CHAPITRE in
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Doctrine des proportions délinics.
Il existe da..s la chimie, telle qu'elle est actuellement, deux doctrines qui présentent un aspect systématique et investissent la science chimique de la ra.ionnalitéqu'elle a atteinte La première est l'importante doctrine des proportions définies
Même en la supposant complète, cette doctrine n'exercerait qu une influence secondaire sur la solution du erand problème de la science : l'étude des lois relatives aux phénomènes de composition et de décomposition. La question essentielle est celle-ci : quelles séparations et quelles combinaisons nouvelles se produiront dans des circonstances déterminées Or la théorie des proportions définies n'apporte aucun secours pour cette sorte de prévision. Au contraire, cette doctrine suppose que la question est préalablement résolue et qu'elle doit servir de point de départ à l'évaluation de chacun des nouveaux produits, c'est-à-dire de leur quantité et de la proportion de leurs éléments. Ainsi, la théorie des proportions définies présente le singulier caractère «cientifique de rendre rationnelle dans ses détails numériques une solution qui sous son aspect le plus important, r^ste toujours empirique '
Il était naturel que les londaleur.s de la chimie moderne s occupassent des lois de la composition et de la décomposition, de préférence à une étude qu'ils devaient regarder comme subalterne, et on conçoit aisément aussi qu'à mesure que le développement de la science chimique leur déroulait les difficultés de ce grand problème, ils se soient attachés de phis en p us à l'étude secondaire qui leur promettait un succès p us facile et plus prochain. Mais l'office le plus important de cet e théorie secondaire, celui de dispenser de l'expérience immédiate ne peut être que très-imparfaitement rempli tant quelle est conçue isolément de la théorie principale. Aussi, la doctrine des proportions définies n'acquerra-i-elle toute sa valeur scientifique que lorsqu'elle pourra être raita-
chée à un ensemble satisfaisant de lois chimiques dont Zl sera 1 mdispen.sable complément numérique Jusque-là, néanmoins, elle offre un secours réel auoiaue
^TmZ "f"' '" -«'ï-P'- faciles a pllTre!
cises. Elle restreint, en outre, le nombre des cas de combinaison logiquement possibles, en manifestant le très-St nombre de proportions distinctes ; et, en diminuant ainsi ÏÏ cer itude sur le résultat de l'action chimique, eUe IZl un prel.mina.re naturel à l'établissement ée ces lois eh X""
Uuantala doctrine, cette théorie offre un type narfail du genre précis de rationnalité que doit acquérir un' .ru a cht mie. Relativement à la méthode, les chimistes qui'oi onst cre leurs travaux à établir la théorie ont fait a anceît s .ence tout en paraissant s'en écarter, en simplifian pr ! blême chimique que leurs successeurs résoudront, et en 1. parant la découverte des grandes lois de la comp sh ^n et S
arié^Testr-.""':""'"' ''' '•"P"^^'"'- ™ ' '" " var eie des produits, si les corps pouvaient se combiner entre
certaines limites suivant toutes les proportions ima^inaber
c'^^tlS'rie^"^"' ' '' '-''- ^' '« '"^"•°^^' '« valetdé
Elle a pris naissance et s'est développée pendant le ore-
^er quart du siècle actuel. Elle fut le'résuSat d'u héno-
établi orr'.r,^"'o" ^' "'"■" ^'^<=--" «p-'''' -
etabhe par Berthollet. Pendant la seconde moitié du siècle dernier, plusieurs chimistes avaient remarqué q. e daTs a
veauxTll""' ""'"'" '' •'^"^ "'^ "^"'-' '- <»-'' non! veaux sels formes sont toujours également neutres. Bergmann
;tr'''r'"'''''f '''"•'•'' ''"'^'^ ^"'•^''f'»''; '«u'efois! resta néglige ou mal apprécié jusqu'à ce que Richter. ver la fin de ce siècle, généralisant l'observation, vit toute son nnportance et en tira la loi fondamentale qui porte son nom. t.ette loi consiste en ce que les quantités pondérables des divers alcalis susceptibles de neutraliser un poids donné d'un acle quelconque, sont constamment proportionnelles à celles qu exige la neutralisation du même poids de tout autre acide, lelle est évidemment, en effet, la conséquence immédiate du maintien de la neutralité après la double décomposition. Une
