'idée. Nous venons de le poursuivre dans les subtilités du raisonnement. Calcul arithmétique, algébrique ou transcendant, la logique, n'est que calcul, rapport des émotions entre elles, finalement mouvement de balance ou d'équilibration entre les ondes primitivement provoquées dans la pensée par les données de l'impression. Mouvements de la pensée, émotions internes, c'est-à-dire nombres additionnés, soustraits, multipliés, divisés, intégrés et balancés enfin, telles les idées et leur cal-
première: partie
cul, telle la logique, luouvenient des idées, qu'il nous reste à considérer dans leur synthèse, le sentiment.