‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 270 sur 345 · V. p. 280. — V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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3. « Se sufîirc à soi-même, par conséquent n'avoir pas besoin de la société, sans pourtant être insociable, c'est-à-dire sans la fuir, c'est quelque chose qui approche du sublime, comme tout ce qui nous affranchit de besoins. Au contraire, fuir les hommes j)ar misanthropie, parce qu'on les hait, ou par antliropopliohie (frayeur des hommes), parce qu'on les craint comme ses ennemis, voilà qui est en partie odieux, en partie méprisable. Il y a cependant une misanthropie (très improprement désignée de ce nom) à laquelle beaucoup de bons esprits, comme il est aisé de le voir, sont enclins avec l'âge ; c'est une misanthropie assurément assez philanthropique pour comporter la bienveillance, mais bien détournée par une longue et triste expérience de se complaire dans la société des hommes. On en trouve la marque dans cet amour de la solitude, dans celte aspiration fantastique à résider dans une campagne éloignée, ou encore (chez des personnes jeunes) dans ce rcve de boidieur qui consiste à pouvoir passer sa vie dans une île inconnue au reste du monde, avec une petite famille, rêve dont les romanciers ou les inventeurs de robinsonnades savent tirer un si bon parti... La tristesse que l'on éprouve à voir le mal, je ne parle pas du mal dont la destinée frappe autrui (la tristesse viendrait ici de la sympathie), mais celui que les hommes se font entre eux (la tristesse ici est fondée sur l'antipathie dans les principes), cette tristesse est sublime, parce qu'elle repose sur des idées. » V. p. 284.

LA rnn.osoriiiE PRVTiorE he k\>t

avec le beau el l'a^n-éable pouveiU être marqués exaelemeut parles tilres meuies de la lahle des ealégories. L'agréable, agissaut pai- la luasse des seusaliuus, ne se lait estimer que par la ([uautité : le beau suppose dans les objets représentés une certaine liualilé qui. pour n'être pas comprise par des concepts, n'en est pas moins réelle : il donne lieu à un jugement de qualité: le sublime consiste dans la relation d après laquelle nous jugeons que les choses sensibles de la nature sont capables de se prêter à uu usage supra-sensible : enlin le bien a pour caractère distinctif la nécessité tlune loi (i priori qui ne prétend pas seulement à l'assentiment de cliacun. mais qui l'oidonne sans condition : c'est donc par sa modalité qu'il se défmit avant tout. « Mais la possibiliic, pour Ip siijrL ^1\'lre ilélcrminê par cette idée, et pour un sujet qui peut éprouver des ohsludrs eu lui-même dans la seusibilité, mais (|ui peut en même teuq)s sentir sa supériorité sur ces obstacles en en triomphant, c'est-àdire en modifiant son élnt, eu d'autres termes, le seutimenl moral, a des liens de parenté avec la laculté de juger esthétique et ses com/ilions formelles, en tant qu'il |)eut y avoir avantage à représenter la conformité de l'action accomphe par devoir avec la loi en même temps comme esthétique, c'est-à-dire comme sublime, ou même comme belle, sans altérer en rien sa pureté'. » Ainsi donc, s'il ne faut pas confondre la beauté ou la sublimité avec ce qui est Tobjet d une satisfaction intellectuelle pure, comme la loi morale, si même on a tort de parler de beaulé et de sublimité intellectuelles, en oubliant [)ar là que la beaulé et la sublimité tiennent à des représentations esthétiques, il faut cependant avouer l'intimité du lien (|ui rapproche le beau el le subhme de la détermination morale. La déterminalion morale est sans doute rattachée à un intérêt que la loi doit produne : mais comme elle ne repose sur aucun intérêt préalable, qui ne pourrait être que sensible, elle est à ce

LA CRTTTOIE DE T \ FACULTE DE JUGER

litre désintéressée comme le sentiment du beau et du sublime. Toutefois comme elle ne suppose pas seulement vm étal d'indépendance à l'égard de la sensibilité, mais un état de lutte contre elle, elle se rapporte beaucoup plus au sublime qu'au beau '. A dire vrai, le jugement sur le sublime a sa condition subjeclivc dans revistence du sentiment moral", si bien qu il n'a pas besoin, comme le jugement sur le beau, d'une déduction spéciale ; il implique, en effef, uFie relation de nos facultés de connaître à une finalité pratique a priori \

Le sublime d'une part, d'autre part ce que Kanl appelle la beauté libre sont comme les deux modes extrêmes de la représentation esthétique. Le sublime exprime la destination morale de l'humanité. La beauté hbre, celle qui ne suppose pas, même indirectement, un concept de ce que doit être l'objet, se rencontre surtout dans la simple nature, parmi les êtres ou les ( hoses dont l existence ne saurait se mesurer par uu lype: elle se rencontre dans la vie idyllique que n a pu déformer la civilisation. Il semble bien que chez Kant cette glorification de la beauté libre manifeste une inlluence persistante de Rousseau : une telle beauté vaut par elle absolument : elle est sans idéal et sans degré. C'est la beauté adhérciite qui seule donne lieu à la conception d'un idéal : elle lie, en eflct, le jugement de goût à la représentation dune llnalité interne des êtres, qui

1. «... Il suit de là que le bien intellectuel, impliquant en soi-même la finalité (le bien moral), jugé esthétiquement, ne doit pas tant être représenté comme beau que comme sublime, et qu'il éveille plutôt le sentiment de respect (qui rejette les intlucnccs attrayantes) que celui de l'amour et de rattachement familier ; car la nature humaine ne se conforme pas d'elle-même à ce bi(>n, mais par la violence que la raison fait à la sensibilité. » V, p. ^79-

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