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telle transformation paraîtrait presque spontanée, si elle concernait une science plussimple et plus développée que la chimie ; mais par sa complication et Timperfection de nos habitudes intellectuelles, les déductions les moins prolongées sont difficiles quand elles ont un certain caractère de généralité et par suite d'abstraction. C'est pourquoi cette opération de Richlera un mérite éminent, outre sa haute utilité. La loi de Richter, avec les compléments qu'elle a reçus depuis, est la base essentielle de la doctrine des proportions définies. Elle a conduit à réaliser pour un nombre considérable de composés, la destination principale de cette doctrine, c'est-à-dire l'affectation à chaque substance d'un certain coefficient chimique, invariable et spécifique, indiquant suivant quelles proportions elle peut se combiner avec chacune de celles qui ont été pareillement caraclérisées. Quand on a déterminé, par une double série d'essais, la composition numérique de tous les sels que peuvent former un acide quelconque avec les divers alcalis, et un seul alcali avec les différents acides, la loi de Richter permet d'en déduire aussitôt les proportions relatives à tous lescomposés qui peuvent résulter de la combinaison binaire de ces deux ordres de substances. Richter prolongea lui-même sa découverte jusqu'à celte conséquence, et prépara, mais d'après une base d'expérimentation trop étroite et trop imparfaite, une première table de ce qu'on a nomme plus tard les équivalents chimiques.
Les sels neutres, constituantun cas particulier, ne pouvaient conduire à une théorie générale des proportions définies. L idée de neutralisation parfaite a dû en tout temps suggérer aux chimistes celle d'une proportion unique, en deçà et au delà de laquelle la neutralité était rompue. Aussi les sels neutrès furent-Ils un premier pas vers la théorie générale, mais Ils furent insuffisants pour sa formation. C'est Beithollet qui étendu la considération des proportions à l'ensemble des phénomènes chimiques. R établit, dans sa « Statique chimique d quelques années après la découverte de Richter, comme un principe fondamental, l'existence nécessaire des proportions définies pour certains composés de tous les ordres ; et il assigna les conditions essentielles de cette propriété caractéristique, qu 11 attribuait à toutes les causes capables de soustraire le
DOCTRIAE DES PKOPORTIONS DÉFINIES. 369
produit de la réaction chimique, à mesure qu'il se forme à 1 .nfluence ulténeure des agents primitifs. Il ajouta ainï au easrestremt de Rich.er l'idée d'un grand nombJe de câ as-
eS: '"-""T """'P^' *' ^^"^^«P'""«^ ^^ «^o-luire à son
thô et si llT ■h''-''"- °" ''™" '^"P P«" "''""'"«- à Berhollet s. 1 on réduisait son mérite à la seule influence de
sa controverse avec Proust, malgré le service qu'a rendu ce rZ" "• T. ''"""'''''' «" éUblissant directement
Teïe e'sT ? ' rT''"'' "''""""^^ «' '"--"les. Telle est 1 origine a la fois expérimentale et spéculative de
I chimie numérique. Le développement qui suivil eut un dou!
be caractère, résultant de l'harmonie enle la conception du
docteur Dalton et les recherches expérimentales de Berzélius
e Gay.Lussac et de Wollaston. L étude était encore nais^
0 biirH' ''""' P'''."'^''P'''q"« de Dalton lui fit voir la po sibilite d une conception générale. Il proposa sa célèbre
pemenis delà doclnne des proportions définies et qui sert de
con il'T ^PP'"'«'."'°J»"'-nalière. Le principe de cette théorie
mTd'l '""""T- -T ''' '^'"■P^ élémentaires comme formes d atomes indivisibles, dont les différentes espèces, en se r unissant, le plus souvent une à une, par groupes peu nom-
Lu";r" ■""'"' "' '"""'' •='""P«^^« '^ P'«"'i«'- ordre, toujours mécaniquement indivisibles, mais alors chimiquement divisibles, et qui, à leur tour, font naître tous les
lot!! •';'^'•*^'^« ««""position par une suite d'assemblages analogues Ce pruicipe est tellement en harmonie avec les notions scientifiques de tous genres, qu'il apparaît comme une heureuse gênera isation des idées les plus familières à tous les esprits qui cultivent les diverses parties delà philosophie naturelle; aussi son admission universelle et immédiate a-t-elle eu lieu sans obstacles.
Berzélius a remarqué qu'il serait illusoire de déduire de ce principe 1 existence des proportions définies, si les combinaisons n étaient pas restreintes à un très-petit nombre d'atomes : car SI ce nombre, quoique limité, était fort grand, les assemblages binaires deviendraient aussi multipliés que pourraient être des combinaisons en proportions quelconques ; et alors la théorie atomistique représenterait à peu près également
*'® l'A PHILOSOPHIE POSITIVE.
bien les (loclrines opposées des proportions définies ou indéfinies. Ballon I avait bien senti, et les limites qu'il posa ont été dclarees trop étroites par ses successeurs, qui trouvèrent qu elles ne pouvaient embrasser toutes les combinaisons effec- Uves. Dalton établit que, dans toute combinaison, un des principes immédiats entre toujours pour un seul atome, et l'autre
feîi n 'T"' r' "" ''"' '"^^'' «' "•">"'« P""'- "" "-és-
atomis,r '' f"''""' '■"■"^'"^'" P'"^ ''«' *'^' Sa conception atomistique représente, avec les développements proposés par ses sneeessenrs, lensemble de la doctrine des proportions définies Toutefois, cest surtout la théorie des multiples succes-
s^édalp' . J' T' '"■'""^•"^ ''"*"-'"^' •!"' «''^««'érise plus specalement influence de Dalton sur la chimie numérique.
de„ ".r."" '"' «"""'•«'ique. il aperçut aisément que si deux ubstances peuvent se combiner en deux proportions
dilincles. les quantités pondérales de l'une d'elles, qui corresp ndront, dans les divers composés, à un mêm; p'oids de 1 autre, devront suivre naturellement la série des nombres
atol t '"1"*''" *f """P"'^' résulteront de l'union d'un atome de la seconde substance avec un, deux, trois, etc.,
ZnZ '"■'""'.'■' ' " •>"' ""^"'"« "" élément principal, jusqu alors ,gnore, de la théorie d.,.s proportions chimiques
devZfZ'T'" .*""•«!'"' ""« vaste étude expérimentale ria r r, ? , P»'"!^ in-Portants relatifs à la chimie numéàcTal f ^I- ''" '"'"" '""■' ''""'"''"é à développer el 0. dp tr ". ''"''''"' P"'""'^''-" perfectionna d'abord la aîlmLi ' ■ ' -^f "" ^ '" "*'• é^'oilemem à la théorie lui Z^ n' % ''"' '" '■'"'"' ^"^''^P'''"^ de l'extension que
lré'.M. . p""?'"'"'' 'a plus importante est celle qui 0 ire F '""''', """""■''"'^ ''«^ *°™P»«és du premier
à ceHp H '*;"■'"' '" •='""P»«i'ion des sulfures métalliques a celle des oxydes correspondants, Berzélius découvrit une loi
n"ceT:e i;f I^T'' "''"^ '^^ ^«'^- ^«»« '-' --' ''aÏ D^onnln T' ,"' "' ""'"•' '^'' P'-«'"'«'-« «^' constamment propor ionnelle a la quantité d'oxygène combinée, dans les
regardée, par induction, comme applicable à tous les composes du premier ordre auxquels le degré de neutralité est
assignable. Enfin, sous un autre aspect, les lumineuses sénV, analytiques de Berzélius ont exac.em'ent vérifié I od
a^mSi^ur "'' ''"""^'^ ''' °^"- •^•^P^*^ - ^^^oZ Après, vint Gay-Lussac, qui effectua une série d'analvses numériques, en ayant recours aux combinaisons «aze.S
seulemeni il vérifia ainsi, d'une manière spéciale, le nrincine
«::::; a ni.'"""""^ '*'"'"' -"«'^ " •' présentas «s :«
nouvel aspect, qui, par une sage induction, comprend tous les cas possibles, en montrant que tous les corps à l'état galeux se combinent dans des rapports numériques de volume™ mbles et simples. Un avantage accessoire de cette écouZe fut que la pesanteur spécifique des gaz peut-être obtenue ave une précision souvent comparable à celle de l'évaluation ex perimenlale. Toutefois, il importe d'avertir que l'extensL hypothétique de cette théorie des volumes à un'gra d „ Z
de vuTie f «v r ''"! "y ''''' ''él"'valènce du point de vue de Gay-Lussac a celui de Dalton. adopté par Ber-
consUtûprTrH ''^ ^^'"'?'"'" ""' '"^^' ^'•«'"'«™«"' <=«n"-ibué à constitue, la doctrine des proportions définies. Je ne considère
pas ,c. principalement la transformation de la théorieTom ï
ractere plus positif et tend à préserver des recherche, inaccessibles auxquelles la première peut entraîne qua„d elle n'est pas judicieusement dirigée. Je n'ai pas non plus en
rse la chimie numérique en rendant son usage plus clair et pus commode. Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est nue ce
tZT^T "" '"f^^^"'— plein, de la dto !
veile de R.chter. en établissant la théorie relative aux sels
^sT::^ tT' "^'^^'^' «"^ -'^ alcalins Le c des sels acides était peut-être le plus défavorable de tous au
principe des proportions invariables. Wollaston l'y ass^t-"
néanmoins de a manière la plus satisfaisante, et celte confi '
n^a H. spéciale du principe est considérée comme la plus
Telle a été la marche logique et historique des recherches qui ont constitué, telle qu'elle est aujourd'hui, la chimie numérique. Nous pouvons représenter, par un nombre invariable affecté à chacun des différents corps élémentaires, leurs rapports fondamentaux d'équivalence chimique, d'où, par des formules très-simples exprimant immédiatement les lois cidessus indiquées, on passe aisément à la composition numérique propre à chaque combinaison. Aucun témoignage en faveur de celte doctrine ne saurait être plus puissant que la convergence vers le même principe, et par des voies différentes, de tant d'esprits éminents, s'accordant tous sur son application positive à tous les cas de quelque importance, et différant seulement sur le mode d'expression des résultats que la théorie atomistique laissait indéterminé et par conséquent facultatif. Mais il faut jeter un coup d'œil sur les difficultés que rencontre son application, par une considération de l'ensemble des phénomènes chimiques, afm de se former une idée claire du perfectionnement capital qu'exige encore celte doctrine.
Parmi les points qui sont en dehors de toute contestation, il est d'abord évident que les substances différenl aussi bien par la proportion que par la nature de leurs principes constituants. C'est un axiome de la philosophie chimique, qu'un changement quelconque danslacompositionnumériqueoccasionne un changement dans l'ensemble des propriétés spécifiques, à un degré d'autant plus prononcé que l'altération est plus grande. Les phénomènes chimiques propres aux corps vivants, quoique produisant les proportions les plus variées et les plus graduelles, fournissent eux-mêmes une éclatante confirmation de celle maxime universelle. Aussi, dans l'état même le moins avancé de l'analyse chimique, les chimistes se sont-ils toujours efforcés d'assigner, comme une propriété caractéristique, la proportion des éléments de chaque substance aussi exactement que possible ; et quand ils s'en dispensaient, c'était par la conviction que la combinaison proposée ne comportait qu'une certaine proportion, comme dans le cas des sels neutres.
De plus, on a depuis longtemps reconnu qu'il existe (oujours entre deux substances un certain minimum et un certain maximum de saturation réciproque, en deçà et au delà des-
quels toute combinaison devient impossible. C'est tout au plus si certaines variations, qui ne pouvaient être définies, ont été supposées réalisables. Berthollet a établi, plus directement qu'aucun autre chimiste, l'existence générale et nécessaire de ces limites de la combinaison, l'un des principaux caractères qui la distinguent du simple mélange. Il est évident que les deux degrés extrêmes de loute combinaison doivent être assujettis à des proportions spéciales et invariables; et comme on est d'accord sur ce point, toute la discussion entre les deux doctrines opposées, des proportions indéfinies et des proportions définies, se réduit à décider si le passage du minimum au maximum de saturation peut s'effectuer graduellement et presque imperceptiblement, ou s'il s'opère toujours brusquement, par un petit nombre de degrés bien prononcés.
En troisième lieu, la possibilité et l'existence effective de proportions définies intermédiaires sont admises par tous les chimistes, dont les divergences ne portent que sur la généralité plus ou moins grande d'une telle propriété. Nous avons vu que l'idée de neutralité devait, tôt ou tard, entraîner celle d'une proportion déterminée et immuable, et le développement graduel des connaissances chimiques a étendu ce caractère à des cas de plus en plus variés. Berthollet a dévoilé plusieurs autres causes de proportions définies entièrement méconnues avant lui, et qui peuvent se rencontrer dans presque toutes les combinaisons, en modifiant certaines circonstances du phénomène. La question précise consiste donc finalement à savoir si, outre ces composés déterminés, assujettis à des proportions fixes, entre les deux limites de combinaison, il existe ou non, en général, une série continue d'autres composés intermédiaires, à caractères moins prononcés; en un mot, si, comme on le pense aujourd'hui, la proportion définie constitue la règle, ou si, comme Berthollet tenta de l'établir, elle n'est que l'exception. Là, maintenant, est toute la question. Ce n est pas affaiblir l'importance de la doctrine des proportions de dire, d'après certaines considérations déjà indiquées, qu'une décision sur ce point n'a pas l'importance qu'on lui attribue communément. Cette doctrine a tendu à simplifier le problème général de
If
la chimie, mais il ne faut pas penser que sa solution eût été impossible sans un tel secours : elle aurait été seulement plus dirOcile et moins précise. Les éminents chimistes qui ont contribué à établir la doctrine ont été absorbés par ce travail ; mais leurs successeurs, qui ont trouvé la chimie numérique tout à fait constituée, ne devraient pas perdre de vue le véritable objet scientifique de la chimie. Sans s'attarder dans le vestibule de la science, ils devraient procéder à la construction directe de Fédifice lui-même, entreprise à peine ébauchée et vers laquelle il est grand temps que Tattention se reporte enfin.
En recherchant, comme il convient, jusqu'à quel point la doctrine des proportions définies est irrévocablement constituée, nous nous rappellerons que les fondateurs de la chimie numérique ont fixé cette partie principale qui dépend d'une investigation de tous les composés connus, laissant seulement à discuter si la doctrine est compatible avec certains phénomènes chimiques, négligés pendant sa formation, et qu'on s'est eflorcé d'y rattacher ensuite.
La première objection générale est relative au pliénomène important de la dissolution, évidemment possible en une infinité de proportions différentes. Il faut reconiiaîlre que les distinctions entre l'état de dissolution et celui de combinaison par lesquelles on a répondu à celte difficulté, sont peu satisfaisantes. Dans mon opinion, la seule réponse doit consister dans l'extension du principe des proportions définies aux phénomènes de la dissolution; et quelque difficile que soit cette extension, elle ne me semble point impossible. Le moyen à employer consiste dans l'usage d'une hypothèse qui a déjà été proposée pour d'autres cas où elle paraît moins admissible. Tous les degrés successifs de concentration du liquide doivent être envisagés comme de simples mélanges du petit nombre de dissolutions définies qu'on aurait établies, soit entre elles, soit avec le dissolvant, à la manière des mélanges habituels de l'eau avec l'alcool ou l'acide sulfurique, etc. En quelque cas que ce soit, la vérification positive de cette hypothèse doit être extrêmement délicate. Du reste, pour rendre l'étude des dissolutions pleinement rationnelle, il est nécessaire de la combiner avec celle des autres phénomènes chimi-
ques analogues, relatifs à l'absorption des gaz par les liquides ou par les solides poreux. Tous ces divers modes d'union moléculaire sont souvent assez énergiques pour résistera des influences capables de détruire certaines combinaisons proprement dites : pourquoi ne seraient-ils point, comme elles, soumis à la règle des proportions définies, si cette règle est vraiment une loi fondamentale de la nature?
Le cas suivant, celui des divers alliages métalliques, est très étendu, quoique plus particulier. La difficulté consiste h savoir s'il y a combinaison ou mélange. L'état de combinaison est l'opinion adoptée, et cependant l'application générale du principe de la chimie numérique oblige à considérer le cas d'alliage comme mélange, quoiqu'il soit difficile de concevoir un mélange de solides qui puisse résister aux causes perturbatrices qui sembleraient devoir le détruire, telles que de grands changements de température, l'influence de la cristallisation, etc. La question ne saurait être décidée que par une série d'expériences spéciales, instituées dans le but de trouver les limites générales de la permaneice des mélanges incontestables, et le résultat pourrait être étendu à d'autres questions de chimie numérique sur lesquelles des explications hasardées ont été émises. Quand une vraie théorie chimique des mélanges sera établie sur une expérimentation convenable et qu'on cessera d'avoir recours à une hypothèse d'après laquello les diverses combinaisons semblent susceptibles d'une proportion indéterminée, comme le seul moyen de les ramener à la loi des proportions définies, on aura ainsi détruit une objection formidable contre le principe de la chimie numérique.
Le cas qu'il nous reste à considérer constitue le plus grand de tous les obstacles à la généralisation de la loi des proportions définies, et si on ne pouvait le surmonter, la loi tomberait au rang d'une règle empirique, uniquement destinée à faciliter un certain ordre d'analyses chimiques. Je veux parler de l'anomalie que présente l'ensemble des substances dites organiques, ^es chimistes de notre temps déclarent que les substances organiques échappent au principe des proportions définies. Cela équivaut à dire que la loi régit tous les éléments, à l'exception de l'oxygène, de l'hydrogène, du carbone
et de l'azote. La distinction entre la chimie inorganique et la chimie organique est purement scolastique ; car, au fond, toute chiirie est nécessairement inorganique, c'est-à-dire homogène; et si nous admettions l'immense exception que paraît offrir la composition numérique des substances dites organiques, la doctrine des proportions définies serait ruinée comme théorie rationelle. Ce principe ne pouvant évidemment être fondé sur aucune considération à priori, il ne saurait devenir vraiment rationnel que par une stricte généralité.
Si Ton ne pouvait conserver à la fois et le grand principe du dualisme qui constitue à la chimie son caraclore d'homogénéité, et la doctrine des proportions définies, je n'hésiterais pas à sacrifier celle-ci, car il importe plus aux progrès de la chimie de retenir le principe du dualisme systématique que d'employer les règles numériques dans nos recherches. Mais il n'y a, en réalité, aucune incompatibilité entre ces deux moyens de progrès, et une indication succincte, telle que me le permet la nature de cet ouvrage, montrera, j'espère, comment la doctrine des proportions définies peut être convenablement généralisée, en étendant le dualisme à tous les composés organiques.
En incorporant désormais tous les composés organiques au système uniforme de la chimie proprement dite, nous devons réunir à la physiologie, soit végétale, soit animale, l'étude des nombreuses substances secondaires qui doivent leur existence passagère et variable au développement des phénomènes vitaux, et qui ne présentent d'intérêt scientifique que sous le point de vue biologique. Nous verrons, en biologie, quelle en est la classification précise, et nous nous bornerons maintenant à indiquer qu'elle dérive de la distinction fondamentale entre l'état de mort et l'état de vie. La seconde classe des matières organiques, de beaucoup la plus étendue, se compose en majeure partie de mélanges qui, en cette qualité, comportent toutes les proportions imaginables, dans les limites des conditions vitales. Quant à celles de ces substances où l'on doit admettre les combinaisons réelles, il faut les concevoir comme assujetties à la loi des proportions définies ; mais la complexité et, plus encore, l'instabilité de tels composés, interdiront probablement toujours de les étudier avec succès, sous le point de vue nu-
mérique qui, d'ailleurs, n'offre en biologie qu'un intérêt secondaire. Même après cette épuration de la science chimique, nous ne pourrions accomplir la généralisation désirée, si le point de vue chimique ordinaire, concernant les substances ternaires et quaternaires, n'était pas changé. Or, rétablissement général du dualisme rigoureux dont j'ai déjà fait ressortir, sous des rapports d'une plus haute importance, la nécessité fondamentale,remplit, ce me semble, de la manière la plus naturelle, ce dernier office envers la doctrine des proportions définies.
Aussi longtemps que les chimistes s'obstineront à regarder les combinaisons organiques comme ternaires ou quaternaires, c'est-à-dire à confondre leur analyse élémentaire avec une analyse immédiate, tandis que l'oxygène, l'hydrogène, le carbone et l'azote sont envisagés comme directement unis, leurs composés, qui doivent être reconnus comme distincts rprès une sérieuse épuration, suffiront pour constituer une objection invincible contre le principe de la chimie numérique. Mais si ces substances devienrient des composés binaires du second, ou tout au plus du troisième ordre, dont les principes immédiats seraient seuls formés par la combinaison directe et toujours binaire de ces trois ou quatre éléments, il nous sera possible de représenter toutes les variétés numériques effectives établies par l'analyse élémentaire, en conservant, pour chaque degré de combinaison, un très petit nombre de proportions distinctes et bien définies. Dans le cas ternaire, propre aux composés d'origine végétale, les trois éléments dont ils sont formés peuvent être unis en trois sortes de combinaisons binaires. En les combinant de nouveau, ce qui conduit à employer simultanément l'oxygène, l'hydrogène et le carbone, on obtient trois classes principales de composés du second ordre. Mais alors encore chacun des termes de ces nouveaux composés correspond réellement à deux substances distinctes, et ainsi, en n'admettant qu'une seule proportion pour la combinaison binaire de ces corps, on pourvoirait à la composition numérique de douze substances aujourd'hui ternaires. De plus, il y a tout lieu de concevoir au moins trois proportions différentes pour chaque combinaison binaire : l'une produisant la neutralisation parfaite, et les autres les deux limites
extrêmes de la saturation réciproque : Tensemble des ana logies chimiques indique même un plus grand nombre de composés. En laissant ceux-ci de côté, on peut obtenir, d'après le principe du dualisme, trente-six composés, sans dépasser le second ordre, par la seule combinaison de trois éléments. Nous sommes donc conduits à concevoir la possibilité d'une troisième combinaison entre l'oxygène et le carbone, ou entre le carbone et l'hydrogène, etc., qui nous en fournissent déjà deux après avoir été longtemps regardés comme n'en admettant qu'une seule. D'après ces considérations, nous pouvons être assurés que le dualisme permettrait d'assujettir, de la manière la plus naturelle et la plus complète, à la loi générale des proportions définies, quatre-vingt-un composés du second ordre, formés d'oxygène, d'hydrogène et de carbone ; ce qui serait incontestablement plus que suffisant pour représenter l'analyse élémentaire de toutes les substances distinctes propres à la chimie végétale.
Passons maintenant au cas quaternaire, qui caractérise ce qu'on nomme la chimie animale. Il semble d'abord que les classes principales de composés du second ordre doivent être ici plus nombreuses que dans le cas binaire. 31ais la condition indispensable de faire concourir les quatre éléments à la fois, limite ces classes à trois. En examinant les termes des composés secondaires, nous trouvons que, tandis que deux termes ne représentent chacun qu'un seul composé, le troisième en représente cinq. Dès lors, les trois couples de composés fourniraient quatorze compositions diverses avec une seule proportion, et quarante-deux avec les trois proportions indiquées dans le dernier cas. Mais en appliquant à tous les degrés la règle rationnelle d'une triple combinaison binaire, sans s'arrêter aux lacunes inévitables de la chimie actuelle, nous nous trouvons en possession de quatre-vingt-dix-neuf composés du second ordre, maintenant envisagés comnje quaternaires. L'analyse rationnelle des substances animales n'en exige probablement pas un plus grand nombre. Du reste, comme les substances animales ont subi un plus haut degré d'élaboration vitale que les matières végétales, il serait philosophique d'admettre, à leur égard, la possibilité d'un ordre décomposition supérieure, que les combinaisons physiologiques doivent sur-
tout tendre à réaliser. Dans une semblable hypothèse, sans dépasser le troisième ordre, on pourrait obtenir dix mille composés parfaitement distincts de l'oxygène, l'hydrogène, le carbone et l'azote, tous formés par un dualisme invariable et strictement assujettis à la loi des proportions définies. Sans doute, la nature ne saurait permettre la réalisation d'une grande partie de ces combinaisons spéculatives, mais j'ai poursuivi les conséquences de ma conception jusqu'à cette extrême limite idéale pour montrer la fécondité des ressources fournies par cette nouvelle théorie pour la généralisation des lois de la chimie numérique. Si celte vue, ou une autre équivalente, n'était pas adoptée, il faudrait renoncer à ériger en loi de philosophie naturelle la doctrine des proportions définies, et revenir à la doctrine de Berlhollet, en se bornant à élargir les cas de proportions fixes qu'il avait admis. Dans l'état présent de la question, il n'y a pas d'autre alternative. Mais ma théorie n'ayant pas été instituée pour cette destination, et dérivant, au contraire, de principes établis pour les besoins de la philosophie chimique, cette coïncidence constitue, ce me semble, une présomption en faveur de sa réalisation future et peut-être prochaine.
Cet exposé des divers aspects de la doctrine actuelle des proportions'définies permettra de juger avec exactitude ses véritables progrès depuis son origine jusqu'à ce jour ; les conditions qui doivent y être remplies avant que son principe puisse être converti en une grande loi de la nature ; et la marche rationnelle qui seule peut conduire à celle constitution finale de la chimie numérique.